dimanche 20 avril 2014

« Les Américains jouent au poker, les Russes jouent aux échecs – et les Français jouent au Monopoly… »



« Les Américains jouent au poker, les Russes jouent aux échecs – et les Français jouent au Monopoly… »


« Les Russes mettent du temps à monter en selle, mais ensuite, ils chevauchent très vite. »

« Lorsque la Russie est menacée, elle ne s’énerve pas, elle se concentre. »

Proverbes russes



Cette série d'articles est consacrée aux enjeux géopolitiques des événements de Crimée, et notamment au recul de l’impérialisme américain face à de nouvelles puissances régionales et mondiales, résurgentes ou émergentes, qui résistent au modèle politique, économique et culturel occidental de plus en plus ouvertement, et avec de plus en plus de succès.

Le traitement de ces événements en Occident est un révélateur de la crise de confiance entre les populations du monde occidental et leurs gouvernements & médias respectifs, qui sont aujourd’hui moins fiables que la presse soviétique elle-même dans ses jours les plus sombres, mais dont l’hégémonie est aujourd'hui disputée par Internet.



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1. Une victoire stratégique pour la Russie

Les événements dramatiques qui se sont déroulés en Ukraine durant ces dernières semaines, façonnés de toutes pièces et orchestrés par les services du Département d’Etat américain –qui, comme l’a candidement admis Victoria Nuland, Secrétaire d’Etat adjointe aux affaires européennes et eurasiennes, ont dépensé 5 milliards de dollars pour « démocratiser » (c’est-à-dire « déstabiliser ») l’Ukraine– et relayés par leurs laquais de l’Union européenne, ont finalement débouché, contre toute attente, sur une victoire spectaculaire de la diplomatie russe, la Crimée ayant réintégré la Fédération de Russie, qu’elle n’aurait du reste jamais dû quitter pour les raisons historiques, géographiques, ethniques, culturelles et même légales (tant sur le plan du droit soviétique que du droit international) qu’a rappelées Poutine dans son discours mémorable du 18 mars 2014.

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On peut parler, avec Israël Shamir, de triomphe personnel pour Poutine, qui, par un coup de maître éminemment dramatique au regard de la tournure initiale des événements, et de l’apparente inertie de la Russie –qui contrastait très fortement avec l’hystérie occidentale–, a transformé ce qui semblait être un véritable désastre en une victoire totale, qui n’est pas sans évoquer le Deus ex machina du théâtre classique. Ce retournement de situation exceptionnel, peut-être sans précédent dans l’histoire au regard de ses tenants et aboutissants, est illustré de manière éloquente dans ce trait d’humour juif récent rapporté par le même Israël Shamir :

Le président israélien Shimon Peres demande au président russe:
- Vladimir, êtes-vous d’origine juive?
- Poutine : Qu’est-ce qui vous fait croire ça, Shimon?
- Peres: Vous avez fait débourser cinq milliards de dollars aux États-Unis pour qu’ils livrent la Crimée à la Russie. Même pour un Juif, c’est audacieux !

Les retombées géopolitiques, diplomatiques, militaires (les expériences en Tchétchénie et en Ossétie du Sud avaient déjà démontré sans le moindre doute possible que les forces armées russes comptent aujourd’hui parmi les plus formidables de la planète) et même économiques de ces événements sont en effet considérables : nous assistons en direct à un nouveau coup de tocsin, sonnant vraisemblablement le glas d’un monde unipolaire –sinon des Etats-Unis en tant que superpuissance, statut obtenu en 1945. Sur les plans militaire, politique, diplomatique et/ou médiatique, il est aisé de reconstituer le parcours des victoires de l’Empire dans ses diverses conquêtes (Iran 1953, Guatemala 1954, Chili 1972, Salvador 1980, Nicaragua 1981, Afghanistan 1989, Irak 1991, Bosnie-Herzégovine 1995, Serbie 1999, Libye 2011…) et de ses défaites (Cuba 1961, Vietnam 1972, Iran 1988, Liban 1983, 2000 & 2006, Irak 2011, Afghanistan 2013…), avec toutes les combinaisons que cela implique, une victoire sur un plan ayant pu être une défaite sur l’autre –ainsi l’opération USAl-Qaïda en Tchétchénie a-t-elle été une victoire éclatante sur le plan de l’opinion publique internationale, aliénant durablement les populations occidentales et musulmanes à la Russie, malgré un échec cuisant sur le terrain. Les événements en Syrie et en Ukraine, nouveaux Stalingrad, semblent porter un coup d’arrêt décisif à l’interventionnisme américain, notamment grâce au rôle de la Russie que Vladimir Poutine a miraculeusement fait renaître de ses cendres (voir 1993-2013 : Les vingt ans de « Pas de deux » entre la Russie et les Etats-Unis arrivent-ils à leur fin ?).

