samedi 18 février 2017

De Zyed et Bouna à Théo : les émeutes reprennent malgré 12 ans d’inaction



Le 14 février 2017



Par Ramin Mazaheri

Héros communiste, le « Che Guevara africain », Thomas Sankara, a fameusement déclaré : « Un soldat sans formation politique ou idéologique est un criminel potentiel. »


La police française a une idéologie, parce que tout le monde en a une : seuls les apathiques finis ou les plus endoctrinés prétendent ne pas en avoir.

Je vais être franc : je n’ai pas fréquenté l’académie de police française ni lu leurs manuels de formation donc je ne peux pas être catégorique, mais l’idéologie utilisée pour endoctriner la police française est clairement le « Nationalisme Blanc ».

La preuve n’est pas le ouï-dire ou simplement mes reportages de seconde main depuis la France : 52% des policiers et des soldats ont voté pour le Front national en 2015.

Selon les estimations, 60% des policiers actifs voteront pour Marine Le Pen ce printemps, soit plus du double des sondages présidentiels actuels.

Cela est en totale contradiction avec la norme de la société française, et demande une explication.

Pour ceux qui ne le savent pas, le Front national est un parti d’extrême-droite. Je les appellerais « nazis », parce qu’ils sont effectivement « nationalistes » culturellement et « socialistes » économiquement. C’est vraiment dommage que nous ne puissions plus utiliser le terme « nazi », sauf pour parler de l’histoire – nous ne faisons qu’obscurcir notre réalité commune en refusant d’utiliser des définitions politiques assez simples.
Quoi qu’il en soit, dans une société normale, si un gouvernement apprenait que les 3/5 de la police soutiennent des fascistes d’extrême droite, ils réagiraient immédiatement.

Ils dilueraient une force si extrémiste avec un afflux énorme de travailleurs gouvernementaux de mentalité différente. Ils changeraient immédiatement les procédures de formation, les manuels, la culture du lieu de travail et mèneraient une campagne publique affirmant : « Mea culpa – nous avons un problème majeur avec nos policiers. »
La France ne le fait pas et ne le fera pas, et nous devons nous demander pourquoi : selon moi, c’est parce que le Nationalisme Blanc est le fondement même de la société française.
Le Nationalisme Blanc est aussi le fondement sociopolitique des nations impérialistes des États-Unis et de l’Angleterre.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres idéologies importantes en jeu dans ces trois pays, mais il est clair que le socialisme n’en est pas la base, ni la démocratie, ni la religion, ni le libertarianisme... seul le Nationalisme Blanc convient, parce que les vrais capitalistes ne se soucient que de la couleur de l’argent.

Le Nationalisme Blanc a clairement été la philosophie sous-jacente qui a soutenu et s’est propagée pendant des siècles de colonialisme, deux guerres mondiales et même dans le néo-colonialisme d’aujourd’hui.

Je n’exagère pas, et je ne fais pas le gauchiste gnangnan : les Noirs ont été réduits en esclavage et les Indiens décimés en raison du pouvoir nettoyant du « Nationalisme Blanc ».

Trump est au fond, malgré tous ses aspects non-traditionnels, un Nationaliste Blanc : « l’Amérique d’abord » – et il faut comprendre l’Amérique blanche.

Vous savez que c’est vrai, et je ne blâme personne pour les réalités historiques. Les non-Blancs partout dans le monde savent aussi que c’est vrai.

Mais la France a volé sous le radar un certain temps

Le monde ne savait pas vraiment que les Français à l’intérieur de la France étaient des Nationalistes Blancs, jusqu’à la rébellion nationale de 2005 (votre « émeute » est la « rébellion » de quelqu’un d’autre).

Cela a vraiment secoué la vision de la France dans le monde et ce n’est pas non plus une exagération – l’image de la France a subi un coup majeur.

« Mais ils croient en ‘la liberté, l’égalité et la fraternité’, n’est-ce pas ? » Personne n’a pu encore croire cela après 2005, et personne ne le croit certainement plus aujourd’hui.

La rébellion de 2005 a révélé le fait que la France a une large sous-classe non blanche dont l’avenir est totalement bloqué en raison du racisme institutionnel.

Il est important de savoir pourquoi le Nationalisme Blanc de la France a constitué une telle surprise mondiale. Après tout, nous connaissions l’Apartheid, Jim Crow, les réserves indiennes / aborigènes, etc.

