vendredi 31 octobre 2014

Hassan Nasrallah: L'Etat Islamique est la plus grande distorsion de l'Islam dans l'Histoire (VOSTFR)




Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, à l’occasion de la commémoration du martyre de l’Imam Hussein – 27 octobre 2014

Dans cet extrait, Sayed Hassan Nasrallah dénonce les atrocités de l’Etat Islamique comme une distorsion flagrante des principes de l’Islam, et comme un danger pour l’Islam et les musulmans eux-mêmes du fait de l’image qu’elles en véhiculent.

Traduction & vidéo : http://www.sayed7asan.blogspot.fr



Retranscription :

[...]

Ce que nous vivons actuellement dans le monde islamique, et dans notre région en particulier, à la lumière des développements qui se sont produits ces dernières années, et de la montée en puissance, de l'expansion et de la prise de contrôle, par le courant que nous désignons comme « takfiri », de territoires très étendus dans certains pays arabes et islamiques, ainsi que ses pratiques épouvantables, barbares et outrageantes auxquelles nous assistons et dont nous entendons parler jour et nuit, tout cela nous appelle à prendre une position courageuse, et également à définir clairement la nature du danger que représente la prise de contrôle par le courant takfiri de tel ou tel pays arabe ou musulman, ou même de plusieurs pays.

O mes frères et sœurs ! En toute franchise – et mon propos sera simple et clair, et mes preuves le seront également –, et comme à mon habitude, je m'abstiendrai de tout recours à une terminologie érudite ou complexe. En toute franchise, oui, nous pouvons dire aujourd'hui que ces dangers qui menacent l'Islam sont comparables à ceux de l'année 60-61 de l'Hégire [martyre de l'Imam Hussein au moment où l'Islam était menacé d'extinction].

Premièrement, la menace que fait peser ce courant sur l'Islam en tant que religion, Message, valeurs, principes. Comment ? Laissez-moi vous présenter des preuves qu'il y a un véritable danger.

Premièrement, dans le discours de ce courant, ils se revendiquent de l'Islam, ils se réclament du Coran, et comme le prédisaient certaines prophéties concernant notre époque, ces individus connaissent le Coran par cœur. Ils apprennent le Coran et l'invoquent en guise de preuve, ils récitent ses versets dans leur discours public. Et même sur le terrain, au moment où ils envahissent, égorgent, tuent, ou accomplissent l'une de leurs atrocités, qu'ils retransmettent à la télévision ou sur Internet, ils invoquent Dieu dans leurs déclarations : « Dieu Tout-Puissant a dit, etc. »

Bien sûr, ils ont un problème de compréhension des versets coraniques, et se basent sur des faux-semblants. Ils font de graves erreurs dans la compréhension du Coran et dans son interprétation – mais c'est là une recherche exégétique à part qui n'a pas sa place dans un tel discours. 

Mais ce qu'il faut retenir est que pour chacun de leurs actes, ils invoquent l'autorité de versets coraniques, ou de hadiths falsifiés et faussement attribués au Prophète (saas). Ils prétendent : « Le Prophète a dit telle et telle chose. »

C'est-à-dire qu'ils ne justifient pas leurs actes criminels en les attribuant au penseur, au savant, au Cheikh, au Professeur ou au mouvement dont ils sont les adeptes et dont ils suivent les traces et la voie par leurs actes. Mais ils cherchent à attribuer ces crimes directement au Livre de Dieu le Très-Haut et à Son Prophète – paix et bénédictions de Dieu sur lui et sa famille.

Bien sûr, c'est quelque chose de très dangereux. Que veulent-ils faire par-là ? Il s’agit d'implanter dans l'esprit des gens, incident après incident, jour après jour, année après année, que c’est cela l'Islam. (Ils veulent répandre l’idée) que c’est cela l’Islam, non pas que ce serait par exemple une secte déviante ou égarée, qui n'a rien à voir avec l'Islam, non !

Et c'est pourquoi nous commençons à entendre dans certains endroits de l'Occident, et même dans notre région, des personnes qui prétendent que cela n'est pas dû au fait qu'il y a dans l’Islam différentes écoles, de la diversité, des interprétations divergentes, des courants de pensée variés, non, ils prétendent que l'Islam, c'est ça ! « Telle est votre religion, tel est votre Coran, tel est votre Prophète ! » Et naturellement, c'est là quelque chose de dangereux, de très dangereux.

