mercredi 26 avril 2017

Pourquoi nous faisons la grève de la faim dans les geôles israéliennes, par Marwan Barghouti


Le 16 avril 2017







HADARIM PRISON, Israël – Ayant passé les 15 dernières années dans une prison israélienne, j’ai été à la fois témoin et victime du système illégal d’arrestations arbitraires massives d’Israël et de ses mauvais traitements infligés aux prisonniers palestiniens. Après avoir épuisé toutes les autres options, j’ai décidé qu’il n’y avait pas d’autre choix que de résister à ces abus en faisant une grève de la faim.


Quelque mille prisonniers palestiniens ont décidé de participer à cette grève de la faim, qui commence aujourd’hui, le jour que nous observons ici comme le Jour des prisonniers. La grève de la faim est la forme la plus pacifique de résistance disponible. Elle inflige des souffrances uniquement à ceux qui y participent et à leurs proches, dans l’espoir que leur ventre vide et leur sacrifice aideront le message à résonner au-delà des limites de leurs cellules sombres.


Des décennies d’expérience ont prouvé que le système inhumain d’occupation et d’occupation militaire d’Israël vise à briser l’esprit des prisonniers et la nation à laquelle ils appartiennent, en infligeant des souffrances à leur corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour les contraindre à l’assujettissement. Malgré un tel traitement, nous ne nous y soumettrons pas.


Israël, la puissance occupante, a violé le droit international de multiples façons depuis près de 70 ans, mais s’est cependant vu octroyer l’impunité pour ses actions. Elle a commis des violations graves des Conventions de Genève contre le peuple palestinien; les prisonniers, y compris les hommes, les femmes et les enfants, ne font pas exception.


J’avais seulement 15 ans quand j’ai été emprisonné pour la première fois. J’avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m’a forcé à écarter les jambes alors que je me tenais nu dans la salle d’interrogatoire avant de frapper mes organes génitaux. Je me suis évanoui de douleur, et la chute qui en a résulté a laissé une cicatrice permanente sur mon front. L’interrogateur s’est moqué de moi ensuite, disant que je n’aurais jamais d’enfants parce que les gens comme moi ne donnent naissance qu’à des terroristes et des meurtriers.


Quelques années plus tard, j’étais de nouveau dans une prison israélienne, meneur d’une grève de la faim, lorsque mon premier fils est né. Au lieu des bonbons que nous distribuons habituellement pour célébrer de telles nouvelles, j’ai distribué du sel aux autres prisonniers. A peine âgé de 18 ans, il a été arrêté et a passé quatre ans dans les prisons israéliennes.


L’aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme de 31 ans. Pourtant, je suis toujours ici, à poursuivre cette lutte pour la liberté avec des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et le soutien de tant de personnes dans le monde. Qu’y a-t-il donc avec l’arrogance de l’occupant et de l’oppresseur et ses partisans qui les rende sourds à cette simple vérité : nos chaînes seront brisées avant que nous le soyons, parce que c’est la nature humaine que de répondre à l’appel de la liberté, quel que soit le prix.


Israël a construit presque toutes ses prisons à l’intérieur d’Israël plutôt que dans les territoires occupés. Ce faisant, il a transféré illégalement et de force des civils palestiniens en captivité et a utilisé cette situation pour restreindre les visites des familles et pour infliger des souffrances aux prisonniers par de longs transports dans des conditions cruelles. Cela a transformé les droits fondamentaux qui devraient être garantis par le droit international – y compris ceux obtenus après maintes souffrances par les grèves de la faim antérieures – en des privilèges que leur service pénitentiaire décide de nous accorder ou dont il décide de nous priver.


Les prisonniers palestiniens et les détenus ont subi des actes de torture, des traitements inhumains et dégradants et des négligences médicales. Certains ont été tués en détention. Selon le dernier chiffre du Club des Prisonniers Palestiniens, environ 200 prisonniers palestiniens sont décédés depuis 1967 à cause de telles actions. Les prisonniers palestiniens et leurs familles restent également une cible privilégiée de la politique israélienne d’imposition de punitions collectives.