La réponse rapide est : jusqu’au milieu des années 1970, la France n’avait pas de vraies minorités non-blanches à opprimer systématiquement.

Avant cela, ce que la France avait était surtout une masse de travailleurs étrangers – hommes seuls avec des compétences. Certains se sont mariés et intégrés, bien sûr.

Mais la société française a vraiment changé – avec l’incitation des grandes entreprises, et peut-être pour les valeurs humanitaires réelles qu’ils ont invoquées – avec l’adoption du « Regroupement familial ». Cela a surtout permis à des épouses et des enfants d’immigrer en France pour rejoindre leurs maris y travaillant légalement. Cela a créé un changement majeur parce que ça a amené des « villages entiers » en France.

Cela s’est également produit au milieu d’une récession mondiale, puis de plus de 30 ans de néolibéralisme qui ont ravagé le niveau de vie de chaque travailleur français.

Et même si c’était certainement la bonne chose à faire que de permettre aux familles d’être réunies, cela a mis le modèle français à l’épreuve en ce qui concerne la tolérance et leur modèle d’assimilation au lieu d’une intégration.

Considérant le traitement de la France envers les non-Blancs hors de France, miser sur sa tolérance n’était pas un pari très engageant.


Le racisme inhérent au modèle français, si manifestement évident dans ses colonies étrangères, a duré une seule génération lorsqu’il a été appliqué à l’intérieur : en 30 ans, le temps qu’il faut à un adulte pour atteindre complètement la maturité, le système a explosé sous le poids du racisme, de l’hypocrisie et de l’oppression capitaliste.

Vous avez eu la rébellion de 2005, et la vapeur a été relâchée, mais le racisme, les avenirs bloqués et la brutalité policière sont restés les mêmes.

Ou blâmons donc la victime avec une déchirure rectale de 10 cm

C’est assez terrible. Ca a nécessité une chirurgie d’urgence majeure – il pourrait être à l’hôpital pendant 2 mois. Il pourrait avoir des problèmes permanents d’incontinence.

Quel genre de policier viole quelqu’un avec sa matraque ? A vomir.

Quel genre de policier se tient là et observe la scène ? Eh bien, ils crachaient aussi sur lui, l’appelant par des noms racistes et le battant dans la région génitale.

Je parlais à un ami arabe d’ici de 50 ans et je lui ai dit à voix basse : « Ce gars aurait pu être un de vos fils. »

Il a immédiatement baissé les yeux – je ne sais pas pourquoi… horreur, honte, inquiétude – et a dit : « Oui ».

Ce gars est un Noir de 22 ans nommé Théo.

Les policiers ont dit qu’ils répondaient à des appels dénonçant du trafic de drogue dans la région : Théo travaille avec des groupes de jeunes et a un casier judiciaire impeccable.

Les policiers ont dit qu’ils l’ont arrêté parce qu’ils pensaient qu’il était un étranger en situation illégale : Théo est français.

Le profilage racial est légal en France. C’était la seule promesse de campagne faite par Hollande aux communautés musulmane, noire et immigrante – un autre rétropédalage de Hollande, qui a laissé tomber ses semi-efforts en juillet dernier.


Iran and Hezbollah respond to Donald Trump

Since his election campaign, Donald Trump has not hidden his fierce hostility to the international deal on Iran's nuclear program, calling it the worst of the agreements in history and promising to dismantle it. On February 2, 2017, following a conventional ballistic missile test by Iran that did not contravene the agreement, Trump said in a Tweet that Iran, as a dissipated student, had been “formally warned” and should be grateful for the horrible deal with Tehran by the Obama administration. On February 3, new US sanctions were announced by the US Treasury Department. And on February 6, in an interview, Trump declared Iran the number one terrorist state.

Sayed Ali Khamenei never concealed the fact that he considered the diplomatic efforts of the Rouhani administration vain, convinced that the United States were not sincere in their approach and would renounce their commitments. Iran had already denounced several times violations of the letter and spirit of the agreement by the United States under Obama, and is now threatened with new sanctions and even aggression, which can only strengthen a nation that has been submitted to 38 years of international and unsuccessful wars aimed at destroying the Islamic Republic, and is now a regional power that cannot be ignored. Tehran, which in addition to its traditional allies, Syria and Hezbollah, now has two major strategic allies, Russia and China, has responded with its own sanctions against the United States, and by a message of the Supreme Leader.


