dimanche 23 avril 2017

Bachar al-Assad : Les attentats en France n'auraient pas pu être empêchés



Interview du Président de la République Arabe Syrienne Bachar al-Assad par le journal croate Vecernji List, le 6 avril 2017 (Extrait)




Transcription :

[...]
Journaliste : Monsieur le Président, je dois vous poser une question : s'il y avait eu une coopération en matière de sécurité entre le gouvernement syrien et les États européens, auraions-nous évité les opérations terroristes qui ont frappé la France, la Belgique, etc. ? Je pose cette question parce qu’après les opérations terroristes à Paris, l'ancien chef des services secrets français a déclaré que vous leur aviez fourni des noms et des documents sur les terroristes, et qu’ils ont refusé de les accepter. Ont-ils vraiment refusé de les accepter ? Et s'il y avait eu une coopération, aurait-on pu éviter ces opérations terroristes ?

Président Assad : Non, il parlait probablement de la coopération avant la guerre, car après le commencement de la guerre et la position française de soutien aux terroristes, la Syrie a cessé la coopération en matière de sécurité avec ces pays, car il ne peut pas y avoir de coopération en matière de sécurité et d'hostilité politique en même temps. Il devrait y avoir un accord politique, d'une part, et un accord dans d'autres domaines, y compris la sécurité, d'autre part.

Quant à savoir s'il aurait été possible d'éviter de telles attaques en Europe grâce à cette coopération en matière de sécurité, dans des circonstances normales, la réponse serait oui. Mais dans les circonstances actuelles, la réponse est non, parce que l'Europe ou un certain nombre de pays européens soutiennent les terroristes à grande échelle, envoient en Syrie des dizaines de milliers de terroristes ou les soutiennent directement et indirectement, logistiquement, avec des armes, de l'argent, une couverture politique, et absolument tout. Lorsque vous atteignez ce degré de soutien aux terroristes – et ici, nous parlons de dizaines de milliers et peut-être de centaines de milliers en Syrie et dans les régions avoisinantes –, la coopération en matière de sécurité devient d'une efficacité limitée dans un tel cas. La coopération en matière de sécurité se concentre sur des dizaines ou des centaines d'individus, mais ne peut pas être efficace lorsqu'il y a des dizaines de milliers et des centaines de milliers de terroristes.

Si l'Europe veut se protéger à ce stade, elle devrait d'abord cesser de soutenir les terroristes en Syrie. En supposant que nous voulions coopérer avec eux, aucun résultat ne peut être obtenu dans ces circonstances. Nous ne le ferons pas, bien sûr, tant qu’ils soutiennent le terrorisme. Ils devraient cesser de soutenir les terroristes immédiatement de toute forme ou manière.

[...] 

Hassan Nasrallah : l'expérience acquise en Syrie permettra de libérer la Palestine

Interview du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 19 août 2016



Transcription :

Journaliste : [Israël] qui a un allié tel que Daech, des criminels tels que Daech, ils doivent être à l'aise, Sayed.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Mais il ne sont certainement pas tranquilles, en tout cas, eux, les Israéliens, parient (plaçent leurs espoirs) sur Daech, et sur tout ce projet takfiri dans la région... mais en tout cas, ils savent bien, les Israéliens, les Américains, et tous ceux qui utilisent les takfiris, qu'il s'agit d'un projet sans avenir.

Je vous le dis, et je rassure aussi tout le monde à travers cette interview. Ce projet n'a aucun avenir. C'est-à-dire... Qu'est-ce que c'est donc ? Considérons par exemple que Daech vienne maintenant présenter son Etat aux gens. Ou le Front al-Nosra, qui a la même idéologie, les mêmes livres, les mêmes fatwas, n'est-ce-pas ? Lorsqu'elle vient présenter son Etat.

Déjà, qu'ont-ils à faire des non-sunnites ? Les chiites ne peuvent pas vivre dans l'Etat de Daech, ni les Chrétiens, ni les autres confessions. Très bien, ça marche. Les sunnites peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ? Les sunnites ?! Ceux qui se proclament les gens de la sunna et du consensus, comme prétend l'être Daech. Et Daech prétend que les autres sunnites (qui n'embrassent pas Daech) sont des mécréants. (Les sunnites) peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ?

Voici leur pratique : couper les têtes, exécuter pour les raisons les plus triviales... De base, ce n'est pas là la religion de Dieu, il est impossible que ce soit là la religion de Dieu, et il n'est pas possible que ce soit la religion (du Prophète) Muhammad b. Abdillah, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qui a été envoyé comme une Miséricorde pour les mondes. Ce n'est pas possible, c'est absolument impossible. De base, aucun homme ayant une nature humaine, un minimum d'aspiration à la liberté, à l'espace, à un peu de dignité, ne peut vivre au sein de l'Etat de Daech.