A travers notre grève de la faim, nous cherchons à mettre un terme à ces abus.


Au cours des cinq dernières décennies, selon le groupe des droits de l’homme Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés ou détenus par Israël – soit environ 40% de la population masculine du territoire palestinien. Aujourd’hui, environ 6 500 sont encore emprisonnés, dont certains ont la triste distinction de détenir des records mondiaux des plus longues périodes de détention de prisonniers politiques. Il n’y a pratiquement pas une seule famille en Palestine qui n’ait pas subi les souffrances causées par l’emprisonnement d’un ou de plusieurs de ses membres.


Comment rendre compte de cet état des choses incroyable ?


Israël a mis en place un double régime juridique, une forme d’apartheid judiciaire, qui offre une impunité virtuelle aux Israéliens qui commettent des crimes contre des Palestiniens, tout en criminalisant la présence et la résistance palestiniennes. Les tribunaux d’Israël sont une parodie de justice, clairement des instruments d’occupation coloniale et militaire. Selon le Département d’Etat, le taux de condamnation pour les Palestiniens dans les tribunaux militaires est de près de 90 %.



Parmi les centaines de milliers de Palestiniens qui ont été emprisonnés par Israël, se trouvent des enfants, des femmes, des parlementaires, des militants, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des universitaires, des personnalités politiques, des militants, des passants, des membres de la famille de prisonniers. Et tous dans le même but : enterrer les aspirations légitimes d’une nation entière.



Au lieu de cela, cependant, les prisons israéliennes sont devenues le berceau d’un mouvement durable pour l’autodétermination palestinienne. Cette nouvelle grève de la faim va démontrer une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide notre lutte, la lutte pour la Liberté et la Dignité, le nom que nous avons choisi pour cette nouvelle étape dans notre longue marche vers la liberté.



Israël a essayé de nous désigner tous comme des terroristes pour légitimer ses violations, y compris les arrestations arbitraires massives, la torture, les mesures punitives et les restrictions drastiques. Dans le cadre de l’effort d’Israël pour saper la lutte palestinienne pour la liberté, un tribunal israélien m’a condamné à cinq condamnations à perpétuité et à 40 ans de prison dans un procès politique-spectacle qui a été dénoncé par les observateurs internationaux.



Israël n’est pas le premier pouvoir occupant ou colonial à recourir à de tels expédients. Tout mouvement de libération nationale dans l’histoire peut rappeler des pratiques similaires. C’est pourquoi tant de personnes qui ont lutté contre l’oppression, le colonialisme et l’apartheid se tiennent à nos côtés. La Campagne internationale pour libérer Marwan Barghouti et tous les prisonniers palestiniens que l’icône anti-apartheid Ahmed Kathrada et ma femme, Fadwa, ont inaugurée en 2013 depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela à Robben Island a bénéficié du soutien de huit lauréats du prix Nobel de la paix, de 120 gouvernements et de centaines de dirigeants, de parlementaires, d’artistes et d’universitaires à travers le monde.


Leur solidarité expose l’échec moral et politique d’Israël. Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur. La liberté et la dignité sont des droits universels qui sont inhérents à l’humanité, et dont doit jouir chaque nation et tous les êtres humains. Les Palestiniens ne seront pas une exception. Seule la fin de l’occupation mettra fin à cette injustice et marquera la naissance de la paix.

Marwan Barghouti 


dimanche 23 avril 2017

Bachar al-Assad : Les attentats en France n'auraient pas pu être empêchés



Interview du Président de la République Arabe Syrienne Bachar al-Assad par le journal croate Vecernji List, le 6 avril 2017 (Extrait)




Transcription :

[...]
Journaliste : Monsieur le Président, je dois vous poser une question : s'il y avait eu une coopération en matière de sécurité entre le gouvernement syrien et les États européens, auraions-nous évité les opérations terroristes qui ont frappé la France, la Belgique, etc. ? Je pose cette question parce qu’après les opérations terroristes à Paris, l'ancien chef des services secrets français a déclaré que vous leur aviez fourni des noms et des documents sur les terroristes, et qu’ils ont refusé de les accepter. Ont-ils vraiment refusé de les accepter ? Et s'il y avait eu une coopération, aurait-on pu éviter ces opérations terroristes ?