As for Hezbollah, which also became a first-class armed force after its victories against Israel and against the Daech
nebula in Syria, it certainly constituted, with Iran, the main subject of discussion of the meeting between Trump and Netanyahu on February 15. Sayed Hassan Nasrallah also wanted to send a small message to Donald Trump before its holding.

Sayed Hasan



mardi 14 février 2017

L'Iran et le Hezbollah répondent à Donald Trump

Dès sa campagne électorale, Donald Trump n'a pas caché son hostilité farouche à l'accord international sur le nucléaire iranien, le qualifiant comme le pire des accords de l'histoire et promettant de le démanteler. Le 2 février 2017, suite à un essai de missile balistique conventionnel par l'Iran qui ne contrevenait pas à l'accord, Trump a déclaré dans un Tweet que l'Iran, tel un élève dissipé, avait été « formellement mis en garde » et qu'il devrait être « reconnaissant » pour l'accord « désastreux » conclu avec Téhéran par l'administration Obama. Le 3 février, de nouvelles sanctions américaines ont été annoncées par le Département du Trésor américain. Et le 6 février, dans un interview, Trump a déclaré l'Iran « Etat terroriste numéro un ».

Sans toutefois s'y opposer, Sayed Ali Khamenei, n'a jamais caché qu'il considérait vains les efforts diplomatiques de l'administration Rouhani, convaincu que les Etats-Unis n'étaient pas sincères dans leur démarche et renieraient leurs engagements. L'Iran avait déjà dénoncé plusieurs fois des violations de la lettre et de l'esprit de l'accord par les Etats-Unis sous Obama, et se voit maintenant menacé de nouvelles sanctions voire d'agression, ce qui ne peut que renforcer une nation aguerrie à 38 ans de guerres internationales et infructueuses visant à détruire la République Islamique, aujourd'hui puissance régionale incontournable. Téhéran, qui, en plus de ses alliés traditionnels que sont la Syrie et le Hezbollah, compte aujourd'hui avec deux alliés stratégiques majeurs, la Russie et la Chine, a répondu par ses propres sanctions contre les Etats-Unis, ainsi que par un message du Guide Suprême.

Quant au Hezbollah, qui est également devenu une force armée de tout premier ordre après ses victoires contre Israël et face à la nébuleuse Daech en Syrie, il constituera certainement, avec l'Iran, le principal sujet de discussion de la rencontre entre Trump et Netanyahu prévue le 15 février. Sayed Hassan Nasrallah a lui aussi tenu à adresser un petit message à Donald Trump avant sa tenue.

Sayed Hasan

Voir également, sur l'accord sur le nucléaire iranien, Le triomphe de la République Islamique et La République Islamique persiste et signe



Discours du Guide Suprême de la République Islamique d'Iran, Sayed Ali Khamenei, le 7 février 2017, dans une rencontre avec des officiers et soldats de l'Armée de l'Air, commémorant leur allégeance à l'Imam Khomeini à la veille du triomphe de la Révolution Islamique



Transcription :

Selon un verset coranique de la sainte sourate Nour (La Lumière), “Leurs actions sont comme un mirage dans des déserts sablonneux, que [l'homme assoiffé] prend pour de l'eau.”  [Saint Coran, 24, 39] Comme un mirage, une personne assoiffée prend un morceau de terre asséchée pour de l'eau. “Jusqu'à ce qu'il y arrive, et trouve qu'il n'y a rien: mais il trouve Dieu partout avec lui”. [24,39] Il voit qu'il n'y a rien. 

Théo et les autres, ou le racisme institutionnel en France



Annamaria Rivera

Traduit par  Fausto Giudice

Source : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19895


La pratique du contrôle d'identité au faciès, comme on dit dans l'Hexagone, c'est-à-dire  en fonction de la "couleur", l'apparence, l'aspect extérieur, la façon de se vêtir, l' origine nationale ou la foi religieuse présumée, est une des pratiques policières françaises (et autres) si enracinée, coutumière et  systématique qu'elle a résisté jusqu'ici aux condamnations de tribunaux, aux  mobilisations de la société civile, aux appels des organisations internationales, aux rapports et enquêtes, même de l'Union européenne. Si bien qu'elle n'a même pas été égratignée par le fait que le 9 novembre 2016, la Cour de cassation française ait condamné définitivement l'État  pour cette pratique discriminatoire.