Eh bien, quel est donc l'avenir de ce projet ? Tuer, tuer, tuer, tuer... A la fin, les tueries doivent s'arrêter. Certes, une grande catastrophe a été lancée, et la Communauté islamique paie actuellement un prix énorme...

Journaliste : Excusez-moi un instant, Sayed...

Sayed Hassan Nasrallah : Je vous en prie.

Journaliste : Il est certain qu'il n'a aucun avenir, car même ceux qui l'ont créé savent qu'il n'a aucun avenir. Mais peut-être ont-ils voulu drainer la Résistance pour plusieurs années...

Sayed Hassan Nasrallah : Bien sûr.

Journaliste : ... et tout particulièrement le Hezbollah. C'est pourquoi certains disent que le Hezb s'est noyé ou a été noyé dans la lutte contre nébuleuse Daech, la question sunnite-chiite, etc. Voilà le jeu auquel jouent : d'abord Israël est tranquille, et après s'être reposé, il se jettera sur la Résistance, cet (ennemi) sioniste.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Non... Regardez, sur cette question, le sortilège se retourne contre le sorcier, si Dieu le veut. Le sortilège se retourne contre le sorcier. C'est-à-dire actuellement, par exemple, regardez le discours israélien : premièrement, qu'il s'agisse d'Israël ou de tous les autres (à ses côtés), ils exagèrent beaucoup lorsqu'ils parlent du nombre de nos martyrs en Syrie. Il y a des exagérations vraiment comiques.

Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Pardon ?
 
Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Volontaires, oui. Eh bien, à un moment, ils ont dit que le Hezbollah, on va le drainer, le noyer, le tuer, etc., etc., en Syrie. Eh bien, maintenant, que dit Israël ? En conséquence, il dit que le Hezbollah gagne des expériences qu'il n'avait jamais eues depuis sa fondation à ce jour, il les a gagnées. La chose la plus importante qui inquiète beaucoup Israël, quelle est-elle ?

Ce n'est pas l'expérience défensive et la guerre défensive, car depuis 1982 aux années 2000, jusqu'en 2006, le Hezbollah était dans un mouvement défensif. Même ses tactiques étaient des tactiques défensives. Nous n'avons pas attaqué des colonies, ni ne sommes entrés en territoire palestinien, rien de tel. Avant 2000, nous attaquions des positions [israéliennes au Liban]. Même le fait d'attaquer telle ou telle position, même s'il s'agissait d'opérations offensives en apparence, elles avaient lieu dans un cadre défensif.

Eh bien, lorsque le Hezbollah vient dans la bataille en Syrie, et combat comme une formation très grande, et avec des armements très divers, ou en tant que partie d'une très grande formation aux armements divers, et qu'il participe à des opérations offensives très grandes et très étendues, et qu'il fasse sortir les hommes armés, qui ne sont pas des combattants normaux, surtout les étrangers, des combattants d'un tel niveau (d'engagement), lorsqu'il les fait sortir d'aires géographiques très vastes, cela veut dire que le Hezbollah gagne une expérience offensive, une vaste expérience de libération de territoire à travers des opérations militaires continues et directes, et non à travers la guerre de guérilla. Et cette expérience n'était pas présente au Hezbollah avant la guerre en Syrie. 

C'est là qu'Israël est apeuré et terrifié. Car ce que fait le Hezbollah en Syrie, si une guerre advient contre lui, il le fera en Galilée. Ce qui signifie que la promesse de la Galilée, qui est bien sûr une promesse conditionnelle, car certains disent que c'est une promesse absolue, (non), c'est une promesse conditionnelle. J'ai dit "Le jour viendra peut-être où la direction de la Résistance vous demandera d'entrer en Galilée." Et ce jour viendra peut-être. Et la Résistance le demandera peut-être. Je ne change aucune lettre dans ma déclaration.

Eh bien, si, à Dieu ne plaise, une guerre avait lieu, et que la direction du Hezbollah prenait la décision d'entrer en Galilée, il s'agit de soldats qui ne se seront pas seulement entraînés à ce genre de guerre, ils auront pratiqué cette guerre durant des années...

Journaliste : Face à toutes les nationalités...

