samedi 31 janvier 2015

Victor Hugo, la lutte et l'exil : « Tant qu'on va et vient dans le pays natal... » (1862)



Pour son opposition ouverte au coup d’État de Napoléon III le 2 décembre 1851, Victor Hugo a dû partir en exil. Il y restera jusqu’à la chute de l’Empire en 1870, malgré une amnistie proclamée en 1859 (et renouvelée en 1869). Mais Victor Hugo, indigné qu’un criminel sanguinaire puisse ainsi « amnistier » des justes, déclara à ce sujet :  

« Les années s’écoulaient. Au bout de huit ans, le criminel jugea à propos d’absoudre les innocents ; l’assassin offrit leur grâce aux assassinés, et le bourreau sentit le besoin de pardonner aux victimes. Il décréta la rentrée des proscrits en France. À « l’amnistie » Victor Hugo répliqua :

DÉCLARATION

Personne n’attendra de moi que j’accorde, en ce qui me concerne, un moment d’attention à la chose appelée amnistie.

Dans la situation où est la France, protestation absolue, inflexible, éternelle, voilà pour moi le devoir.
Fidèle à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu’au bout l’exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai.

VICTOR HUGO.

Hauteville-House, 18 août 1859. »


Dans les quelques lignes qui suivent, extraites des Misérables, transparaissent la dignité d’un homme aux convictions inébranlables et la nostalgie d’un patriote authentique.


Victor Hugo, Les Misérables, II, 5, 1 : Les zigzags de la stratégie 


« Tant qu’on va et vient dans le pays natal, on s’imagine que ces rues vous sont indifférentes, que ces fenêtres, ces toits et ces portes ne vous sont de rien, que ces murs vous sont étrangers, que ces arbres sont les premiers arbres venus, que ces maisons où l’on n’entre pas vous sont inutiles, que ces pavés où l’on marche sont des pierres. Plus tard, quand on n’y est plus, on s’aperçoit que ces rues vous sont chères, que ces toits, ces fenêtres et ces portes vous manquent, que ces murailles vous sont nécessaires, que ces arbres sont vos bien-aimés, que ces maisons où l’on n’entrait pas on y entrait tous les jours, et qu’on a laissé de ses entrailles, de son sang et de son cœur dans ces pavés. Tous ces lieux qu’on ne voit plus, qu’on ne reverra jamais peut-être, et dont on a gardé l’image, prennent un charme douloureux, vous reviennent avec la mélancolie d’une apparition, vous font la terre sainte visible, et sont, pour ainsi dire, la forme même de la France; et on les aime et on les invoque tels qu’ils sont, tels qu’ils étaient, et l’on s’y obstine, et l’on n’y veut rien changer, car on tient à la figure de la patrie comme au visage de sa mère. »


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