Et c'est d'un contrôle au faciès particulièrement brutal, qu'a été victime Théo, 22 ans, d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis (Île-de-France), à quelques kilomètres de Paris, le 2 février dernier. Les quatre agents qui l'interpellent soumettent  le jeune homme à un tabassage  ponctué d'insultes racistes, au cours duquel l'un d'eux en arrive à le sodomiser avec une matraque, causant des blessures si graves qu'elles nécessitent une intervention chirurgicale d'urgence. Comme preuve des faits il y a une vidéo rapidement rendu publique : elle provient des caméras de surveillance, devant lesquelles Théo s'était délibérément déplacé ès son interpellation  par les agents. Bien que mis en examen (les preuves sont écrasantes), l'un pour  viol, tous quatre pour violence en groupe, les policiers restent pour le moment en liberté, suspendus temporairement de leur service, mais avec maintien de leur salaire.

Théo n'est pas la première victime d'une telle forme extrême de sadisme de la part des forces de l'ordre. Le 20 février on attend la sentence pour un cas similaire survenu le 26 octobre 2015 à Drancy, aussi en Seine-Saint-Denis. Un homme de 28 ans avait été interpellé, menotté et brutalisés par trois agents de la police municipale, dont l'un, selon l'acte d'accusation, l'avait sodomisé avec une matraque télescopique.

Très récemment, le 20 janvier, c'est Maxem, un lycéen de seize ans, qui a fait les frais d'un contrôle au faciès musclé : arrêté par trois policiers au Raincy, toujours en Seine-Saint-Denis, il reçoit des coups de poing, est presque étranglé, et - ça va sans dire – abreuvé d'insultes racistes, étant «d'origine asiatique". Enfin, conduit au commissariat de police de Bobigny, il est détenu pendant dix-sept heures sans nourriture  ni eau, sans possibilité  de se reposer. Pour confirmer le témoignage direct de Maxem - qui a également posté un selfie avec des signes évidents du tabassage -, il y a deux vidéos: la première, aussi dans ce cas, provenant des caméras de surveillance, la seconde, d'un témoin oculaire des violences.

À cette galerie des horreurs du racisme d'État, il convient  d'ajouter une autre affaire récente, celle d'Adama Traoré, vingt-quatre ans, d'origine malienne, mort le 19 juillet, 2016, dans des circonstances plutôt obscures, à la gendarmerie de Persan (dans le Val-d'Oise , également en Île-de-France), quelques heures après avoir été interpellé par trois gendarmes à Beaumont-sur-Oise. Bien qu'il se soit plaint de ne pas pouvoir respirer, il a été forcé, menotté comme il était, de rester couché en plein soleil dans la cour de la gendarmerie. Finalement, il perd connaissance et meurt asphyxié, peut-être par compression thoracique : une source judiciaire a révélé que les trois gendarmes l'auraient écrasé avec tout le poids de leur corps, selon une méthode assez souvent pratiquée par la police. Mais, selon le procureur, Adama serait mort d'une affection cardiaque.

Quant à la pratique de la sodomisation   et autres violences sexuelles, elle a un précédent «historique», et de poids : pour ce cas, la France a été condamnée par la Cour de Strasbourg pour usage de la torture. La victime –inutile de le préciser - était une personne «d'origine immigrée»: Ahmed Selmouni, 49 ans, à double nationalité, marocaine et néerlandaise. Le contexte est le même : le département de la Seine - Saint - Denis, plus précisément Bobigny. Ici, le 25 novembre 1991, Selmouni, arrêté par la police dans une enquête pour trafic de drogue, a été arrêté et interrogé au commissariat de police pendant trois jours, pendant lesquels il est massacré de coups,  et pas seulement ça : cinq policiers urinent sur lui, le forcent à une fellation, et enfin – pour ne pas changer - le sodomisent  avec une matraque. Pendant sa garde à vue, il a été visité six fois par des médecins qui détectent des signes de violence sur tout son corps .

Les cinq policiers ne seront jugés et condamnés par un tribunal qu'en février 1999. Mais au mois de juin de la même  année, la Cour d'appel de Versailles va réduire considérablement les peines à quelques mois. Un mois plus tard, la Cour européenne des droits de l'homme, comme cela a été dit, va condamner  laFrance en vertu des articles 3 et 6§1: à savoir pour avoir pratiqué la torture et infligé des traitements inhumains et dégradants, ainsi que pour violation du droit à un procès équitable dans un délai raisonnable.