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Mais pour les peuples victimes, il est souvent difficile de distinguer la couleur, les cortèges de mort et de destructions assombrissant toujours l’issue des impitoyables agressions américaines. C’est pourquoi nous ne pouvons que nous féliciter de ce dénouement juste et heureux et de cette défaite de la plus grande et la plus agressive puissance impériale de l’Histoire. Le Saqr –blogueur & correspondant de l’Asia Times ; d’origine russe, spécialiste de l’Europe de l’Est, cet ancien analyste militaire était impliqué dans des opérations anti-soviétiques durant la guerre froide– affirme qu’« Aujourd’hui, tous les hommes libres de la planète célèbrent une victoire », et compare cette issue euphorisante au dénouement de la guerre Usraélienne de l’été 2006 contre le Liban, après laquelle Sayed Hasan Nasrallah, Secrétaire Général du Hezbollah, déclarait –le 22 septembre, au lendemain du fameux discours de Chavez à l’ONU :

Nous considérons que nous avons remporté une grande victoire, que le Liban a remporté une grande victoire, que la Palestine a remporté une grande victoire, que la nation arabe a remporté une grande victoire, et que tous les opprimés, toutes les personnes lésées dans ce monde ont également remporté une grande victoire. Notre victoire n’est pas la victoire d’un parti. Je répète ce que j’ai dit à Bint Jbeil, le 25 mai 2000: ce n’est pas la victoire d’un parti ou d’une communauté, c’est plutôt une victoire pour le Liban authentique, le peuple libanais authentique, et toute personne authentiquement libre dans le monde. Il ne faut pas fausser cette grande victoire historique. Elle ne se limite pas à un parti, un clan, une secte, une communauté ou une région particulières. Cette victoire est trop grande pour que nous puissions en saisir toute l’ampleur. Les prochaines semaines, les mois et les années à venir nous en montreront la portée réelle.


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De même, cette victoire russe est une victoire éclatante pour tous les hommes libres de la planète, et dont les conséquences sont incalculables. Aujourd’hui, nous sommes tous Russes, de même que nous étions tous Libanais en 2000 & 2006.

2.    Relations internationales : Poutine impose de nouvelles règles du jeu

Arrêtons-nous quelque peu sur le discours de Vladimir Poutine sur l’intégration de la Crimée au sein de la Fédération de Russie, car il est véritablement historique. Comme le souligne Le Saqr, « Formellement, cet événement sera enregistré comme L’adresse du président russe Vladimir Poutine aux députés de la Douma, membres du Conseil de la Fédération, chefs des régions russes et représentants de la société civile au Kremlin’’. En réalité, bien entendu, il s’agit de beaucoup plus que cela. C’était l’adresse de la nouvelle Russie au monde entier et, en particulier, aux nombreuses personnes à travers le monde qui rejettent le modèle social, économique et politique incarné dans l’Empire Anglo-Sioniste actuel, autrement désigné comme ‘‘l’Occident’’ ».

Extraits :

« Cependant, qu’est-ce que nous entendons de la part de nos collègues en Europe occidentale et en Amérique du Nord ? Ils disent que nous violons les normes du droit international. Tout d’abord, c’est une bonne chose qu’ils se souviennent enfin, au moins, qu’il existe une telle chose, à savoir le droit international –mieux vaut tard que jamais. (…) Qu’est-ce qui les outrage ainsi ? (…) Pour une raison quelconque, des choses que les Albanais du Kosovo (et nous avons beaucoup de respect pour eux) ont été autorisés à faire, les Russes, les Ukrainiens et les Tatars de Crimée ne sont pas autorisés à le faire. (…) Ce n’est même pas un ‘‘deux poids deux mesures’’ ; c’est du cynisme brutal, primitif, colossal. Il ne faut pas essayer aussi crûment de tout adapter à ses intérêts particuliers, caractérisant une même chose comme ‘‘blanche’’ aujourd’hui et ‘‘noire’’ demain. (…)

Ils n’arrêtent pas de parler de quelque intervention russe en Crimée, d’une sorte d’agression. Il est étrange d’entendre cela. Je ne connais pas un seul cas dans l’histoire où une telle intervention se soit produite sans un seul coup de feu et sans faire de victimes. (…)



Comme un miroir, la situation en Ukraine reflète ce qui se passe et ce qui s’est passé dans le monde au cours des dernières décennies. Depuis la dissolution de la bipolarité sur la planète, nous n’avons plus de stabilité. Les principales institutions internationales ne sont pas renforcées ; au contraire, dans de nombreux cas, elles se dégradent gravement. Nos partenaires occidentaux, menés par les États-Unis d’Amérique, préfèrent ne pas être guidés par le droit international dans leurs politiques concrètes, mais par la force des armes. Ils en sont venus à croire en leur exclusivité et à leur exceptionnalisme, à croire qu’ils peuvent décider eux-mêmes ce que doivent être les destinées du monde, à croire qu’ils sont les seuls à être toujours dans leur bon droit. Ils agissent à leur guise : ici et là, ils utilisent la force contre des États souverains, créant des coalitions sur la base du principe « Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. » Afin de donner un semblant de légitimité à leurs agressions, ils forcent les organisations internationales à adopter les résolutions nécessaires, et si pour quelque raison cela ne fonctionne pas, ils ignorent tout simplement le Conseil de sécurité de l’ONU et même l’ONU dans son ensemble.

Cela s’est produit en Yougoslavie ; nous nous souvenons très bien de l’année 1999. Il était difficile de croire, même en le voyant de mes propres yeux, qu’à la fin du XXe siècle, l’une des capitales de l’Europe, Belgrade, était soumise à une attaque de missiles pendant plusieurs semaines, avant que l’intervention réelle n’ait lieu. Y a-t-il eu une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur cette question, autorisant de telles actions ? Rien de tel. Puis ils ont frappé l’Afghanistan, l’Irak, et ils ont franchement violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye, quand, au lieu d’imposer la zone dite d’exclusion aérienne au-dessus de ce pays, ils ont également commencé à le bombarder.