Président Assad : Non, il parlait probablement de la coopération avant la guerre, car après le commencement de la guerre et la position française de soutien aux terroristes, la Syrie a cessé la coopération en matière de sécurité avec ces pays, car il ne peut pas y avoir de coopération en matière de sécurité et d'hostilité politique en même temps. Il devrait y avoir un accord politique, d'une part, et un accord dans d'autres domaines, y compris la sécurité, d'autre part.

Quant à savoir s'il aurait été possible d'éviter de telles attaques en Europe grâce à cette coopération en matière de sécurité, dans des circonstances normales, la réponse serait oui. Mais dans les circonstances actuelles, la réponse est non, parce que l'Europe ou un certain nombre de pays européens soutiennent les terroristes à grande échelle, envoient en Syrie des dizaines de milliers de terroristes ou les soutiennent directement et indirectement, logistiquement, avec des armes, de l'argent, une couverture politique, et absolument tout. Lorsque vous atteignez ce degré de soutien aux terroristes – et ici, nous parlons de dizaines de milliers et peut-être de centaines de milliers en Syrie et dans les régions avoisinantes –, la coopération en matière de sécurité devient d'une efficacité limitée dans un tel cas. La coopération en matière de sécurité se concentre sur des dizaines ou des centaines d'individus, mais ne peut pas être efficace lorsqu'il y a des dizaines de milliers et des centaines de milliers de terroristes.

Si l'Europe veut se protéger à ce stade, elle devrait d'abord cesser de soutenir les terroristes en Syrie. En supposant que nous voulions coopérer avec eux, aucun résultat ne peut être obtenu dans ces circonstances. Nous ne le ferons pas, bien sûr, tant qu’ils soutiennent le terrorisme. Ils devraient cesser de soutenir les terroristes immédiatement de toute forme ou manière.

[...] 

Hassan Nasrallah : l'expérience acquise en Syrie permettra de libérer la Palestine

Interview du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 19 août 2016



Transcription :

Journaliste : [Israël] qui a un allié tel que Daech, des criminels tels que Daech, ils doivent être à l'aise, Sayed.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Mais il ne sont certainement pas tranquilles, en tout cas, eux, les Israéliens, parient (plaçent leurs espoirs) sur Daech, et sur tout ce projet takfiri dans la région... mais en tout cas, ils savent bien, les Israéliens, les Américains, et tous ceux qui utilisent les takfiris, qu'il s'agit d'un projet sans avenir.

Je vous le dis, et je rassure aussi tout le monde à travers cette interview. Ce projet n'a aucun avenir. C'est-à-dire... Qu'est-ce que c'est donc ? Considérons par exemple que Daech vienne maintenant présenter son Etat aux gens. Ou le Front al-Nosra, qui a la même idéologie, les mêmes livres, les mêmes fatwas, n'est-ce-pas ? Lorsqu'elle vient présenter son Etat.

Déjà, qu'ont-ils à faire des non-sunnites ? Les chiites ne peuvent pas vivre dans l'Etat de Daech, ni les Chrétiens, ni les autres confessions. Très bien, ça marche. Les sunnites peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ? Les sunnites ?! Ceux qui se proclament les gens de la sunna et du consensus, comme prétend l'être Daech. Et Daech prétend que les autres sunnites (qui n'embrassent pas Daech) sont des mécréants. (Les sunnites) peuvent-ils vivre dans l'Etat de Daech ?

Voici leur pratique : couper les têtes, exécuter pour les raisons les plus triviales... De base, ce n'est pas là la religion de Dieu, il est impossible que ce soit là la religion de Dieu, et il n'est pas possible que ce soit la religion (du Prophète) Muhammad b. Abdillah, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qui a été envoyé comme une Miséricorde pour les mondes. Ce n'est pas possible, c'est absolument impossible. De base, aucun homme ayant une nature humaine, un minimum d'aspiration à la liberté, à l'espace, à un peu de dignité, ne peut vivre au sein de l'Etat de Daech.