Pour faire de l'humour noir, on pourrait se demander si  la formation des forces de l'ordre, en particulier celles  de la Seine - Saint - Denis, intègre l'utilisation de la violence sexuelle contre les interpellés qui ne sont pas franco – français,  de préférence avec un outil professionnel de dernière génération comme la matraque télescopique.

Au - delà du sarcasme, on est en droit de se demander quelle est la part de l' héritage colonial non seulement dans les contrôles d'identité au faciès et dans l'acharnement répressif et raciste envers les descendants des colonisés, mais aussi, en particulier, dans la pratique de l'humiliation et de  l'anéantissement de l' estime de soi par le viol mécanique. À cet égard, il convient de rappeler que, pendant la guerre d'Algérie les séances de torture infligées aux résistants comprenaient également la sodomisation avec des matraques et des canons de pistolets. Et que le viol des femmes, mais aussi des hommes, faisait partie d'une stratégie militaire à l'enseigne de la terreur.

Il a longtemps qu'en France les gens racisés subissent un tel traitement: il est si quotidien et systématique que l'ont peut dire (avec une expression un peu galvaudée, mais appropriée dans ce cas) que l'état d'exception est désormais devenu permanent. L'état d'urgence en vigueur depuis le 14 novembre 2015, avec le durcissement de la répression qu'il a entraîné, n'a fait qu'accentuer l'opacité et l'impunité habituelles de ces pratiques policières.

Il  n'est donc pas étonnant que, dans les "zones urbaines sensibles " (ZUS), chaque épisode de ce genre soit suivi de manifestations pas toujours pacifiques. Que cette colère et cette humiliation s'expriment sous des formes de protestation ou de révolte collectives, parfois  marquées par des débordements, est une  chose qui devrait être considérée comme moins grave que le risque que les mortifications et la rage quotidiennes conduisent certains au djihadisme. Et pourtant, même dans ces cas, la réponse est purement répressive, avec des arrestations souvent arbitraires ou excessives. Et il n'existe pas non plus, pour le moment, de sujets politiques susceptibles de donner aux  protestations un sens et un débouché politiques rationnels et de longue haleine...

En passant, il convient de noter que, sur une échelle beaucoup plus petite, le même aveuglement est affiché par une grande partie de l' information italienne, même celle grand public,  qui ne rend compte, la plupart du temps avec du retard, d'incidents très graves comme le supplice infligé à Théo que lorsque des  protestations plus ou moins violentes suivent les bavures policières. Et cela donne lieu à des récits sensationnalistes, immanquablement titrés selon le stéréotype de la "révolte dans les banlieues» (écrit  parfois sans même le e final).

En outre, il n'y a pas lieu de s'étonner que la haine des flics monte et se renforce dans les cités. Ceux-ci ne sont d'ailleurs pas les seuls à pratiquer le mépris et le racisme envers les habitants de ces quartiers, en particulier pour les jeunes non franco-français. L'Hexagone a une longue tradition de dirigeants coutumiers de petites phrases et de noms d'oiseaux  à leur égard. Un vrai spécialiste dans ce domaine était Nicolas Sarkozy, en particulier en 2005, en tant que ministre de l'Intérieur. Son racaille pour définir les jeunes difficiles d'un quartier sensible d'Argenteuil (Val-d'Oise) est presque devenu un classique. Tout comme la malheureuse métaphore par laquelle il promettait de "nettoyer au karcher" une cité problématique de La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Deux jours après sa promesse, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, encore une fois), Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, meurent électrocutés par un transformateur d'une cabine électrique, où ils avaient trouvé refuge dans une tentative d'échapper à un contrôle de police au faciès. Ce qui va déclencher la révolte longue et étendue du prolétariat juvénile métropolitain, qu'on évoque encore souvent, mais dont on n'a cependant jamais tiré de leçon.

Presque rien n'a changé depuis. Au contraire : l'état d'urgence, la crise économique, le chômage galopant des jeunes comme la discrimination et le racisme, ainsi que la croissance exponentielle du Front national et d'autres formations d'extrême-droite Front national, tout cela ne laisse rien présager de positif pour les «indigènes de la République". Ceux-ci semblent voués à une condition de quasi-caste, comme l'a écrit en son temps la sociologue féministe Christine Delphy, privés qu'ils sont non seulement de dignité, de respect et d'égalité, mais aussi de tout espoir de mobilité sociale. Il suffit de rappeler, encore une fois, qu'un-e jeune qui a un nom à consonance arabe ou sub-saharienne a beaucoup moins de chance d'être appelé-e à un entretien d'embauche, par rapport à un-e Franco-français-e de même âge et de même niveau de formation.