Il y a eu toute une série de révolutions « colorées » contrôlées depuis l’extérieur. De toute évidence, les populations de ces pays, dans lesquels ces événements ont eu lieu, en avaient assez de la tyrannie et de la pauvreté, de leur manque de perspectives ; mais ces sentiments ont été cyniquement mis à profit. Des normes qui ne correspondaient en aucune façon aux modes de vie, aux traditions ou aux cultures de ces peuples leur ont été imposées. En conséquence, au lieu de la démocratie et de la liberté, il y eut le chaos, les flambées de violences et une série de bouleversements dramatiques. Le « Printemps arabe » s’est transformé en « Hiver arabe ».

Des événements similaires se sont déroulés en Ukraine. En 2004, pour faire passer leur candidat aux élections présidentielles, ils ont concocté une sorte de troisième tour qui n’était pas prévu par la loi. C’était un simulacre absurde, un détournement grossier de la Constitution. Et maintenant, ils ont jeté au pouvoir une armée de militants organisés et bien équipés. (…)

En bref, nous avons toutes les raisons de supposer que l’infâme politique d’endiguement conduite aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles se poursuit aujourd’hui. Ils sont constamment en train d’essayer de nous confiner dans un coin parce que nous avons une position indépendante, parce que nous la maintenons et parce que nous appelons les choses par leur nom et que nous ne nous engageons pas dans l’hypocrisie. Mais il y a une limite à tout. Et avec l’Ukraine, nos partenaires occidentaux ont dépassé les bornes, en jouant les durs et en agissant de façon irresponsable et non professionnelle. » 

Commentaire du Saqr : « Des mots étonnants dans la bouche du Président d’une superpuissance détentrice de l’arme nucléaire : non seulement il dénonce l’hypocrisie complète et totale de l’Empire Anglo-Sioniste, mais il les place même dans le prolongement direct de trois siècles de politiques anti-russes menées par les puissances d’Europe occidentale ! Non seulement il dénonce le ‘‘deux poids deux mesures’’ de l’Empire, mais il se moque même ouvertement de l’incompétence de ses dirigeants. En effet, on ne peut que se demander ce que le ‘‘Haut commandement impérial’’ s’imaginait lorsqu’il a décidé d’utiliser des nazis en Ukraine, tout comme il avait utilisé al-Qaïda en Afghanistan : pensait-il vraiment que la Russie se soumettrait encore une fois ? La Russie avait-elle le choix ? Non, selon Poutine : 

« Après tout, ils étaient pleinement conscients du fait qu’il y a des millions de Russes vivant en Ukraine et en Crimée. Ils doivent avoir vraiment manqué d’instinct politique et de bon sens pour ne pas avoir prévu toutes les conséquences de leurs actes. La Russie s’est trouvée dans une position d’où elle ne pouvait pas se retirer. Si vous compressez le ressort au maximum, il se détendra avec vigueur. Vous devez toujours vous souvenir de cela.

Aujourd’hui, il est impératif de mettre fin à cette hystérie, de réfuter la rhétorique de la guerre froide et d’accepter l’évidence : la Russie est un participant indépendant et actif dans les affaires internationales ; comme d’autres pays, elle a ses propres intérêts nationaux qui doivent être pris en compte et respectés. (…)

C’est lors de tournants historiques tels que ceux-ci qu’une nation démontre sa maturité et sa force d’esprit. Le peuple russe a démontré sa maturité et sa force par son soutien uni en faveur de ses compatriotes. (…) Evidemment, nous rencontrerons une opposition externe, mais c’est une décision que nous devons prendre pour nous-mêmes. Sommes-nous prêts à défendre systématiquement nos intérêts nationaux, ou bien allons-nous toujours céder, nous retirer Dieu sait où ? Certains politiciens occidentaux nous menacent déjà non seulement de sanctions, mais aussi de la perspective de problèmes de plus en plus graves sur le plan intérieur. Je voudrais savoir ce qu’ils ont précisément à l’esprit : des actions par une cinquième colonne, ce groupe disparate de « traîtres à la nation » ? Ou bien ont-ils l’espoir de nous mettre dans une situation sociale et économique qui se dégrade de manière à provoquer le mécontentement populaire ? Nous considérons de telles déclarations comme irresponsables et clairement agressives dans leur ton, et nous allons y répondre en conséquence. Dans le même temps, nous ne rechercherons jamais la confrontation avec nos partenaires, que ce soit à l’Est ou à l’Ouest, mais au contraire, nous ferons tout notre possible pour bâtir les relations civilisées et de bon voisinage que l’on est censé avoir dans le monde moderne. »




« Résumons. Poutine a ouvertement déclaré que :

1) Il n’y a pas de limite à l’hypocrisie, au mensonge, au mal, à la bêtise et à la nature agressive de l’Empire Anglo-Sioniste.

2) Cet Empire représente par sa nature même une menace existentielle pour la Russie.

3) Le peuple russe est uni dans sa détermination à résister à cet Empire.