Eh bien, quel est donc l'avenir de ce projet ? Tuer, tuer, tuer, tuer... A la fin, les tueries doivent s'arrêter. Certes, une grande catastrophe a été lancée, et la Communauté islamique paie actuellement un prix énorme...

Journaliste : Excusez-moi un instant, Sayed...

Sayed Hassan Nasrallah : Je vous en prie.

Journaliste : Il est certain qu'il n'a aucun avenir, car même ceux qui l'ont créé savent qu'il n'a aucun avenir. Mais peut-être ont-ils voulu drainer la Résistance pour plusieurs années...

Sayed Hassan Nasrallah : Bien sûr.

Journaliste : ... et tout particulièrement le Hezbollah. C'est pourquoi certains disent que le Hezb s'est noyé ou a été noyé dans la lutte contre nébuleuse Daech, la question sunnite-chiite, etc. Voilà le jeu auquel jouent : d'abord Israël est tranquille, et après s'être reposé, il se jettera sur la Résistance, cet (ennemi) sioniste.
 
Sayed Hassan Nasrallah : Non... Regardez, sur cette question, le sortilège se retourne contre le sorcier, si Dieu le veut. Le sortilège se retourne contre le sorcier. C'est-à-dire actuellement, par exemple, regardez le discours israélien : premièrement, qu'il s'agisse d'Israël ou de tous les autres (à ses côtés), ils exagèrent beaucoup lorsqu'ils parlent du nombre de nos martyrs en Syrie. Il y a des exagérations vraiment comiques.

Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Pardon ?
 
Journaliste : Volontaires ?
 
Sayed Hassan Nasrallah : Volontaires, oui. Eh bien, à un moment, ils ont dit que le Hezbollah, on va le drainer, le noyer, le tuer, etc., etc., en Syrie. Eh bien, maintenant, que dit Israël ? En conséquence, il dit que le Hezbollah gagne des expériences qu'il n'avait jamais eues depuis sa fondation à ce jour, il les a gagnées. La chose la plus importante qui inquiète beaucoup Israël, quelle est-elle ?

Ce n'est pas l'expérience défensive et la guerre défensive, car depuis 1982 aux années 2000, jusqu'en 2006, le Hezbollah était dans un mouvement défensif. Même ses tactiques étaient des tactiques défensives. Nous n'avons pas attaqué des colonies, ni ne sommes entrés en territoire palestinien, rien de tel. Avant 2000, nous attaquions des positions [israéliennes au Liban]. Même le fait d'attaquer telle ou telle position, même s'il s'agissait d'opérations offensives en apparence, elles avaient lieu dans un cadre défensif.

Eh bien, lorsque le Hezbollah vient dans la bataille en Syrie, et combat comme une formation très grande, et avec des armements très divers, ou en tant que partie d'une très grande formation aux armements divers, et qu'il participe à des opérations offensives très grandes et très étendues, et qu'il fasse sortir les hommes armés, qui ne sont pas des combattants normaux, surtout les étrangers, des combattants d'un tel niveau (d'engagement), lorsqu'il les fait sortir d'aires géographiques très vastes, cela veut dire que le Hezbollah gagne une expérience offensive, une vaste expérience de libération de territoire à travers des opérations militaires continues et directes, et non à travers la guerre de guérilla. Et cette expérience n'était pas présente au Hezbollah avant la guerre en Syrie. 

C'est là qu'Israël est apeuré et terrifié. Car ce que fait le Hezbollah en Syrie, si une guerre advient contre lui, il le fera en Galilée. Ce qui signifie que la promesse de la Galilée, qui est bien sûr une promesse conditionnelle, car certains disent que c'est une promesse absolue, (non), c'est une promesse conditionnelle. J'ai dit "Le jour viendra peut-être où la direction de la Résistance vous demandera d'entrer en Galilée." Et ce jour viendra peut-être. Et la Résistance le demandera peut-être. Je ne change aucune lettre dans ma déclaration.