Sayed Hassan Nasrallah : ... et il aura des cadres. Peut-être qu'à tout le moins le soldat, celui qui a conçu cette stratégie (lancer Daech contre la Résistance), se dit maintenant "Si seulement nous n'avions pas monté cette histoire du début à la fin." Car vous savez, Mme Kawthat, dans cette histoire, à l'entraînement, on peut s'exercer autant qu'on veut, et lorsqu'on fait des manoeuvres, même massives, avec des armes lourdes, tirs d'artillerie, et des attaques de régiments, de brigades et de bataillons, le résultat est un résultat d'entrainement. Mais pour ce qui est des forces qui vont participer aux combats, des combats réels, avec des martyrs, des blessés, des souffrances, des dangers, des bombardements réels et une libération de territoire réelle, cette expérience n'est pas seulement une expérience. La volonté, la détermination, la confiance, briser les obstacles psychologiques, le prestige, le niveau de courage... 

C'est pourquoi l'épreuve syrienne, si nous sommes arrivés, avec la permission de Dieu, à une conclusion raisonnable et convenable en Syrie, comment le Hezbollah sortira-t-il de cette bataille ? Il sortira... S'il est sorti de la guerre de juillet (2006) comme une puissance régionale, il sortira de cette guerre comme une puissance militaire véritable représentant une force de libération de territoire non pas (seulement) dans la guerre de guérilla, mais même dans une guerre qui ressemble bien plus aux guerres classiques (entre nations).

Sur ce point, non, Israël est bel et bien effrayé, et non pas rassuré. En apparence, il est heureux pour le regard des autres, mais il est effrayé quant aux conséquences de cette situation, dont on ne sait pas si elles seront dans l'intérêt des Etats-Unis.

Journaliste : Tous leurs calculs étaient erronés.

Sayed Hassan Nasrallah : Oui.

Galilée : Israël se prépare à une invasion du Hezbollah

Sources : Documentaire d'Al-Manar Le Mur de l'Illusion (3 avril 2017), Bulletins d'informations d'Al-Manar des 20 et 21 avril 2017

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


La « Promesse de la Galilée » du 16 février 2011, dans laquelle le Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a explicitement appelé ses combattants à être prêts à libérer le nord de la Palestine occupée durant la prochaine guerre contre "Israël", a été perçue avec inquiétude par Tel-Aviv. Mais depuis la crise syrienne et l'intervention décisive du Hezbollah, qui a porté le premier coup d'arrêt à l'expansion de Daech dès 2013, deux ans avant l'intervention russe, cette promesse a pris une réalité toute particulière. 

La crise syrienne et l'expansion de Daech, conçues comme un premier pas dans la neutralisation du Hezbollah et de l'Axe de la Résistance, ont été très bien accueillies par Tel-Aviv (qui n'a cessé d'apporter son soutien aux terroristes), de même que l'implication du Hezbollah, qui a entrainé un drainage des forces de la Résistance et un très net recul de sa popularité dans le monde arabo-musulman. Mais le Hezbollah a acquis et déployé une expérience et un savoir-faire inestimables en Syrie, notamment dans la guerre offensive de libération de très larges portions de territoire, transformant ce mouvement de guérilla purement défensif en une organisation qui ressemble de plus en plus à une armée classique, tant au niveau des tactiques que des armements. La parade militaire d'une unité blindée du Hezbollah à Al-Qusseir en novembre 2016 avait triomphalement marqué cette transformation, adressant un défi sans précédent à "Israël".

Ainsi, loin de s'affaiblir, l'Axe de la Résistance est sorti renforcé de la crise syrienne, tant par l'alliance stratégique avec la Russie que par l'expérience acquise sur le terrain. Israël doit maintenant composer avec la présence de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah en Syrie, la perspective d'une base navale iranienne permanente à Lattaquié, et la menace de l'ouverture d'un nouveau front dans le Golan occupé. C'est pourquoi Netanyahu insiste maintenant pour que l'Iran et le Hezbollah quittent la scène syrienne.

Contrairement aux espérances d'Israël, le Hezbollah n'a jamais détourné les yeux de la frontière du sud-Liban et de la confrontation prioritaire avec l'ennemi sioniste. Après la mort de 6 de ses combattants en Syrie tués par une frappe israélienne en janvier 2015, le Hezbollah a riposté directement par une attaque qui a fait 2 morts, prouvant qu'il ne craignait pas l'ouverture d'un nouveau front contre "Israël". De plus, Hassan Nasrallah n'a cessé de menacer Israël, allant jusqu'à évoquer des frappes contre les dépôts d'ammoniaque de Haïfa, évacués depuis, et la centrale nucléaire de Dimona.