Franchement, pour moi, cela sonne tout à fait comme une déclaration de guerre. Pas nécessairement une guerre « chaude » avec des forces militaires qui s’affrontent, mais quelque chose de plus intense qu’une guerre froide, où le statu quo est une option acceptable. Poutine suggère que la prochaine guerre sera d’ordre civilisationnel, culturel et même moral, une guerre dans laquelle un côté combattra pour imposer comme règle absolue une hégémonie mondiale cynique, et l’autre côté combattra pour établir un monde multipolaire dans lequel tous les pays doivent être soumis au même ensemble de règles et de principes. Mais plus important encore qu’un seul ensemble de règles, le type de système international que la Russie cherche à établir est un système dans lequel chaque nation, chaque culture et chaque religion auraient la liberté réelle –et pas seulement théorique– de vivre comme ils le souhaitent. » 

Le Saqr rappelle que dans sa fameuse adresse à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2013, Poutine montrait bien la différence entre les Etats-Unis et la Russie, que d’aucuns –mus par le désabusement, une pseudo-sagesse qui les placerait « au-dessus de la mêlée », ou conditionnés malgré eux par la propagande anti-soviétique inculquée par le système, etc.– veulent obstinément ramener dos à dos :

« Nous avons toujours été fiers de notre nation. Mais nous ne prétendons pas être une sorte de superpuissance ayant une revendication à l’hégémonie mondiale ou régionale; nous n’empiétons sur les intérêts de personne, nous n’imposons notre patronage à personne, et n’essayons nullement d’enseigner aux autres comment vivre leur vie. Mais nous nous efforcerons d’être des leaders qui défendent le droit international, luttent pour le respect et la souveraineté nationale et l’indépendance et l’identité des peuples. 

Aujourd’hui, de nombreux pays révisent leurs valeurs morales et leurs normes éthiques, gommant les traditions ethniques et les différences entre les peuples et les cultures. La société est maintenant appelée non seulement à reconnaître le droit de chacun à la liberté de conscience, à la liberté d’opinion politique et à la vie privée, mais aussi à accepter sans question l’égalité du bien et de mal, aussi étrange que cela puisse paraître, alors que ce sont des concepts de sens opposé. Cette destruction des valeurs traditionnelles par le haut entraîne non seulement des conséquences négatives pour la société, mais elle est aussi essentiellement anti-démocratique, car elle est effectuée sur la base d’idées abstraites, spéculatives, contrairement à la volonté de la majorité, qui n’accepte pas les changements qui se produisent ou la proposition de révision des valeurs.

Nous savons qu’il y a de plus en plus de gens dans le monde qui soutiennent notre position sur la défense des valeurs traditionnelles qui ont constitué la base spirituelle et morale de la civilisation dans toutes les nations durant des milliers d’années : les valeurs de la famille traditionnelle, de la vie humaine authentique, y compris la vie religieuse, non pas seulement l’existence matérielle, mais aussi la spiritualité, les valeurs de l’humanisme et de la diversité mondiale.

Bien sûr, il s’agit d’une position conservatrice. Mais pour reprendre les mots de Nikolai Berdiaev, le conservatisme ne vise pas à empêcher le mouvement vers l’avant et vers le haut, mais à empêcher le mouvement vers l’arrière et vers le bas, vers l’obscurité chaotique et le retour à un état primitif. »

Commentaires du Saqr : « Il est assez clair que cette dernière phrase exprime le point de vue de la Russie sur le niveau de dégradation civilisationnelle et culturelle que l’Empire Anglo-Sioniste a imposé aux peuples de l’Europe et des Etats-Unis. En outre, lorsque Poutine déclare que la ‘destruction des valeurs traditionnelles par le haut entraîne non seulement des conséquences négatives pour la société, mais elle est aussi essentiellement anti-démocratique, car elle est effectuée sur la base d’idées abstraites, spéculatives, contrairement à la volonté de la majorité’’, il affirme clairement que l’Empire Anglo-Sioniste n’est pas régi par les peuples qui y vivent, mais par des minorités, des groupes d’intérêts spéciaux, des lobbies en coulisses et des cabales qui imposent leur ordre du jour déformé au reste de la population.

La ligne de fond est la suivante : le Président de la Russie a déclaré une guerre ouverte contre l’élite des 1% qui est actuellement aux commandes de l’Empire Anglo-Sioniste. Cette guerre verra des affrontements à plusieurs niveaux, combinant le ‘‘soft power’’ (résistance culturelle, résistance religieuse, résistance informationnelle, guerre économique et financière) au ‘‘hard power’’ (une armée prête à combattre les USA / l’OTAN si nécessaire, l’utilisation de ‘‘l’arme énergétique’’ afin d’exercer des représailles contre la guerre économique). Dans un revirement ironique de l’histoire –surtout pour une société capitaliste qui a dénigré Marx et répudié le concept de lutte des classes–, cette guerre sera aussi profondément une guerre de classe dans laquelle les oligarques de différents pays vont se soutenir mutuellement et dans laquelle les 99% (le peuple réel, le peuple ‘‘de base’’) vont travailler ensemble, par exemple, sur les ‘‘champs de bataille virtuels’’ d’Internet. »