Eh bien, si, à Dieu ne plaise, une guerre avait lieu, et que la direction du Hezbollah prenait la décision d'entrer en Galilée, il s'agit de soldats qui ne se seront pas seulement entraînés à ce genre de guerre, ils auront pratiqué cette guerre durant des années...

Journaliste : Face à toutes les nationalités...

Sayed Hassan Nasrallah : ... et il aura des cadres. Peut-être qu'à tout le moins le soldat, celui qui a conçu cette stratégie (lancer Daech contre la Résistance), se dit maintenant "Si seulement nous n'avions pas monté cette histoire du début à la fin." Car vous savez, Mme Kawthat, dans cette histoire, à l'entraînement, on peut s'exercer autant qu'on veut, et lorsqu'on fait des manoeuvres, même massives, avec des armes lourdes, tirs d'artillerie, et des attaques de régiments, de brigades et de bataillons, le résultat est un résultat d'entrainement. Mais pour ce qui est des forces qui vont participer aux combats, des combats réels, avec des martyrs, des blessés, des souffrances, des dangers, des bombardements réels et une libération de territoire réelle, cette expérience n'est pas seulement une expérience. La volonté, la détermination, la confiance, briser les obstacles psychologiques, le prestige, le niveau de courage... 

C'est pourquoi l'épreuve syrienne, si nous sommes arrivés, avec la permission de Dieu, à une conclusion raisonnable et convenable en Syrie, comment le Hezbollah sortira-t-il de cette bataille ? Il sortira... S'il est sorti de la guerre de juillet (2006) comme une puissance régionale, il sortira de cette guerre comme une puissance militaire véritable représentant une force de libération de territoire non pas (seulement) dans la guerre de guérilla, mais même dans une guerre qui ressemble bien plus aux guerres classiques (entre nations).

Sur ce point, non, Israël est bel et bien effrayé, et non pas rassuré. En apparence, il est heureux pour le regard des autres, mais il est effrayé quant aux conséquences de cette situation, dont on ne sait pas si elles seront dans l'intérêt des Etats-Unis.

Journaliste : Tous leurs calculs étaient erronés.

Sayed Hassan Nasrallah : Oui.

Israël se prépare à une invasion de la Galilée par le Hezbollah

Sources : Documentaire d'Al-Manar Le Mur de l'Illusion (3 avril 2017), Bulletins d'informations d'Al-Manar des 20 et 21 avril 2017

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


La « Promesse de la Galilée » du 16 février 2011, dans laquelle le Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, a appelé ses combattants à être prêts à libérer le nord de la Palestine occupée durant la prochaine guerre contre "Israël", a été perçue avec inquiétude par Tel-Aviv. Mais depuis la crise syrienne et l'intervention décisive du Hezbollah, qui a porté le premier coup d'arrêt à l'expansion de Daech dès 2013, deux ans avant l'intervention russe, cette promesse a pris une réalité toute particulière. 

La crise syrienne et l'expansion de Daech, conçues comme un premier pas dans la neutralisation du Hezbollah et de l'Axe de la Résistance, ont été très bien accueillies par Tel-Aviv, qui n'a cessé d'apporter son soutien aux terroristes au prétexte d'empêcher des transferts d'armes au Liban, de même que l'implication du Hezbollah, qui a entrainé un drainage des forces de la Résistance et un recul de sa popularité dans le monde arabo-musulman. Mais le Hezbollah a acquis et déployé une expérience et un savoir-faire inestimables en Syrie, notamment dans la guerre offensive de libération de très larges portions de territoire, transformant ce mouvement de guérilla purement défensif en une organisation qui ressemble de plus en plus à une armée classique, tant au niveau des tactiques que des armements. La parade militaire d'une unité blindée du Hezbollah à Al-Qusseir en novembre 2016 avait triomphalement marqué cette transformation, adressant un défi sans précédent à "Israël".