Face au risque que l'expérience syrienne ne soit effectivement reproduite en Galilée, "Israël" a procédé à un véritable travail de fortification de la frontière libanaise pour se prémunir d'une incursion du Hezbollah, transformant ce front en ligne de défense pour la première fois dans l'histoire du conflit israélo-arabe. Bien plus, "Israël" prépare l'évacuation de centaines de milliers de colons en cas de guerre avec le Hezbollah, ce qui indique à quel point la perspective d'une occupation de la Galilée par les forces libanaises est redoutée. Tout cela était inconcevable il y a dix ans à peine, sinon pour les voisins d'Israël régulièrement soumis à des agressions depuis 1948. 

Le Hezbollah a tourné en dérision les déclarations belliqueuses d'Israël par l'organisation d'une tournée médiatique à la frontière libano-israélienne, afin de montrer au monde entier que l'ennemi redouté d'hier est aujourd'hui occupé à se retrancher derrière des barrières illusoires censées rassurer sa population. Le documentaire d'Al-Manar intitulé « Le Mur de l'illusion », sous-titré en hébreu, montre minutieusement l'état d'avancement des travaux de terrassement menés par Israël, sous l'observation permanente du Hezbollah. La guerre psychologique, médiatique et de renseignement reste à son intensité maximale.

Sayed Hasan

lundi 17 avril 2017

Bachar al-Assad : Khan Cheikhoun est une fabrication, nous n'avons pas d’armes chimiques

Le 13 avril 2017

Interview de Bachar al-Assad, Président de la République Arabe Syrienne, par l'AFP

Source : http://sana.sy/en/?p=104255

Traduction : http://sana.sy/fr/?p=87849 (Révision : http://sayed7asan.blogspot.fr)


Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, je voudrais d’abord vous remercier de me recevoir pour cette interview. Monsieur le Président, avez-vous donné l’ordre d’attaquer Khan Cheikhoun avec des armes chimiques mardi dernier ?

Bachar al-Assad : En fait, personne n’a enquêté sur ce qui s’est passé ce jour-là à Khan Cheikhoun jusqu’à présent. Comme vous le savez, Khan Cheikhoun est sous le contrôle du Front al Nosra qui est une branche d’Al-Qaïda. Donc les seules informations dont a disposé le monde jusqu’à présent sont celles publiées par la branche d’Al-Qaïda. Personne n’a d’autres informations. Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos que nous avons vues sont vraies ou truquées. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé qu’une enquête soit menée à Khan Cheikhoun. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, selon les sources d’Al-Qaïda, l’attaque a eu lieu entre 6h et 6h30 du matin, alors que l’attaque syrienne a sur cette même zone a eu lieu vers midi, entre 11h30 et 12h. Ils parlent donc de deux événements différents. Aucun ordre n’a donc été donné de déclencher une attaque. 

Et d’ailleurs nous ne possédons pas d’armes chimiques, nous avons renoncé à notre arsenal il y a quelques années. Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les utiliserions pas. Tout au long de notre histoire, nous n’avons jamais utilisé notre arsenal chimique. 

Alors, qu’est- ce qui s’est passé ce jour-là ? Comme je viens de le dire, l’unique source de ces informations c’est Al-Qaïda, nous ne pouvons pas les prendre au sérieux.
 
Notre impression est que l’Occident, surtout les Etats-Unis, sont main dans la main avec les terroristes, et qu’ils ont monté toute cette histoire pour avoir un prétexte pour l’attaque. L’attaque n’a pas eu lieu à cause de ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. Nous sommes face à un seul et même événement : la première étape en était le spectacle auquel nous avons assisté sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, et la propagande (médiatique). La seconde étape était l’agression militaire.

C’est bien ce qui s’est produit à notre sens. Car, quelques jours seulement, 48 heures à peine ont séparé la campagne médiatique de l’attaque américaine, sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles de quoi que ce soit. Rien que des allégations et de la propagande (médiatique), puis les frappes ont eu lieu. 

Journaliste : Donc, d’après vous, qui serait responsable de cette attaque chimique présumée ?

Les Chrétiens de Syrie célèbrent la fête de Pâques

dimanche 16 avril 2017

Massacre de Halabja : qui a fourni des armes chimiques à Saddam Hussein ?

Une analyse à plusieurs niveaux de l’attaque de missiles américains sur la Syrie et de ses conséquences

The Saker, le 11 avril 2017

Source : The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Julie, relu par Hervé pour le Saker francophone

La dernière attaque de missiles de croisière américaine contre la base aérienne syrienne est un événement extrêmement important à tellement d’égards qu’il est important de l’examiner en détail. Je vais essayer de le faire aujourd’hui avec l’espoir que je serai capable d’éclairer une attaque plutôt bizarre et néanmoins lourde de conséquences profondes. Mais d’abord, commençons à regarder ce qui s’est effectivement passé.