Poutine n’est certes pas le Messie, et agit bien évidemment avant tout dans les intérêts de la Russie. Mais il n’est pas criminel de défendre ses intérêts et les intérêts de sa nation et de son peuple. Au contraire, cela s’appelle le patriotisme, une valeur malheureusement tombée en désuétude ; un De Gaulle français serait aujourd’hui encore écœuré par cette France atlanto-sioniste qui a été dépouillée de l’aura gaullienne, et il serait en exil, peut-être même à Moscou… Tant que les intérêts nationaux n’empiètent pas sur d’autres droits et intérêts légitimes, il est tout à fait légitime et légal de les protéger. Si cela venait à changer un jour en ce qui concerne Poutine, s’il faisait de la Russie une puissance impériale, cela changerait bien évidemment tout, mais en attendant, le crime d’arrière-pensée n’existe que dans les véritables Etats totalitaires, et il faut juger sur pièces et n’évaluer que la conformité des actes avérés avec le droit international et l’éthique. Et sur ce point, Poutine a effectivement fait un « sans faute ». Défendre la Russie aujourd’hui n’est pas une marque d’aveuglement, de soumission ou un réflexe irréfléchi sur le mode « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », comme de nombreux propagandistes, simplets & autres trolls le suggèrent insidieusement, mais une action sensée et conforme aux lois et aux principes moraux –cf. par exemple cet article sur « l’abominable tsar du Kremlin », qui assène quelques vérités aussi évidentes que vitales, ou la réfutation argumentée du Saqr, qui, d’origine russe, rappelle qu’il était dans le camp antisoviétique durant la guerre froide et souligne qu’il n’a commencé à soutenir la Russie qu’à partir du moment où elle a « représenté et défendu tout ce qui est juste, décent, honorable et véridique. » Et il y a une différence notable entre les intérêts de la Russie tels que Poutine les conçoit, et qui, la Russie n’étant pas une puissance impérialiste (malgré les phobies & fantasmes des uns et des autres), nécessitent avant tout une implémentation stricte du droit international, et ceux des Américains et de leurs féaux –car les Américains n’ont pas d’alliés mais seulement des serfs– qui, comme le soulignait très justement Poutine, bafouent en permanence les droits les plus élémentaires et font preuve d’un cynisme et d’une hypocrisie révoltantes qui a fait son temps, mais qui est maintenant désuète du fait de l’avènement d’Internet qui constitue aujourd’hui un champ de bataille informel mais crucial, tant pour les États-majors que pour les populations.

3.    Les médias occidentaux aux ordres ?


Les réalités et enjeux réels de la situation en Crimée ne transparaissent nullement dans les principaux médias occidentaux, qui reprennent docilement la propagande des élites politiques et noient ces événements dans un halo ténébreux de nouvel Anschluss, ou de restauration de l’Empire Soviétique. Comme le souligne encore Le Saqr


« Dans les heures qui suivirent le discours de Poutine, j’ai été étonné de voir la déconnexion totale entre ce que je venais d’entendre, la réaction des populations en Russie, et la façon dont les médias officiels occidentaux rapportaient l’événement. Les personnalités politiques russes comparaient ce qui venait de se passer à la victoire contre l’Allemagne nazie en 1945, et elles ont répété maintes et maintes fois que ce qui venait d’avoir lieu créerait un nouvel ordre mondial et que la nature du système des relations internationales avait été changée pour toujours. Et pourtant, les grands médias occidentaux n’ont parlé que du faste de la cérémonie et de la manière dont Poutine avait justifié l’annexion de la Crimée par la Russie. Ont-ils écouté un discours différent ?! »



VOUS ECRIVEZ CE QU'ON VOUS DEMANDE D'ECRIRE
MERCI, MEDIAS DOMINANTS !
Nous ne pourrions pas contrôler le peuple sans vous.
Un message du Ministère de la Sécurité Intérieure

Il y a certes un divorce prononcé entre les médias occidentaux traditionnels et la réalité : Paul Craig Roberts parle à ce sujet de « presstitution » (néologisme transparent qu’on pourrait remplacer par « journalopes »), tandis qu’Andre Veltchek parle d’un véritable « endoctrinement de l’Ouest ». En effet, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, non seulement les médias actuels « mainstream » sont-ils bien moins libres et bien moins informatifs & objectifs que leurs équivalents « orientaux » (Russia Today, Press TV, Telesur…), mais ils ont atteint un degré de désinformation peut-être sans précédent dans l’histoire. Il est intéressant de reproduire ici encore l’analyse du Saqr, lui-même analyste militaire d’origine russe ayant vécu en Europe occidentale puis aux Etats-Unis, et qui faisait partie du cortège des « idéalistes endoctrinés & militants » durant la guerre froide :

« Pendant une longue période de ma vie, comme beaucoup d’autres analystes militaires, j’ai gagné ma vie, entre autres choses, par la lecture quotidienne de la presse soviétique. Non seulement la Pravda ou Izvestia, mais également des journaux encore plus ennuyeux ou spécialisés, des magazines, des revues, etc. J’écoutais la radio soviétique aussi souvent que je le pouvais, et je n’ai jamais manqué une occasion de regarder la télévision soviétique, en particulier les émissions d’informations. À l’époque, j’étais jeune, très naïf et très bête, et je croyais sincèrement que l’Union soviétique était une menace mortelle pour l’Europe occidentale et que la seule chose qui se dressait entre eux, les communistes malfaisants, et nous, le monde libre, était la puissance militaire de l’OTAN. En regardant ce que j’étais à cette époque et la crasse absolue que j’avais alors dans le cerveau, je me sens gêné et, franchement, honteux de ma crédulité totale. Mais à l’époque, j’étais un soldat dévoué de la guerre froide dont la devise était « connais ton ennemi ». Et je connaissais bien mon « ennemi », vraiment très bien. Je voulais expliquer tout ce qui précède avant de déclarer ce qui suit :


