dimanche 23 mars 2014

Sayed Hasan Nasrallah : L’Occident et le Monde Arabe veulent en finir avec la cause palestinienne



Extrait du discours du 16 février 2014, à l’occasion de la commémoration annuelle des dirigeants martyrs du Hezbollah


Dans cet extrait, Sayed Nasrallah analyse le danger que représentent les négociations de paix actuelles menées par John Kerry, et visant à résoudre définitivement le conflit israélo-palestinien aux conditions nouvellement édictées par Israël, dont les exigences vont bien au-delà de tout ce dont il avait été question auparavant.

Profitant de l’état déplorable dans lequel se trouve le monde arabo-musulman depuis le soi-disant « printemps arabe », notamment de la situation de chaos en Egypte et surtout en Syrie, l’Occident, appuyé par les pays arabes, est en effet résolu à en finir une fois pour toutes avec la cause palestinienne. Pour Sayed Hasan Nasrallah, il est impérieux, pour tenir ce projet en échec, que les pays arabes cessent leur guerre contre la Syrie et retirent leurs mercenaires – auquel cas le Hezbollah se retirerait également – et que les différentes factions palestiniennes s’unissent.

 


Sur les négociations de paix israélo-palestiniennes, voir aussi les analyses de Norman Finkelstein : http://www.legrandsoir.info/la-fin-de-la-palestine.html et http://www.legrandsoir.info/les-pourparlers-israelo-palestiniens-une-mise-a-jour.html

Sélection & fichiers sous-titres : TheKeysToEternity

Traduction en français : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

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Retranscription

« Il est nécessaire de mettre en lumière la (grave) menace israélienne qui plane sur la Palestine : sur la Palestine en tant que terre, existence, histoire, entité, avenir, sur les lieux saints musulmans et chrétiens, sur le peuple Palestinien vivant en Palestine, sur le peuple Palestinien réfugié de la diaspora, Ce sont là des principes fondamentaux que les gens évoquaient depuis des décennies, mais qui ont aujourd’hui disparu.

(Malheureusement), aujourd’hui, les peuples de chaque pays (arabe) se préoccupent (exclusivement) de leur propre pays. Et plus encore, certains de ces pays sont maintenant le théâtre d’affrontements sanglants et de luttes armées très violentes.

Aujourd’hui, nous avons malheureusement atteint un stade critique déplorable où plus personne ne veut parler de la Palestine. Et plus personne ne veut parler de l’ennemi, à savoir Israël.

Je m’attends évidemment à ce que certaines personnes s’exclament à mon propos : ‘‘O Sayed [Nasrallah] ! De quoi parles-tu donc ? Ne vois-tu pas tout ce qui se passe dans le monde ?’’ De telles protestations sont un indice éloquent du stade auquel nous sommes parvenus. C’est très précisément le stade auquel l’Amérique et Israël voulaient mener les peuples, les gouvernements et les Etats de la région après toutes les victoires et tous les accomplissements réalisés par l’Axe de la Résistance – la Palestine, le Liban, la Syrie, l’Iran.

Ce qu’ils veulent, c’est que nous fassions marche arrière, que nous oubliions. Ce qu’ils veulent, c’est que la Palestine et le combat contre l’ennemi (sioniste) soient retirés non seulement de la sphère des priorités, les Américains et les Israéliens ne veulent pas seulement que la Palestine et le combat contre l’ennemi prennent une place secondaire vis-à-vis d’autres priorités, qu’ils cessent d’être une priorité, mais qu’ils soient complètement exclus du domaine de nos préoccupations – que nous ne nous sentions plus du tout concernés.

Bien plutôt, (ils veulent) que cette cause sorte de nos esprits, de nos cœurs, de nos sentiments. (Ils veulent) que nous en arrivions à un point où lorsque quelqu’un évoque la Palestine – ce soir, je vais m’exprimer de manière très explicite –, que si quelqu’un évoque la Palestine, les gens lui rétorquent : ‘‘Laissez-nous en paix, toi et ta Palestine.’’ C’est à ce stade qu’ils veulent mener les peuples arabes et musulmans – le Liban, l’Egypte, l’Irak, la Jordanie et tous les pays.

Ils veulent que nous en arrivions à un stade où même au niveau du cœur et des émotions, c’en soit fini, que la Palestine soit pour nous comme si elle était sur une autre planète, non pas (seulement) sur un autre continent, mais (vraiment) dans un autre monde. Et cela même au niveau des émotions et des sentiments.

Bien entendu – entre parenthèses –, cela fait porter encore plus de responsabilités sur les Palestiniens – j’aurais peut-être l’occasion d’en parler (plus avant) au fil de mon propos.

Nous devons reconnaître qu’en la matière, ils sont parvenus à réaliser leurs objectifs dans une très large mesure. Mais il est encore temps de prendre conscience (du danger). Il est encore temps d’agir, nous avons encore des opportunités d’actions et de choix qui nous permettraient de prendre conscience de la gravité de la situation (et d’y faire face).

Qu’est-ce qui pourrait donc nous expliquer clairement cet engagement américain exceptionnel et les pressions formidables qui sont exercées par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry afin de parvenir maintenant, d’ici quelques mois, à une résolution définitive de la question palestinienne ? Pourquoi maintenant ? Est-ce là une question pertinente, qui mérite d’être posée, oui ou non ?

Oui, certains responsables israéliens se sont élevés et ont attaqué John Kerry, etc., mais ce sont des absurdités, nous y sommes habitués maintenant, (c’est une mascarade) visant à le faire apparaître comme un médiateur neutre, qui est attaqué par tous les côtés. Certainement pas.