Le prétexte

Je ne crois pas que quiconque croie sérieusement qu’Assad ou quelqu’un d’autre dans le gouvernement syrien a réellement ordonné une attaque chimique contre qui que ce soit. Pour le croire, il faudrait trouver une logique dans la séquence suivante : d’abord, Assad est quasiment en train de gagner la guerre contre Daech, qui est en pleine retraite. Puis les États-Unis déclarent que renverser Assad n’est plus une priorité (jusqu’ici, tout est factuel et vrai). Après quoi, Assad décide d’utiliser des armes qu’il n’a pas. Il choisit de bombarder un endroit sans valeur militaire, mais avec beaucoup d’enfants et de caméras. Ensuite, lorsque les Russes demandent une enquête approfondie, les Américains frappent aussi vite qu’ils peuvent avant que l’idée recueille le moindre soutien. Et maintenant, les Américains étudient la possibilité que les Russes aient joué un rôle dans cette soi-disant attaque. Franchement, si c’est ce que vous croyez, cessez immédiatement de me lire et retournez regarder la télé. Pour le reste d’entre nous, il y a trois options :
  1. Une intervention sous fausse bannière classique exécutée par les États-Unis.
  2. Une frappe syrienne sur un lieu où était stocké une sorte de gaz, éventuellement de la chlorine, mais certainement pas du sarin. Cette option nécessite que vous croyiez aux coïncidences. Je n’y crois pas. Sauf si…
  3. Les États-Unis ont fourni de mauvais renseignements aux Syriens et les ont amenés à bombarder un endroit où les Américains savaient que du gaz toxique était entreposé.
Ce qui est évident est que les Syriens n’ont pas largué des armes chimiques depuis leurs avions et qu’aucun gaz chimique n’était stocké dans la base d’al-Chayrat. Il n’y a pas de vidéo montrant des munitions ou des conteneurs qui auraient produit le gaz toxique. Quant aux enregistrements radars américains et autres, tout ce qu’ils peuvent montrer est qu’il y avait un avion dans le ciel, son cap, son altitude et sa vitesse. Il n’y a aucun moyen de distinguer une munition ou une attaque chimiques avec un radar.

Quelle que soit l’option que vous choisissez, le gouvernement syrien est évidemment innocent de l’accusation d’avoir utilisé des armes chimiques. C’est plus probablement une attaque sous fausse bannière.

En outre, et juste pour mémoire, les États-Unis avaient envisagé exactement une telle attaque sous fausse bannière dans le passé. Vous pouvez tout lire à propos de ce plan ici et .

L’attaque

Les sources américaines et russes s’accordent sur les faits suivants : deux navires de l’US Navy ont lancé 59 missiles de croisière Tomahawk sur l’aérodrome d’al-Chayrat en Syrie. Les États-Unis n’ont pas consulté les Russes sur le plan politique, mais ils les ont avertis deux heures avant par des canaux militaires. À ce stade, les récits commencent à diverger.

mardi 11 avril 2017

Vladimir Poutine sur la Syrie : les Etats-Unis rejouent la même comédie insipide qu'en Irak

Déclaration de Vladimir Poutine à la presse après une rencontre avec le Président italien Sergio Mattarella

Kremlin, le 11 avril 2017


Source : http://en.kremlin.ru/events/president/news/54267

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


Transcription : 

[...]

Journaliste : Puis-je vous poser une question sur la Syrie ? Comment considérez-vous ce qui s'est passé ? Y a-t-il un risque d'autres frappes militaires des Etats-Unis contre des cibles en Syrie ?

Vladimir Poutine : Nous en avons parlé avec le Président [italien]. J'ai dit que ça me rappelait beaucoup 2003, lorsque les représentants des Etats-Unis au Conseil de sécurité ont montré des prétendues armes chimiques découvertes en Irak. Après quoi, une campagne militaire a été lancée contre l'Irak. Elle a entraîné la destruction du pays, la montée de la menace terroriste, et l'apparition de Daech sur la scène internationale, ni plus, ni moins.

La même chose se produit actuellement, et leurs partenaires acquiescent encore une fois de la tête. A cet égard, nos admirables écrivains [de comédies] Ilf et Petrov viennent à l'esprit, avec leur fameuse réplique « Qu'est-ce qu'on s'ennuie, Mesdames !
» On a déjà vu tout ça.