En toute honnêteté et sincérité, je dois dire ici que la presse soviétique était beaucoup plus pluraliste, plus diversifiée et plus digne de confiance que les principaux médias occidentaux actuels. Certes, la presse soviétique passait tout simplement sous silence certains sujets, mais cela tend à montrer que contrairement aux grands médias occidentaux, elle ne se sentait pas capable de mentir effrontément au point de nier catégoriquement et totalement les évidences. D’une part, le public soviétique était beaucoup mieux éduqué. Nous avions, y compris moi-même, l’habitude de nous moquer des leçons obligatoires de marxisme-léninisme dans les écoles soviétiques, mais nous avons négligé que n’importe quel cours de marxisme-léninisme à peu près décent abordait nécessairement des thèmes comme la dialectique, le matérialisme historique et l’économie, des notions qui vous forcent à penser et à réfléchir. Cela ne veut pas dire qu’on ne pouvait pas mentir au peuple soviétique –on pouvait et cela a été bien évidemment fait maintes fois– mais seulement que les mensonges devaient être au moins à moitié crédibles et présenter un scénario plausible. En revanche, pour un public élevé avec CNN, la BBC ou MTV, les mensonges n’ont pas même besoin de passer un test de bon sens élémentaire (comme l’a si bien illustrée la couverture médiatique par les médias occidentaux « mainstream » de la guerre d’Ossétie du Sud du 08.08.08 ou des événements en Ukraine) :
la Doublepensée prédite par Orwell dans son livre 1984 est maintenant entièrement en vigueur, et le noir peut être appelé blanc et vice-versa sans le moindre problème. Je dirais même que, en comparaison, même les médias nazis Völkischer Beobachter contenaient plus d’informations que, par exemple, le New York Times, le Wall Street Journal ou la BBC, dont le niveau de mensonge éhonté ne peut être comparé qu’à, peut-être, celui du Der Stürmer.

J’ai remarqué pour la première fois ce niveau inégalé de mensonge pur et simple –un niveau absolument sans précédent– dans les grands médias occidentaux pendant la guerre USA / OTAN contre la Yougoslavie (Croatie, Bosnie, Kosovo), mais je pense que cela n’a fait qu’empirer depuis. En revanche, la presse russe moderne est très diversifiée, et le peuple russe peut aussi régulièrement voir le type de couverture que les événements actuels en Ukraine reçoivent dans la presse occidentale, ce qui le laisse stupéfait. Le peuple russe ne peut tout simplement pas comprendre comment cela est possible dans une société qui semble extérieurement avoir toutes les caractéristiques d’une société libre et pluraliste. Dans les mauvais jours de l’URSS, c’était tout simple: il y avait la censure d’Etat. Mais il n’y a pas de censure d’Etat à l’Ouest, il n’y a pas de Glavlit ni de Goskomizdat, et pourtant la presse occidentale est beaucoup plus monolithique et malhonnête que la presse de parti officielle de l’URSS elle-même.


‘‘Personne n’est plus désespérément asservi que ceux qui
croient faussement qu’ils sont libres.’’ Goethe

Cela n’est certes pas une nouveauté : qu’il s’agisse de l’Irak, de la Bosnie, de la Serbie –qui fête actuellement les 15 ans de l’agression de l’OTAN–, de la Libye ou de la Syrie, les médias « mainstream » ont toujours fait résonner le seul son de cloche officiel, de manière éhontée, ignorant purement et simplement les réalités les plus aveuglantes. Car bien que les analyses susmentionnées concernent le monde anglo-saxon, la situation de la France est bien pire encore –que ce soit au niveau de l’incompétence et l’amateurisme homériques des élites ou de la propagande médiatique–, comme le remarquait avec humour Norman Finkelstein au sujet de la loi Gayssot, impensable aux Etats-Unis :


« Les Français ne sont pas normaux sur ces questions-là [politique, sionisme, etc.]. On ne peut pas en parler de manière rationnelle. […] Beaucoup de choses sont affreuses aux Etats-Unis, mais en ce qui concerne la liberté d’expression… il ne serait même pas concevable d’emprisonner quelqu’un pour négationnisme de l’Holocauste. C’est inconcevable aux Etats-Unis. C’est une loi insensée. Beaucoup de choses en France sont vraiment étranges. Le niveau ambiant de lâcheté et d’hypocrisie [en France] est tout simplement époustouflant. Que dire d’un pays qui considère BHL [Bernard Henri-Lévy] comme un philosophe ? Allez, franchement, ce n’est pas sérieux. Aux Etats-Unis, au moins, on ne prétend pas avoir de philosophes... Cette loi est ridicule. Chacun devrait avoir le droit de s’exprimer, et s’ils se trompent, montrez-leur en quoi ils se trompent mais l’Etat ne devrait pas décider de ce qui est vrai, cela devrait être du ressort de chaque individu. »