Pourtant, quelques indices positifs peuvent s'entrevoir en marge des épisodes, si terribles, que nous avons évoqué. Aujourd'hui la racaille ne semble plus avoir peur de dénoncer les violences policières subies et met en œuvre des formes d'auto-défense  qui ne sont qu'en apparence secondaires,  comme celle consistant à s'en procurer des preuves, préventivement.

Anthropologue, Annamaria Rivera est professeur d'ethnologie à l'Université de Bari.

Auteure de nombreux ouvrages et rapports, elle se livre à la critique des catégories et concepts-clés des sciences sociales, s'attachant plus particulièrement aux formes changeantes de l'ethnocentrisme et du racisme dans les sociétés contemporaines.
Elle a été l'une des fondatrices et porte-parole du "Réseau antiraciste" et reste engagée dans les combats pour les droits des migrants et le débat international sur les racismes.
Ouvrages les plus récents
 

dimanche 12 février 2017

Le terrorisme israélien dans les territoires occupés


La vie quotidienne dans « la seule démocratie du Moyen-Orient »

Source : teleSur (10 janvier 2017)



Alors qu’Israël vient de voter une loi légalisant le vol de terres palestiniennes dans les territoires occupés, une réalité constante depuis 1967, ce documentaire d’Abby Martin nous rappelle que le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants Palestiniens est de facto autorisé et même encouragé et encensé en Israël, tant pour les soldats de Tsahal, « l’armée la plus morale du monde », que pour les colons. A quand une loi qui donnera la force du droit à cet état de fait ? Et, pourquoi pas, qui octroiera une récompense pour le « scalp », la tête ou la dépouille carbonisée des autochtones, seul moyen d’édifier un « Etat juif » suprématiste purifié de la présence des Arabushim ? Les « djihadistes juifs », comme les appelle Norman Finkelstein, sont bien les parfaits équivalents des « djihadistes wahhabites » de Daech, assassins fanatis.

Les Palestiniens sont constamment menacés, agressés et soumis à des traitements inhumains et dégradants dans les bantoustans invivables qui leur sont réservés (jusqu’à ce que des colons décident de s’approprier leurs terres et occupent ou détruisent leurs maisons), condamnés à une existence misérable qui n’est qu’une mise à mort à petit feu. Bien que les médias aux ordres nous épargnent aujourd’hui ces images, elles n’en sont pas moins quotidiennes et immuables depuis des décennies. Les innombrables condamnations des crimes de guerre israéliens par les instances internationales et les associations de défense des droits de l’homme n’ayant jamais été suivis de mesures concrètes (sanctions économiques, embargo sur les armes, mandats d’arrêt internationaux, etc.), Tel-Aviv peut poursuivre sa politique de colonisation en toute impunité et faire affront à toute l’humanité.

Il est aujourd’hui évident que la solution à deux Etats, qui a toujours été rejetée tant par les dirigeants que par les citoyens juifs israéliens, est définitivement morte, et que le silence, l’inaction et/ou la complicité de la communauté internationale ne laissent aucun autre recours aux Palestiniens que l’Intifada et la résistance armée, droit sacré et inaliénable, et même devoir indispensable face à une force occupante qui recourt systématiquement à la terreur.

Sayed Hasan




[Tlaxcala] Abigail Suzanne « Abby » Martin, née en 1984, est une journaliste US-américaine. Elle est la présentatrice de The Empire Files, un programme d'information et d’investigation hebdomadaire sur téléSUR en anglais. Elle a été autrefois l’animatrice de l’émission Breaking the Set pour RT America, travaillant depuis les bureaux de Washington DC. Avant d’animer sa propre émission, elle avait travaillé pendant deux ans comme correspondante de RT America.


Martin est aussi une artiste et une militante, et a contribué à la création du site de journalisme citoyen Media Roots. Elle siège au conseil d'administration de la Media Freedom Foundation qui gère le Projet Censuré. Martin apparait dans le film documentaire Projet Censuré le Film : Terminer le règne des Informations-Malbouffe (2013) et co-réalisé 99%: Le Film Collaboratif Occupy Wall Street (2013).