Quant à savoir pourquoi tout cela se produit... Tout le monde veut restaurer les relations au sein de la communauté occidentale, après que - grâce à l'ancienne administration US - beaucoup d'entre eux aient adopté une position anti-Trump durant les élections. La Syrie et la Russie, en tant qu'ennemi commun, fournissent une merveilleuse plateforme pour la consolidation. Nous sommes prêts à supporter tout cela pour une certaine durée, dans l'espoir que cela finira par nous mener à quelque tendance positive basée sur l'interaction. 

Pour la consommation interne des Etats-Unis, il y a également des raisons à tout cela. Pour le dire simplement, les adversaires politiques de la nouvelle administration [Trump] sont toujours actifs, et si quelque chose (de grave) devait se produire, c'est à lui qu'ils en feront porter le chapeau. Je n'ai aucun doute à ce sujet.

Quant à savoir si d'autres frappes en Syrie sont possibles, nous avons des informations venant de plusieurs sources selon lesquelles d'autres provocations - je ne saurais les caractériser autrement - de ce genre se préparent, notamment dans les banlieues sud de Damas, où ils prévoient d'utiliser quelque produit chimique, et d'en accuser les autorités syriennes.

Nous estimons que tout incident de ce genre doit faire l'objet d'une enquête rigoureuse. Nous en appellerons officiellement à l'instance de l'ONU à La Haye et à la communauté internationale pour qu'une enquête exhaustive soit menée sur ce qui s'est passé. Des mesures appropriées pourront ensuite être prises en fonction de ce que révèlera l'investigation.

Ce sera tout.

Putin on US strikes on Syria and chemical weapons: “It’s boring, ladies.”

Press statements following Vladimir Putin's meeting with President of Italy Sergio Mattarell

Kremlin, April 11th, 2017 



Transcript :

Question: Mr Putin, if I may, I have a question about Syria. What is your take on what is happening in Syria? Is there a danger of another US military strike against Syrian targets?
 
Vladimir Putin: We discussed this with the President. I said that this reminds me very much of the events of 2003, when US representatives in the Security Council showed alleged chemical weapons discovered in Iraq. A military campaign in Iraq ensued, which ended with the destruction of the country, an increased terrorist threat and the emergence of ISIS on the international scene – no more, no less.

The exact same thing is happening now, and their partners are nodding approvingly. In this connection, our remarkable writers, Ilf and Petrov, come to mind, with their famous line, “It’s boring, ladies.“ We have seen this all before.

Why is this happening? Everyone wants to restore relations in the Western community after – thanks to the former US administration – many European countries adopted an anti-Trump position during the election campaign. Syria and Russia, as a common enemy, provide a wonderful platform for consolidation. We are ready to put up with that for a while in the hope that it will eventually lead us to some positive trend based on interaction.

For consumption within America, there are reasons for this. Simply put, political opponents of the incumbent president are still out there, and if anything happens, it will be blamed on him. I have no doubt about that.

Now about whether new attacks are possible or not. We have information from a variety of sources that such provocations (I cannot find another word for this) are being prepared in other parts of Syria, including in southern suburbs of Damascus, where they are planning to plant certain substances and accuse Syrian authorities of using them.

However, we believe that things like this should be thoroughly investigated. We plan to officially address the appropriate UN institution in The Hague and call on the international community to thoroughly investigate these matters. A weighted decision can then be taken depending on the findings of the investigation.

lundi 10 avril 2017

Cinq raisons pour lesquelles les frappes de Trump en Syrie sont une erreur monumentale



Par Alexander Mercouris

10 avril 2017



En lançant ses missiles contre la Syrie, le Président a détruit sa réputation de cohérence, encouragé ses ennemis et consterné ses amis.

Après l’assassinat du duc d’Enghien par Napoléon en mars 1804, le ministre de la police de Napoléon, Joseph Fouché, a déclaré à ce sujet : « C’est pire qu’un crime, c’est une faute. » Les missiles du Président Trump lancés sur la base aérienne de Sharyat en Syrie étaient comme le meurtre du duc d’Enghien, pas seulement un crime mais une faute.

Les raisons invoquées pour lesquelles le Président Trump a ordonné le lancement des missiles varient.

Le Président Trump lui-même affirme que c’est en raison de sa révulsion face à l’horreur de l’attaque chimique contre Khan Sheikhoun, qu’il affirme – mais sans qu’aucune enquête indépendante ne l’ait confirmé – avoir été effectuée par l’armée de l’air du Président Assad.

Le secrétaire d’État américain Tillerson et le conseiller général à la sécurité nationale de Trump, H. R. McMaster, disent la même chose, mais ils disent aussi que la frappe constituait un signal de la fermeté du Président et de son refus de tolérer que ses lignes rouges soient franchies.