On peut, entre mille autres exemples, se référer à cet article du Monde, qui peut rentrer dans les annales de la désinformation, de la partialité et de l'infamie (cf. par exemple deux contre-analyses ici et ici) : au-delà du recours à l’antienne clintonienne du « viagra comme arme de guerre » malgré les objections du bon sens le plus élémentaire, il réussit en effet un tour de force exceptionnel, à savoir parler des atrocités du conflit syrien sans la moindre référence aux exactions des terroristes anti-Assad de l’Internationale atlanto-wahhabite, qui sont pourtant revendiquées & démontrées par des analyses et documents autrement plus convaincants que des témoignages anonymes invérifiables. De fait, le traitement réservé au conflit en Syrie, fermant les yeux sur la barbarie terroriste sectaire contre les Alaouites, Chiites et Chrétiens –et contre le peuple et les soldats syriens, très majoritairement sunnites et pro-Bachar–, ou aux événements de Crimée, présentant Bachar ou Poutine comme de nouveaux Hitler, confine parfois à la complicité & à l’apologie de crimes de guerres, jouant peut-être même un rôle actif dans le déclenchement d’une nouvelle guerre mondiale, qui nécessiterait une certaine adhésion de l’opinion publique, et on pourrait souhaiter que les médias aient à rendre des comptes. Mais ce qui est nouveau, c’est que le public lui-même est de plus en plus incrédule face aux médias dominants, comme le montre le déclin des médias traditionnels (L’Humanité et Libération sauvés de la banqueroute par un Etat capitaliste, cela est ironique à plus d’un titre, démontrant que ces journaux ont autant respecté l’héritage de Jaurès et Sartre que la France celui de De Gaulle), ou la montée en puissance des sites d’information alternatifs et même les nombreux commentaires désabusés des « proxénètes » qui fréquentent encore, en toute connaissance de cause, les « presstituées » dont parlait Paul Craig Roberts –malgré toute une armée de trolls & cyber-soldats de l’Empire qui pullulent sous diverses formes, tantôt transparentes, tantôt un peu plus subtiles. En lisant ces commentaires qui restent malgré tout très majoritairement favorables à Poutine, et qui comparent son patriotisme et son charisme avec ceux de notre Flamby national (qui, selon une rumeur non étayée, aurait menacé de se rendre personnellement à la station de métro parisienne Crimée voire de la fermer sine die si la Russie ne se retirait pas immédiatement de l’ex-territoire ukrainien…), certains se demandent même si François Hollande, avec ses 16% d’opinion favorable en France, pourrait y être élu face à une hypothétique candidature du Président russe... Le Saqr, commentant un sondage du journal britannique The Independent qui pose la question « Quel est votre leader favori à l’échelle mondiale ? » avec une teneur anti-russe manifeste, et dont le classement est tout de même sans appel (Poutine 82%, Merkel 8%, Obama 4%, Cameron 2%, Hollande 1%, Shinzo Abe 1%), conclut 


« Je deviens convaincu que la majorité de la population mondiale, épuisée et dégoûtée de son état d’asservissement à l'Empire Anglo-Sioniste, comprend aussi que la Russie est aujourd’hui le leader mondial de l’Axe de la Résistance à l’Empire (qui comprend, entre autres et sans ordre particulier, Xi Jinping, Ali Khamenei, Hassan Nasrallah, Evo Morales, Nicolas Maduro, Daniel Ortega, Bachar al-Assad, Rafael Correa, Alexandre Loukachenko, Serge Sarkissian, Raul Castro et Nursultan Nazarbayev…) et que s'il était possible d'organiser un sondage juste et objectif dans le monde entier, Poutine serait désigné comme le dirigeant le plus populaire au monde, avec une très grande marge… »


4.    Les arènes émergentes du refus du Nouvel Ordre Mondial

Les événements de Crimée (et, auparavant, de Syrie) marquent bel et bien un tournant majeur dans l’évolution des relations internationales, la fin d’un système dominé par la seule superpuissance américaine et la naissance d’un nouvel ordre mondial dans lequel les nations et les peuples pourront jouer un rôle plus actif, à la fois grâce à l’émergence de nouvelles puissances mondiales et régionales telles que la Russie, la Chine, l’Iran, le Venezuela, etc., mais également, au niveau des simples individus, grâce à l’avènement d’Internet, qui a retiré aux médias dominants non seulement leur monopole, mais bien leur préséance au niveau de l’information –et sans contrôle de l’information, le contrôle de l’opinion publique, sa « manufacture » pour reprendre le mot de Noam Chomsky et Edward S. Hernan, est beaucoup plus malaisé. Comme le rappelait le Saqr,
 

la presse soviétique était beaucoup plus pluraliste, plus diversifiée et plus digne de confiance que les principaux médias occidentaux actuels... Dans les mauvais jours de l’URSS, c’était tout simple: il y avait la censure d’Etat. Mais il n’y a pas de censure d’Etat à l’Ouest, il n’y a pas de Glavlit ni de Goskomizdat, et pourtant la presse occidentale est beaucoup plus monolithique et malhonnête que la presse de parti officielle de l’URSS elle-même. Mais il y a une différence essentielle entre l’URSS et l’Empire Anglo-Sioniste actuel : Internet.
Pour le dire simplement, l’Internet est le seul média global qui n’est contrôlé ni par les gouvernements ni par les entreprises (ce qui est en fait la même chose). Oui, de nombreuses tentatives sont menées à la fois par les gouvernements et les entreprises pour changer cette situation, mais du moins pour le moment, l’information circule librement sur Internet. Cela introduit des changements extraordinaires :

1) un simple citoyen ayant un revenu minimal a désormais les moyens de s’opposer significativement aux mensonges des grandes entreprises ou même des gouvernements : le cas d’Alain Soral en France est typique de cette tendance révolutionnaire ;

2) la résistance à l’Empire est désormais géographiquement décentralisée, comme ce blog l’illustre si bien avec l’incroyable diversité de ses lecteurs ;

3) l’information ne peut tout simplement pas être supprimée : le monde a appris les massacres et les atrocités commises par les insurgés wahhabites en Syrie malgré le fait que les grands médias se soient efforcés de les ignorer ;

4) des documents gouvernementaux classifiés de niveau moyen sont accessibles à diverses personnes qui peuvent alors les révéler sans que quiconque ne puisse les arrêter (Assange, Snowden, Manning) ;