Ainsi, loin de s'affaiblir, l'Axe de la Résistance est sorti renforcé de la crise syrienne, tant par l'alliance stratégique avec la Russie que par l'expérience acquise sur le terrain. Israël doit maintenant composer avec la présence de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah en Syrie, la perspective d'une base navale iranienne permanente à Lattaquié, et la menace de l'ouverture d'un nouveau front dans le Golan occupé. C'est pourquoi Netanyahu insiste maintenant pour que l'Iran et le Hezbollah quittent la scène syrienne.

Contrairement aux espérances d'Israël, le Hezbollah n'a jamais détourné les yeux de la frontière du sud-Liban et de la confrontation prioritaire avec l'ennemi sioniste. Après la mort de 6 de ses combattants en Syrie tués par une frappe israélienne en janvier 2015, le Hezbollah a riposté directement par une attaque qui a fait 2 morts, prouvant qu'il ne craignait pas l'ouverture d'un nouveau front contre "Israël". De plus, Hassan Nasrallah n'a cessé de menacer Israël, allant jusqu'à évoquer des frappes contre les dépôts d'ammoniaque de Haïfa, évacués depuis, et la centrale nucléaire de Dimona.

Face au risque que l'expérience syrienne ne soit effectivement reproduite en Galilée, "Israël" a procédé à un véritable travail de fortification de la frontière libanaise pour se prémunir d'une incursion du Hezbollah, transformant ce front en ligne de défense pour la première fois dans l'histoire du conflit israélo-arabe. Bien plus, "Israël" prépare l'évacuation de centaines de milliers de colons en cas de guerre avec le Hezbollah, ce qui indique à quel point la perspective d'une occupation de la Galilée par les forces libanaises est redoutée. Tout cela était inconcevable il y a dix ans à peine, sinon pour les voisins d' "Israël" régulièrement soumis aux agressions sionistes depuis 1948. 

Le Hezbollah a tourné en dérision les déclarations belliqueuses d'Israël par l'organisation d'une tournée médiatique à la frontière libano-israélienne, afin de montrer au monde entier que l'ennemi redouté d'hier est aujourd'hui occupé à se retrancher derrière des barrières illusoires censées rassurer sa population. Le documentaire d'Al-Manar intitulé « Le Mur de l'illusion », sous-titré en hébreu, montre minutieusement l'état d'avancement des travaux de terrassement menés par Israël, sous l'observation permanente du Hezbollah. La guerre psychologique, médiatique et de renseignement reste à son intensité maximale.

Sayed Hasan

lundi 17 avril 2017

Bachar al-Assad : Khan Cheikhoun est une fabrication, nous n'avons pas d’armes chimiques

Le 13 avril 2017

Interview de Bachar al-Assad, Président de la République Arabe Syrienne, par l'AFP

Source : http://sana.sy/en/?p=104255

Traduction : http://sana.sy/fr/?p=87849 (Révision : http://sayed7asan.blogspot.fr)


Transcription :

Journaliste : Monsieur le Président, je voudrais d’abord vous remercier de me recevoir pour cette interview. Monsieur le Président, avez-vous donné l’ordre d’attaquer Khan Cheikhoun avec des armes chimiques mardi dernier ?

Bachar al-Assad : En fait, personne n’a enquêté sur ce qui s’est passé ce jour-là à Khan Cheikhoun jusqu’à présent. Comme vous le savez, Khan Cheikhoun est sous le contrôle du Front al Nosra qui est une branche d’Al-Qaïda. Donc les seules informations dont a disposé le monde jusqu’à présent sont celles publiées par la branche d’Al-Qaïda. Personne n’a d’autres informations. Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos que nous avons vues sont vraies ou truquées. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé qu’une enquête soit menée à Khan Cheikhoun. Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, selon les sources d’Al-Qaïda, l’attaque a eu lieu entre 6h et 6h30 du matin, alors que l’attaque syrienne a sur cette même zone a eu lieu vers midi, entre 11h30 et 12h. Ils parlent donc de deux événements différents. Aucun ordre n’a donc été donné de déclencher une attaque. 