Eh bien, avec le temps, cela enracinera dans les esprits cette compréhension infamante et fausse de l'Islam, du Livre de l'Islam, le Coran, et du Prophète de l'Islam, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui et sa famille.

Je peux déclarer avec certitude que ce qui se produit aujourd'hui est la plus grande distorsion de l'Islam dans l'Histoire. Je le déclare en toute franchise.

Premièrement, parce que la nature des événements qui se déroulent aujourd'hui a peu d'exemples dans l'Histoire, pour autant qu'elle ait un précédent – et on en trouve effectivement des exemples ici ou là.

Mais surtout pour cette deuxième raison, à savoir que nous sommes aujourd'hui à une époque où existent des moyens de communication, des médias, qui transmettent les vidéos, images, sons, propos, à chaque maison, à chaque oreille du monde entier.

Par le passé, il y a des centaines d'années, de telles atrocités ont pu être perpétrées, mais elles n'ont pas été rendues publiques en images, son et avec précision et détails. Elles n'ont été révélées que bien après qu'elles aient été commises. 

Mais aujourd'hui, tout se fait en direct. Aujourd'hui, on égorge en direct. Les massacres de masse sont commis en direct. Et les divers crimes commis sont disponibles en image et en son.

Et vous savez bien que cela est beaucoup plus marquant pour les esprits, les cœurs et les sentiments, bien plus que la diffusion à l'oral ou à l'écrit.

C'est pour cela que ce qui se passe aujourd'hui est bien la plus grande menace que l'Islam ait dû affronter en ce qui concerne le dénigrement de ses valeurs, de ses enseignements, de sa pensée et de sa réputation.

La conséquence de tout cela, c'est, premièrement, que les non-musulmans s'éloignent de l'Islam.

Aujourd'hui, dans beaucoup de pays du monde, il y a des gens qui ne suivent aucune religion, et que ce soit du fait d'un manque au niveau de la pensée, du dogme, de la spiritualité, du moral, etc., ils s'instruisent au sujet de l'Islam et s'y convertissent.

Il y a des adorateurs d'idoles dans le monde. Il y a des principes et des dogmes variés. 

Beaucoup d'entre eux acceptent l'Islam et sont accueillants envers lui, partout dans le monde.

Que se passe-t-il à présent ? On propose un modèle qu'on veut faire passer pour l'Islam, et plus encore, on veut le faire passer pour l'Islam authentique, pour l'Islam véridique – car ils insistent beaucoup sur cette terminologie : « authentique », « véridique », « droit », etc.

Et bien sûr, quiconque voit ces crimes se dit « Alors c'est ça l'Islam ? Je ne veux pas en entendre parler. » Il ne sera même pas prêt à en discuter, à s'en approcher, à faire des recherches, à poser des questions.

La deuxième conséquence, c'est que tout cela éloigne les non-musulmans des musulmans. Car tout cela présente les musulmans comme un groupe de barbares, de criminels assoiffés de sang, qui ne peuvent cohabiter avec absolument personne. Et naturellement, cela expose les musulmans en tant que communautés, groupes et peuples, dans le monde entier, aux dangers de l'isolement, de l'animosité et aux sentiments d'hostilité.

La troisième conséquence, qui est également très dangereuse, est que tout cela éloigne les musulmans eux-mêmes de l'Islam. Il y a beaucoup de musulmans qui ne connaissent que peu de choses de l'Islam. Et lorsque tous les médias viennent leur dire : « Voilà ce qu'est l'Islam, voilà les cheikhs de l'Islam, les savants de l'Islam, les djihadistes de l'Islam, les égorgeurs de l'Islam », beaucoup de ces musulmans diront alors : « Ça suffit. Nous n'avons rien à voir avec cette religion, rien à voir avec l'Islam. »

Et c'est pourquoi nous assistons aujourd'hui à des commencements – je ne veux pas amplifier cette réalité, mais dans plus d'un pays arabe, jusqu'à l'intérieur de l'Arabie Saoudite, en Egypte, dans d'autres endroits, il y a des commencements d'athéisme, on commence à parler d’une vague d’athéisme.