5) un nombre croissant de personnes rompent leur exposition aux médias d’entreprise qui subsistent aujourd’hui principalement grâce à des subventions gouvernementales ;

6) même ceux qui regardent encore la télévision ou lisent la presse sont conscients du fait qu’on leur ment. »


Le système de domination mondial, et son outil principal qu’est le mensonge, sont arrivés à bout de souffle par leur déchaînement même. Les fables grotesques des années post-soviétiques continuent à être « vendues », mais elles ne s’ « achètent » plus, pour reprendre le mot des Inconnus au sujet de L’Humanité, et la prostitution, qu’il s’agisse de celle des médias dominants ou de celle des valets européens envers leur maître américain, ne paie plus, comme le montre actuellement la victoire symbolique de la Russie au sommet de Genève, qui a imposé sa présence à la table des négociations sur le dossier ukrainien, ce qui était catégoriquement refusé auparavant par les Etats-Unis. Le vent tourne, non plus dans le sens de la mondialisation mais de la re-souverainisation des Nations, et nous vivons vraiment en des temps où l’espoir d’un monde meilleur n’est plus vain, comme le montre Le Saqr :

« Tout cela signifie que nous vivons dans une nouvelle réalité dans laquelle l’Empire mondial Anglo-Sioniste se voit maintenant activement affronté par une résistance mondiale qui ne connaît pas de frontières, pas de nationalités et pas de religions : des gens de différents pays, de différentes nations et de différentes religions s’unissent contre un hégémon commun et pas seulement en théorie comme dans le slogan ‘‘Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !’’, mais de manière réelle et effective, et ils collaborent activement les uns avec les autres.

C’est à cette résistance mondiale à l’Empire que Poutine a adressé son discours. Bien sûr, il s’adressait principalement aux peuples de Russie, de Crimée et d’Ukraine, mais il visait également au-delà, tendant la main à tous ceux qui –probablement des millions de personnes– feraient l’effort de l’écouter sur YouTube ou de lire une retranscription de son discours. Parce qu’il est évident que tout cela est beaucoup plus qu’une simple lutte de pouvoir autour d’une petite péninsule de la mer Noire : hier, pour la première fois, un chef puissant et déterminé a ouvertement dit à l’Empire : ‘‘Nous vous connaissons, nous comprenons ce que vous essayez de faire, et nous n’allons pas vous laisser le faire. En réalité, nous rejetons tout ce que vous représentez et nous ne vous laisserons jamais régner sur la planète. Et aujourd’hui, nous avons les moyens de vous arrêter !’’ (…)


Je pense que nous entrons dans une nouvelle ère que nous étions nombreux à espérer depuis bien longtemps. Une ère où une résistance qui était seulement locale a enfin trouvé un leader capable non pas de la commander, non, mais de la représenter et de l’inspirer. Je ne pense vraiment pas que Poutine l’ait voulu. Il aurait bien plutôt souhaité être à la place du président chinois Xi Jinping qui soutient totalement Poutine, mais qui préfère éviter une confrontation ouverte avec l’Empire, au moins jusqu’au moment où la Chine deviendra vraiment puissante. L’Iran et le Hezbollah ont ouvertement résisté depuis de nombreuses années, mais ils n’avaient tout simplement pas les moyens d’avoir une influence au-delà du Moyen-Orient. Quant à la résistance en Amérique latine (Venezuela, Équateur, Cuba, Nicaragua, Bolivie), elle n’a pas été en mesure de traiter efficacement avec les dirigeants plus tièdes ou hésitants (Brésil, Chili, Argentine) ou avec les purs États fantoches des États-Unis (Colombie). Pour donner un exemple, le récent vote au Conseil de sécurité de l’ONU dans lequel seule la Chine s’est abstenue et tous les autres membres ont voté contre la Russie tend à montrer qu’à l’échelle mondiale, la Russie est seule et qu’aucun dirigeant au monde n’a le courage de se tenir ouvertement à côté de Poutine. » 

Nous pouvons nuancer ce propos en suggérant plutôt qu’aujourd’hui, chaque continent, chaque référent idéologique possède son modèle d’indépendance, de souveraineté et de défense des valeurs traditionnelles derrière lesquels tous peuvent s’unir –patriotes, socialistes authentiques (on rougit d’utiliser ce mot aujourd’hui, vidé de toute substance & avili par le parti au pouvoir en France), croyants, etc., ces catégories n’étant en aucune façon mutuellement exclusives– pour résister contre le modèle de domination impérialiste et capitaliste qui veut s’imposer au monde. Les illustres exemples qui ont fait date dans l’histoire (Cuba, Vietnam, Iran, Liban, etc., et maintenant Russie…) vont vraisemblablement de plus en plus se rapprocher, faire des émules, unir les peuples sous la bannière de la Résistance, que ce soient les patriotes de tous pays, ou les croyants, notamment chrétiens et musulmans qui attendent tous deux la venue du Messie et du Mahdi pour unir leurs rangs et sinon établir la paix universelle & perpétuelle comme l’a évoqué Hugo Chavez–, du moins sonner le glas de l’Empire.



Le vote récent de l’Assemblée Générale des Nations Unies (100 pays condamnant comme illégale l’annexion de la Crimée, 11 pays s’y opposant et 58 abstentions !) confirme cette lueur d’espoir, indiquant cependant toute l’étendue du chemin qui reste à parcourir.



Mais aujourd’hui encore, le soleil se lève à l’Est…

Sayed 7asan