Et d’ailleurs nous ne possédons pas d’armes chimiques, nous avons renoncé à notre arsenal il y a quelques années. Et même si nous possédions de telles armes, nous ne les utiliserions pas. Tout au long de notre histoire, nous n’avons jamais utilisé notre arsenal chimique. 

Alors, qu’est- ce qui s’est passé ce jour-là ? Comme je viens de le dire, l’unique source de ces informations c’est Al-Qaïda, nous ne pouvons pas les prendre au sérieux.
 
Notre impression est que l’Occident, surtout les Etats-Unis, sont main dans la main avec les terroristes, et qu’ils ont monté toute cette histoire pour avoir un prétexte pour l’attaque. L’attaque n’a pas eu lieu à cause de ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. Nous sommes face à un seul et même événement : la première étape en était le spectacle auquel nous avons assisté sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, et la propagande (médiatique). La seconde étape était l’agression militaire.

C’est bien ce qui s’est produit à notre sens. Car, quelques jours seulement, 48 heures à peine ont séparé la campagne médiatique de l’attaque américaine, sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles de quoi que ce soit. Rien que des allégations et de la propagande (médiatique), puis les frappes ont eu lieu. 

Journaliste : Donc, d’après vous, qui serait responsable de cette attaque chimique présumée ?

Les Chrétiens de Syrie célèbrent la fête de Pâques

dimanche 16 avril 2017

Massacre de Halabja : qui a fourni des armes chimiques à Saddam Hussein ?

Une analyse à plusieurs niveaux de l’attaque de missiles américains sur la Syrie et de ses conséquences

The Saker, le 11 avril 2017

Source : The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Julie, relu par Hervé pour le Saker francophone

La dernière attaque de missiles de croisière américaine contre la base aérienne syrienne est un événement extrêmement important à tellement d’égards qu’il est important de l’examiner en détail. Je vais essayer de le faire aujourd’hui avec l’espoir que je serai capable d’éclairer une attaque plutôt bizarre et néanmoins lourde de conséquences profondes. Mais d’abord, commençons à regarder ce qui s’est effectivement passé.

Le prétexte

Je ne crois pas que quiconque croie sérieusement qu’Assad ou quelqu’un d’autre dans le gouvernement syrien a réellement ordonné une attaque chimique contre qui que ce soit. Pour le croire, il faudrait trouver une logique dans la séquence suivante : d’abord, Assad est quasiment en train de gagner la guerre contre Daech, qui est en pleine retraite. Puis les États-Unis déclarent que renverser Assad n’est plus une priorité (jusqu’ici, tout est factuel et vrai). Après quoi, Assad décide d’utiliser des armes qu’il n’a pas. Il choisit de bombarder un endroit sans valeur militaire, mais avec beaucoup d’enfants et de caméras. Ensuite, lorsque les Russes demandent une enquête approfondie, les Américains frappent aussi vite qu’ils peuvent avant que l’idée recueille le moindre soutien. Et maintenant, les Américains étudient la possibilité que les Russes aient joué un rôle dans cette soi-disant attaque. Franchement, si c’est ce que vous croyez, cessez immédiatement de me lire et retournez regarder la télé. Pour le reste d’entre nous, il y a trois options :
  1. Une intervention sous fausse bannière classique exécutée par les États-Unis.
  2. Une frappe syrienne sur un lieu où était stocké une sorte de gaz, éventuellement de la chlorine, mais certainement pas du sarin. Cette option nécessite que vous croyiez aux coïncidences. Je n’y crois pas. Sauf si…
  3. Les États-Unis ont fourni de mauvais renseignements aux Syriens et les ont amenés à bombarder un endroit où les Américains savaient que du gaz toxique était entreposé.
Ce qui est évident est que les Syriens n’ont pas largué des armes chimiques depuis leurs avions et qu’aucun gaz chimique n’était stocké dans la base d’al-Chayrat. Il n’y a pas de vidéo montrant des munitions ou des conteneurs qui auraient produit le gaz toxique. Quant aux enregistrements radars américains et autres, tout ce qu’ils peuvent montrer est qu’il y avait un avion dans le ciel, son cap, son altitude et sa vitesse. Il n’y a aucun moyen de distinguer une munition ou une attaque chimiques avec un radar.