Pourquoi [s'en inquiéter ?] ? Parce que les choses en viendront à la remise en question du Coran, de la prophétie de Muhammad – paix et bénédictions de Dieu sur lui et sa famille –, [on se demandera] est-ce que c'est un Prophète de Dieu ou non, jusqu'à la remise en cause de Dieu et de son existence même.

Ce que dit l'expression populaire, « Ils rendent les musulmans mécréants », c'est cela même. Il y en a des débuts dans plusieurs endroits. Je ne parle pas d'un mouvement ou phénomène important, mais en guise de précaution, car il y a des données qui évoquent cela, en guise de précaution, je dis qu'il y a là des commencements, des commencements dangereux.

Cela touche jusqu'aux croyants fervents et enracinés dans l'Islam. Il vient un moment où, à cause de cette insistance, durant des mois et des années, par exemple : (Les terroristes) bombardent ? (Ils le font en criant) « Allahu Akbar ! » [Dieu est le plus grand]. Ils égorgent ? (Ils le font en criant) « Allahu Akbar ! ». Quel que soit l'acte qu'ils commettent, (ils crient) « Allahu Akbar ! ». A force, on en arrive à un moment où dès qu'on entend « Allahu Akbar ! », on se demande « Qu'est-ce qu'il y a ? Un meurtre ? Un égorgement ? Une catastrophe quelconque au sein des peuples des pays arabes et musulmans ? ».

Jusqu'à en arriver au dénigrement de toute la pensée islamique, des mœurs, de la culture, des symboles et des traditions islamiques. Le hijab (voile islamique) et l'abaya (robe islamique) deviennent une manifestation choquante, etc. La barbe devient une manifestation choquante. Le terme « djihad » devient un terme infâme. Le terme « martyre » devient un terme infâme.

N'est-ce pas là un danger pour l'Islam ? Qu'est-ce que l'Islam ? Ce sont ces concepts, ces enseignements, ces valeurs, ces habitudes, ces traditions. 

Voilà pour le premier point, en ce qui concerne la menace qui pèse sur l'Islam.

Lorsqu'on en vient à la menace contre la structure générale de la Nation (islamique), car de fait, ils menacent maintenant la structure tout entière de notre Communauté : ils déchirent cette Communauté, ils la divisent, ils rendent licite l’atteinte à son sang, à ses biens, à son honneur, à ses sanctuaires, à ses mosquées, à ses Eglises, qui constituent une autre partie de cette Communauté, à tous les vestiges historiques, tout ce qui a un rapport avec l'Histoire, tous les tombeaux, etc., tout cela n'a aucune place.

La scène générale qu'ils présentent est une scène de déchirement, de destruction, de combats sanglants. Considérez donc l'ensemble de la région : dans toute la région, on ne voit que des conflits sanglants ici, là, là-bas, etc.

Pourquoi donc ? Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? 

Au point où les gens ne peuvent plus parler les uns avec les autres, ni dialoguer, ni trouver d'issue politique, ni même trouver aucun moyen de s'entendre. Quelle en est la cause ?

Bien sûr, il y a diverses raisons, mais l'une des causes principales et premières est que se sont implantés dans notre région des forces et des mouvements qui ne sont prêts ni au dialogue, ni au débat, qui croient posséder la vérité absolue, et qui considèrent quiconque est différent d'eux de cette manière négative, radicale, intransigeante et haineuse dont je vais parler. Voilà ce qu'il en est. 

Eh bien, si nous en venons, après cette première partie – laissez-moi conclure cette première partie en disant : oui, ce qui se passe maintenant dans notre région et dans le monde constitue une menace pour l'Islam en tant que religion, et une menace pour la Communauté et les sociétés islamiques en tant qu'entités.

[...]

jeudi 30 octobre 2014

Norman Finkelstein : Israël a toujours privilégié l'expansion au détriment de la paix (VOSTFR)


Extrait de Cross Talk : Débat entre Norman Finkelstein et Amir Oren sur la reconnaissance de la Palestine, animé par Peter Lavelle – 20 octobre 2014



Vidéo originale complète : https://www.youtube.com/watch?v=cIG2pJ0cJWc         
Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr           

Dans cette intervention, Norman Finkelstein rappelle qu'Israël n'a jamais accepté de conclure la paix avec les Palestiniens, même aux termes les plus favorables, ayant toujours privilégié l'expansion au détriment de la sécurité. Selon lui, si de plus en plus de pays reconnaissent unilatéralement l'Etat palestinien, c'est parce que la communauté internationale a compris qu'Israël ne reconnaîtra jamais la Palestine et s'opposera toujours à ce qu'un Etat palestinien viable voie le jour.