D’autres encore, plus cyniquement, disent qu’elles visaient à distraire l’attention du Russiagate et à assurer la position du Président à Washington.

Il y a probablement du vrai dans toutes ces allégations. Cependant, aucune d’entre elles ne change le fait que ces frappes constituaient une grossière erreur. Voilà pourquoi :

(1) Toutes les données suggèrent que les frappes étaient une simple démonstration de force et que le Président n’a pas l’intention d’escalader son intervention en une campagne de changement de régime en Syrie.

Non seulement ce que Tillerson et McMaster ont déclaré lors de leur conférence de presse commune, mais les frappes elles-mêmes – avec les Russes et les Syriens en étant informés par les Etats-Unis des heures avant qu’elles ne se produisent, et avec des frappes elles-mêmes limitées et menées à une échelle beaucoup plus petite que celle que le Président Obama semblait envisager en 2013 – suggèrent la même chose.

Cela suggère que le Président ne veut toujours pas être entrainé dans une guerre pour un changement de régime en Syrie.

Si c’est le cas, il se rendra bientôt compte qu’il s’est engagé sur une pente très dangereuse.

De même que le renvoi du général Flynn a encouragé les critiques du Président dans l’affaire du Russiagate, amenant le scandale à des proportions qui dépassaient largement son ampleur originale, l’attaque de missiles contre la base aérienne de Sharyat a donné le gout du sang aux tenants de la ligne dure de changement de régime à Washington et ailleurs. Ils reviendront certainement à la charge pour obtenir davantage, et leur ayant jeté de la viande rouge une première fois, le Président est maintenant dans une position beaucoup plus faible pour leur en refuser.

En outre, indépendamment de ce qui s’est passé exactement à Khan Sheikhoun, les djihadistes en Syrie savent maintenant que tout ce qu’ils ont à faire est d’organiser une attaque chimique, et que le Président américain les obligera en lançant des missiles sur les forces du Président Assad, sans enquête et sans chercher à obtenir l’accord du Congrès ou du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela ne fait que garantir que la mise en scène de davantage d’attaques chimiques est précisément ce que les djihadistes vont maintenant faire.

Nul besoin d’être prophète pour voir comment cette situation pourrait escalader dorénavant, même si ce n’est pas le souhait du Président, et comment il est maintenant dans une position beaucoup plus faible pour empêcher que cela se produise.

(2) Trump a commencé sa présidence en disant vouloir améliorer les relations avec la Russie. Non seulement a-t-il causé la fureur des Russes, rendant les relations avec la Russie encore pires qu’elles ne l’étaient déjà, mais les Russes vont certainement percevoir les frappes comme un défi et répondront en conséquence. Ils parlent déjà de renforcer les défenses aériennes de la Syrie et ont fermé la ligne directe entre leurs militaires en Syrie et ceux des États-Unis.


Non seulement cela va-t-il compliquer les opérations anti-Daech des États-Unis en Syrie, mais cela augmente le risque d’une confrontation dangereuse avec les Russes en Syrie, ce qui est précisément ce que le Président et son équipe – comme en témoigne leur notification aux Russes avant les tirs de missiles – veulent évidemment éviter.

(3) Ensuite, il y a la question clé de la confiance.

En seulement une semaine, après des rapports évoquant une seule attaque, le Président a fait marche arrière, passant d’une position où il semblait accepter la réalité que le Président Assad resterait le dirigeant de la Syrie à une position où il l’attaque et où les membres de son gouvernement parlent à nouveau de l’importance de le renverser.

Non seulement les Russes concluront-ils que ce Président est quelqu’un à qui on ne peut pas faire confiance, mais les gouvernements du monde entier – y compris plusieurs des principaux alliés européens des États-Unis – seront choqués par la facilité avec laquelle ce Président fait volte-face et fait le contraire de ce qu’il avait dit, et le fait en outre sans discussion ou consultation appropriée, et sans même prétendre observer les formes du droit international et des lois américaines.

Dans la cohérence des relations internationales, la cohérence est la qualité la plus prisée de toutes. Les gouvernements doivent être sûrs qu’une grande puissance comme les États-Unis suit des politiques cohérentes. De cette façon, d’autres gouvernements peuvent ajuster leurs propres politiques pour prendre en compte celles des États-Unis.

C’est pour cette raison, parce que le lancement de l’attaque a totalement détruit la réputation de cohérence du Président dans sa conduite de la politique, qu’avant l’attaque de missiles, je doutais qu’une telle chose se produise.