Quelle que soit l’option que vous choisissez, le gouvernement syrien est évidemment innocent de l’accusation d’avoir utilisé des armes chimiques. C’est plus probablement une attaque sous fausse bannière.

En outre, et juste pour mémoire, les États-Unis avaient envisagé exactement une telle attaque sous fausse bannière dans le passé. Vous pouvez tout lire à propos de ce plan ici et .

L’attaque

Les sources américaines et russes s’accordent sur les faits suivants : deux navires de l’US Navy ont lancé 59 missiles de croisière Tomahawk sur l’aérodrome d’al-Chayrat en Syrie. Les États-Unis n’ont pas consulté les Russes sur le plan politique, mais ils les ont avertis deux heures avant par des canaux militaires. À ce stade, les récits commencent à diverger.

mardi 11 avril 2017

Vladimir Poutine sur la Syrie : les Etats-Unis rejouent la même comédie insipide qu'en Irak

Déclaration de Vladimir Poutine à la presse après une rencontre avec le Président italien Sergio Mattarella

Kremlin, le 11 avril 2017


Source : http://en.kremlin.ru/events/president/news/54267

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr


Transcription : 

[...]

Journaliste : Puis-je vous poser une question sur la Syrie ? Comment considérez-vous ce qui s'est passé ? Y a-t-il un risque d'autres frappes militaires des Etats-Unis contre des cibles en Syrie ?

Vladimir Poutine : Nous en avons parlé avec le Président [italien]. J'ai dit que ça me rappelait beaucoup 2003, lorsque les représentants des Etats-Unis au Conseil de sécurité ont montré des prétendues armes chimiques découvertes en Irak. Après quoi, une campagne militaire a été lancée contre l'Irak. Elle a entraîné la destruction du pays, la montée de la menace terroriste, et l'apparition de Daech sur la scène internationale, ni plus, ni moins.

La même chose se produit actuellement, et leurs partenaires acquiescent encore une fois de la tête. A cet égard, nos admirables écrivains [de comédies] Ilf et Petrov viennent à l'esprit, avec leur fameuse réplique « Qu'est-ce qu'on s'ennuie, Mesdames !
» On a déjà vu tout ça.

Quant à savoir pourquoi tout cela se produit... Tout le monde veut restaurer les relations au sein de la communauté occidentale, après que - grâce à l'ancienne administration US - beaucoup d'entre eux aient adopté une position anti-Trump durant les élections. La Syrie et la Russie, en tant qu'ennemi commun, fournissent une merveilleuse plateforme pour la consolidation. Nous sommes prêts à supporter tout cela pour une certaine durée, dans l'espoir que cela finira par nous mener à quelque tendance positive basée sur l'interaction. 

Pour la consommation interne des Etats-Unis, il y a également des raisons à tout cela. Pour le dire simplement, les adversaires politiques de la nouvelle administration [Trump] sont toujours actifs, et si quelque chose (de grave) devait se produire, c'est à lui qu'ils en feront porter le chapeau. Je n'ai aucun doute à ce sujet.

Quant à savoir si d'autres frappes en Syrie sont possibles, nous avons des informations venant de plusieurs sources selon lesquelles d'autres provocations - je ne saurais les caractériser autrement - de ce genre se préparent, notamment dans les banlieues sud de Damas, où ils prévoient d'utiliser quelque produit chimique, et d'en accuser les autorités syriennes.

Nous estimons que tout incident de ce genre doit faire l'objet d'une enquête rigoureuse. Nous en appellerons officiellement à l'instance de l'ONU à La Haye et à la communauté internationale pour qu'une enquête exhaustive soit menée sur ce qui s'est passé. Des mesures appropriées pourront ensuite être prises en fonction de ce que révèlera l'investigation.

Ce sera tout.