Interventions de Norman Finkelstein (sous-titres français) :



Vidéo intégrale sous-titrée en français (activer les sous-titres) :



Retranscription des interventions de Norman Finkelstein

Introduction par Peter Lavelle : Le soi-disant processus de paix israélo-palestinien n’ayant rien résolu, la communauté internationale a commencé à prendre l’initiative. Répondant au droit universel à l’autodétermination, et s’appuyant sur le droit international, nombre de pays déclarent les uns après les autres qu’ils n’ont pas besoin d’Israël pour reconnaître un Etat Palestinien... 

[…]

Peter Lavelle : Norman, je m'adresse d'abord à vous. Le gouvernement suédois a annoncé qu'il allait bientôt reconnaître un Etat Palestinien ; les Députés britanniques ont voté massivement en faveur de la reconnaissance d'un Etat palestinien. Pourquoi cela se passe-t-il maintenant ?

Norman Finkelstein : Je pense qu'il y a deux raisons principales à cela. La première est le dernier massacre israélien à Gaza. Les Européens, en particulier, sont maintenant las de ces massacres qui se produisent régulièrement : l'un en 2008-2009, l'Opération « Plomb durci », l'autre en 2012, l'Opération « Pilier de défense », et maintenant cette dernière explosion de furie israélienne, l'Opération « Bordure protectrice ». Ils en ont également assez car tandis qu'Israël détruit, ravage et saccage, c'est l'Europe qui est censée prendre en charge les factures et payer la note régulièrement. 

Israël a cette étrange conception selon laquelle les seules personnes au monde qui méritent des réparations pour les crimes qu'ils ont subi sont les Israéliens ou les Juifs, alors que pour les crimes qu'ils infligent régulièrement aux Palestiniens, ceux de Gaza en particulier, les factures doivent être payées par d'autres pays, notamment les Européens.

La seconde raison est l'effondrement de l'initiative de paix de Kerry. Ce fut un épisode étrange, car de fait, Kerry offrait à Israël de satisfaire leurs propres revendications, à en juger par les négociations d'Annapolis de 2009. Et bien que Kerry ait offert à Israël tout ce qu'ils souhaitaient officiellement, à savoir l'annexion des principaux blocs de colonies, et la liquidation de la question des réfugiés palestiniens, Israël refusa l'offre dont les termes lui étaient si favorables.

[…]

Peter Lavelle : Permettez-moi de revenir à Norman. Nous venons d'entendre les exigences d'Israël, alors qu'ils ont un Etat, une sécurité considérable, et de puissants alliés. Les Palestiniens n'ont rien de tout cela. Pourquoi est-ce que ces pays reconnaissent maintenant la Palestine ? Car je dirais que tout ce « processus de paix » – et je n'aime pas du tout employer cette expression maintenant – étant dans l'impasse, il doit y avoir quelque chose de nouveau.

Norman Finkelstein : Eh bien, je pense que le problème est que dans ce débat, jusqu'à présent, Amir ne cesse de se référer à ce que veulent les Israéliens, comme si les desideratas d'Israël constituaient ce qui doit être négocié. Mais ce n'est pas d'après ces termes que le conflit doit être résolu. Les termes qui doivent résoudre le conflit ne sont pas ce que les Israéliens veulent, pas plus d'ailleurs que ce que les Palestiniens veulent, mais bien ce que dit le droit international : quelles sont les exigences pour résoudre ce conflit, qu'est-ce que chacune des parties doit faire. Maintenant, Amir nous dit : « Israël veut ceci + cela +, +, +... ». Je n'ai aucun doute sur ces « +, +, +... » qui, je le suspecte, finiront un jour par inclure tout l'univers. Mais ce n’est pas ce que dit le droit international. Israël n'a droit qu'à ses frontières basées sur celles d'avant la guerre de juin 1967. Les colonies qu'Israël a implantées dans les Territoires Occupés, y compris les principaux blocs de colonies, sont illégales d'après le droit international. Plus encore, d'après le Statut de Rome, elles constituent un crime de guerre.