Actuellement, l’administration américaine, aux côtés de l’administration sioniste, déploie des efforts considérables pour liquider (définitivement) la cause palestinienne. L’heure est venue. Pourquoi les circonstances actuelles sont-elles propices ?

Tout simplement parce que le monde arabe a complètement disparu.

Auparavant, le monde arabe avait du moins une certaine présence, plus ou moins. Certains se manifestaient et avançaient l’Initiative de paix, l’Initiative de paix arabe, évoquant des conditions, des principes, des limites. Mais à présent il n’y a plus de monde arabe. Aujourd’hui, il n’y a plus de monde musulman.

Maintenant, chaque pays ne se préoccupe que de lui-même.

Personne n’a de temps à consacrer à la Palestine, pas même un seul instant. Personne n’a le temps de faire pression sur les Américains dans l’intérêt des Palestiniens, ou de faire pression sur les Israéliens. Au contraire, la situation actuelle des pays arabes fait peser la pression sur les Palestiniens eux-mêmes. Car chacun veut maintenant régler ses propres problèmes internes aux dépens de la cause palestinienne, et ils offrent des concessions aux Américains vis-à-vis de la cause palestinienne, afin de préserver leur régime (en place), de rester au pouvoir ou même de parvenir au pouvoir dans tel ou tel pays.

Malheureusement, même les peuples sont dans un autre monde.

Malheureusement, les Palestiniens eux-mêmes sont dans une situation très difficile : leurs divisions, leurs conditions, le gouvernement de Ramallah, le gouvernement de Gaza… Les Palestiniens sont soumis à divers types de pressions internationales et arabes, (en plus) de pressions matérielles sur le terrain – assassinats, emprisonnements, état de siège…

Eh bien, telle est la situation, tels sont les défis.

Israël considère ces circonstances comme une opportunité.

Ce soir, je ne prononce pas une oraison funèbre [sur la cause palestinienne]. Je dis (seulement) : c’est là une vérité (indéniable).

Israël et les Américains se disent mutuellement : c’est là l’occasion (rêvée) de liquider la cause palestinienne. Ils veulent profiter de cette opportunité et imposer leurs conditions aux Palestiniens, afin de parvenir à une résolution (du conflit) qui satisfasse (pleinement) les intérêts américains et israéliens.

Je ne suis pas en train de prononcer une oraison funèbre, car il est encore temps de faire échec à ce projet – je reviendrai là-dessus à la fin de mon propos.

[…]

Le dernier point sur lequel je veux conclure – j’avais dit que j’y reviendrais lorsque j’ai parlé de la Palestine, d’Israël, etc. –, bien que nous ayons des vues différentes sur cette question, je tiens cependant à dire aux Libanais, aux Palestiniens – à nos frères en Palestine sur qui pèsent naturellement de très lourdes responsabilités jusqu’à présent, dans les camps de réfugiés... – je m’adresse à nos frères au sein des (différentes) factions palestiniennes, aux savants, aux comités populaires (et je leur dis) : il ne faut pas se contenter de publier des communiqués condamnant (les pourparlers de paix actuels). Vous devez réunir vos forces : vous devez parler les uns avec les autres, analyser attentivement la situation car il y a des personnes qui cherchent à exploiter les Palestiniens afin de parvenir au résultat que j’ai évoqué précédemment – et je ne vais donc pas me répéter.

Je m’adresse aux Libanais, aux Palestiniens, aux Syriens, je m’adresse à tous les peuples arabes, à tous les partis et à toutes les forces arabes, à tous les hommes d’honneur du monde et de cette région, à tous ceux qui se soucient véritablement de la Palestine, du Liban et de la Syrie (et je leur dis) : si vous voulez qu’Israël perde ces opportunités – celles que nous avons évoquées précédemment – et si vous voulez préserver cette région d’un conflit (fratricide) qui durerait des dizaines d’années, (alors) mettez fin à cette guerre contre la Syrie.

Mettez fin à la guerre contre la Syrie.

Faites sortir les combattants (djihadistes) de la Syrie. Permettez aux Syriens de se réconcilier entre eux, comme ils le font actuellement dans plus d’une région.

Bien entendu, nous mettrions également fin à notre présence en Syrie ce jour-là.

Cependant, si nous voulons faire face à la situation comme il se doit, si nous voulons contenir toutes ces opportunités (pour l’ennemi) et ces menaces (qui pèsent sur nous), nous devons – tous autant que nous sommes – nous devons mettre fin à la guerre contre la Syrie et à l’intérieur de la Syrie, afin de protéger la Palestine, le Liban, la Syrie et la Nation (musulmane).

Nous espérons que (le monde arabo-musulman) saisira cette chance.

A l’occasion de la commémoration des dirigeants martyrs (du Hezbollah) – j’ai été un peu long, mais c’est pour compenser ma longue absence –, nous promettons à ces grands et nobles martyrs que nous conserverons leur esprit, leur pensée, leur organisation, leur sincérité, leur fidélité, leur sang, leurs sacrifices, leur patience, leurs souffrances et leurs espoirs, comme tous les martyrs, et que nous suivrons leurs traces jusqu’au bout, afin que ce pays, ce peuple, cette nation (islamique) soient toujours si Dieu le veut dans une position forte, digne et capable.

Que Dieu fasse miséricorde à nos martyrs et aux vôtres, tous autant qu’ils sont.

Que la paix de Dieu soit sur vous, ainsi que sa miséricorde et sa grâce. » 
 

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