Les gouvernements du monde entier – y compris le gouvernement de la Chine, que le Président des États-Unis vient d’accueillir – savent maintenant qu’avec cette administration, les États-Unis peuvent inverser leur politique en un instant. Non seulement cela va les inquiéter, mais ils savent maintenant que quoi que dise ce Président, on ne peut pas y prêter foi car il peut s’en dédire si rapidement.

Cela va inévitablement rendre les affaires internationales plus instables, puisque les gouvernements savent maintenant qu’on ne peut pas faire pleinement confiance à ce Président, ce qui lui rendra plus difficile la négociation des accords qu’il souhaite conclure.

(4) Si le Président croyait, quand il a lancé ses missiles, que cela mettrait fin aux critiques portées contre lui et à l’obstruction de son administration par ses adversaires, il découvrira rapidement qu’il n’a rien obtenu de tel. Les adversaires du Président ont beaucoup trop investi dans le récit de « Donald Trump, le nouveau Mussolini ou Caligula » pour faire marche arrière maintenant. Je doute même qu’ils délaissent les allégations de Russiagate, si absurdes qu’elles soient.

Dans quelques jours, une fois que les applaudissements pour les frappes se seront évanouis, le Président verra rapidement qu’il est resté le même qu’il a toujours été aux yeux de ses opposants à Washington, et qu’en lançant ses frappes sans avoir préalablement consulté le Congrès, il n’a fait que leur donner un autre bâton avec lequel se faire battre. Je note que Nancy Pelosi, l’une des critiques les plus véhémentes du Président, demande déjà un débat approfondi à la Chambre pour discuter de la question de l’autorisation de l’action du Président.

(5) En revanche, si le Président n’a pas gagné ses critiques, il a sans aucun doute fâché et démoralisé la partie la plus intelligente et la plus expressive de sa propre base politique.

L’un des faits les plus intéressants quant aux événements des derniers jours est que bien que les partisans libéraux de Barack Obama aient continué de le soutenir alors même qu’il revenait entièrement sur la position anti-guerre qu’il défendait avant sa nomination, les partisans de Donald Trump prennent leur position anti-guerre et anti-interventionniste extrêmement au sérieux et ne sont pas disposés à compromettre sur ce point. Le résultat est que loin de défendre le Président pour ce qu’il a fait, ils se sont retournés contre lui et se sont sentis trahis.

Donald Trump lui-même le sent. Cela s’explique par le fait que depuis l’attaque de missiles, loin de prendre un ton triomphaliste, il n’a mentionné l’attaque que deux fois dans ses tweets, un tweet symbolique félicitant les militaires pour le succès de l’opération, et un tweet hautement défensif dans lequel il a essayé d’expliquer et d’écarter le manque de dommages infligés à la piste aérienne. Sinon, sauf dans des déclarations formelles telles que sa lettre au Congrès, il a évité d’en parler.

En effet, il n’est pas impossible que le résultat de l’attaque de missiles – surtout si elle est suivie par d’autres – sera de relancer un mouvement anti-guerre moribond qui a presque disparu au cours de la présidence d’Obama. Il est aisé de voir comment les ailes droite et gauche de ce mouvement pourraient maintenant se conjuguer – comme cela s’est produit pendant la présidence de George W. Bush –, dans le cas de l’aile droite du mouvement anti-guerre parce qu’elle s’oppose véritablement aux guerres interventionnistes, et dans le cas de l’aile gauche du mouvement anti-guerre parce que certains de ses membres s’opposent sincèrement aux guerres interventionnistes, mais surtout parce qu’elle exècre un Président républicain de droite.

Il va sans dire que si une telle chose se produit, les problèmes politiques du Président se multiplieront par mille.

La première loi de la politique – aux États-Unis comme partout ailleurs – est de prendre soin de votre propre base. Tous les politiciens qui ont réussi comprennent cela. Vendredi, Donald Trump a choqué et fâché sa base, et une fois que l’éclat temporaire du lancement de missiles se dissipera (ce qui se produira rapidement), il paiera le prix politique.

Ce que les événements de la semaine dernière montrent, c’est que presque cent jours après son inauguration, Donald Trump reste un amateur qui continue de perdre pied. Au lieu de prendre des décisions soigneusement pondérées, il prend ses décisions de manière impulsive, pressée et à la volée.

Parfois, à court terme, certaines de ces décisions l’aident. Plus souvent, elles lui causent des problèmes. Au fil du temps, en raison de la manière mal avisée et pressée dont il prend ses décisions, elles lui causeront de plus en plus de problèmes. En outre, jusqu’à présent, il ne semble pas y avoir de preuve qu’il apprenne de ses erreurs. Les frappes sur la Syrie ont été de loin la plus importante d’entre elles, mais il est fort probable que d’autres pires encore suivront.