Vous demandez pourquoi est-ce que la communauté internationale réagit maintenant. Eh bien l'une des raisons, si vous avez suivi le débat de la Chambre des Communes (britannique) – et j'ai pour ma part suivi les cinq heures de ce débat en direct sur Internet – intervenant après intervenant, tous ne cessèrent de parler de ces colonies. Israël parle de paix mais persiste à étendre ses colonies. La plupart des êtres humains rationnels et prudents jugent d'après les actions, non d'après les paroles. Et les actions montrent que jour après jour, Israël persiste à étendre les colonies et à commettre, d'après les termes du droit international, des crimes de guerre.

Les faits qui importent, ce qu'il faut retenir est très simple : les Palestiniens, leurs dirigeants, durant les 20 dernières années déjà – en réalité plus de 20 ans –, ont exprimé leur accord aux termes du droit international pour la résolution du conflit. Israël, sous TOUS les gouvernements – pas seulement le gouvernement Netanyahu, le gouvernement Olmert ou le gouvernement Barak, même sous M. [Yitzhak] Rabin – Israël n'a jamais accepté un Etat Palestinien dans toute la Cisjordanie incluant Jérusalem-Est et Gaza, ce que le droit international détermine comme le territoire réservé à l'auto-détermination des Palestiniens. Aucun des gouvernements israéliens n'a accepté de solution juste à la question des réfugiés palestiniens conforme au droit international, qui a également reconnu cela.

Donc je pense que la seule manière de résoudre ce conflit est de se demander quel côté, selon le droit international, est le côté récalcitrant. Non pas ce qu'Israël veut, mais si Israël exige plus que ce à quoi il a droit selon le droit international, des sanctions devraient lui être imposées.

[…]

Peter Lavelle : Avant de faire une courte pause, Norman, il me semble que dans le jargon politique qui nous parvient de Tel Aviv – non pas de notre invité, mais de la part du gouvernement –, « négociations » signifie « jamais ».

Norman Finkelstein : Eh bien, les négociations, d'après ce que vient de dire Amir, ne mèneront évidemment à rien. En particulier, deux de ses déclarations doivent être soumises à l'examen. Il a affirmé qu'Israël s'est retiré de Gaza en 2003. Israël ne s'est pas retiré de Gaza. Même le plus grand expert israélien en droit international, Yoram Dinstein, dans son ouvrage L'Occupation belligérante selon le droit international, il est la plus grande autorité sur cette question en Israël, et il déclare qu'Israël reste le pouvoir occupant à Gaza. Ils ne se sont pas retirés de Gaza. S'ils s'étaient retirés de Gaza, pourquoi y aurait-il un blocus à Gaza ? 
 
Eh bien, j'ai traité la question de Gaza, regardons maintenant le problème des colonies. Amir déclare que concrètement, Israël va conserver les plus importants blocs de colonies. Cela signifie que pour satisfaire son « pragmatisme », Israël va conserver 10% de la Cisjordanie. Les blocs de colonies du Nord, les blocs de colonies d'Ariel et de Shomron, coupent l'Etat palestinien en deux au Nord. Le bloc de colonies du centre, Ma'ale Adumim, part de Jérusalem et va presque jusqu'à Jéricho, coupant encore l'Etat palestinien en deux. Ils annexent certaines des terres les plus arables de Cisjordanie. Ils annexent les ressources d'eau essentielles. Si Israël conserve ces blocs de colonies, il ne restera rien pour les Palestiniens.

Je ne veux pas m'étendre sur les détails car ce n'est pas le moment, mais ce qu'il faut retenir est simple : il faut respecter la loi, et il faut être raisonnable. Toutes les données démontrent que les Palestiniens ont déployé tous les efforts pour être raisonnables. Les propositions qu'ils ont faites en 2006 permettaient à Israël de maintenir – écoutez attentivement – 60% des colons en place. Ils ont déclaré qu'ils accepteraient un échange de territoires égalitaire, c'est-à-dire portant sur des terres de même taille et de même valeur. Ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour être raisonnables, mais tout ce qu'ils obtiennent d'Israël est non seulement un « Non ! Non ! Non ! », mais encore un engloutissement progressif et croissant de leur Etat.

C'est pourquoi les Suédois agissent de cette manière. C'est pourquoi les Français agissent de cette manière. C'est pourquoi la Chambre des Communes britannique agit de cette manière. Il est absolument évident que cet Etat n'a pas la moindre intention, alors que nous approchons de la date anniversaire d'un demi-siècle [depuis 1967], Israël n’a pas la moindre intention d'accorder aux Palestiniens LEUR droit à l'auto-détermination.

[…]

Norman Finkelstein : Eh bien, comme Amir le sait très certainement, le problème est qu'Israël exècre les modérés, et qu’Israël désire et convoite ardemment les extrémistes.

Un politologue israélien, Avner Yaniv, avait trouvé une belle expression : il parlait des « offensives de paix » palestiniennes. Ce fut la volonté de paix palestinienne, qui s'exprimait déjà au début des années 1980, ce fut la volonté de paix palestinienne qui poussa Israël à attaquer l'OLP en 1982, tuant entre 15 et 20 000 Palestiniens et Libanais, dont une écrasante majorité de civils.

C'est lorsque le Hamas honora un cessez-le-feu qui fut négocié en Juin 2008, c'est lorsque le Hamas honora le cessez-le-feu qu'Israël l'attaqua, espérant provoquer une réaction qui puisse justifier une attaque contre Gaza.

C'est après que le Hamas ait rejoint le gouvernement de réconciliation, en avril 2014, il y a quelques mois de cela, c'est après que le Hamas ait rejoint le gouvernement de réconciliation et que [Mahmoud] Abbas ait accepté les termes de résolution du conflit, c'est à ce moment que Netanyahu s'est déchaîné, espérant provoquer une réaction violente de la part du Hamas.

Ce sont les « offensives de paix » palestiniennes, et non l'extrémisme, ce sont bien les « offensives de paix » palestiniennes qu'Israël exècre le plus.

[…]

Peter Lavelle : Norman, j'ai déjà entendu ce problème concernant le Hamas. On peut désigner le Hamas comme une organisation religieuse, mais c'est un parti politique, et je ne vois pas pourquoi un parti politique devrait reconnaître un Etat, je ne comprends pas la logique, ou peut-être que cela ne fait aucun sens.

Norman Finkelstein : Le Hamas a fait de nombreuses déclarations. Certaines sont conformes au droit international, d'autres ne le sont pas. Mais je pense qu'Amir ne comprend pas mon propos. 

C'est précisément au moment où le Hamas est raisonnable et se conforme au droit international qu'Israël se met à paniquer. Car lorsque le Hamas agit raisonnablement, Israël n'a plus de prétexte ou d'excuse pour maintenir l'Occupation. Donc Israël fait avec le Hamas exactement la même chose qu'elle a fait avec l'OLP durant les années de Yasser Arafat : à chaque fois qu'Arafat devenait raisonnable, par exemple – et vous m'excuserez Peter, mais il est important d'évoquer l'Histoire – en juillet 1981, un cessez-le-feu fut signé entre l’OLP et Israël, ou du moins un accord fut conclu. Israël ne cessa pas de frapper l'OLP, encore et encore, mais l'OLP ne ripostait pas. Arafat était déterminé à obtenir une résolution diplomatique du conflit. Finalement, ils ont tant bombardé l’OLP, tué tellement de civils, que l’OLP a riposté.

Ce sont les « offensives de paix », c'est la modération qu'Israël redoute le plus car ils ne veulent pas se retirer (des territoires occupés) et ils ont besoin d'un prétexte. Et le prétexte est l'extrémisme palestinien qu'Israël créé lui-même.

[…]

Peter Lavelle : Vingt dernières secondes, qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Que doit-on faire ?

Norman Finkelstein : Je pense que ce qu'il faut faire est évident. 

Premièrement, il doit y avoir une reconnaissance du droit des Palestiniens à l’auto-détermination et à avoir un Etat. 

Deuxièmement, l'Occupation des Territoires palestiniens doit être déclarée illégale selon le droit international. Israël doit être mis en demeure du fait que s’il continue à violer le droit international, des sanctions vont être imposées contre Israël. Et je pense que c'est vers cela que nous nous dirigeons.