dimanche 2 juillet 2017

La série des Langelot, romans de Vladimir Volkoff pour la jeunesse (Bibliothèque Verte)

Je fais suite à la première publication partielle de mon Mémoire de Lettres Modernes datant de 2009, et consacré à Vladimir Volkoff et à son œuvre. Après la première partie consacrée à l'auteur, et déjà publiée sous le titre Un « idéologue » d'extrême droite : Vladimir Volkoff, je publie tel quel le reste de mon travail consacré à l'excellente série des Langelot, ouvrage pour la jeunesse publié sous le pseudonyme de Lieutenant X qui gagnerait à être plus connu. Les lecteurs de la série pourront s'y replonger dans un univers qui aura bercé leur enfance (comme certains ont déjà pu le faire en privé, m'invitant à publier cette partie), et ceux qui ne la connaissent pas pourront la découvrir et la faire découvrir aux enfants et adolescents.

Une première partie présente certaines thématiques de la série, une seconde propose une analyse littéraire de quelques extraits représentatifs et une troisième soutient que plusieurs ouvrages de la série sont apocryphes et n'ont pas été composés (ni même bâclés) par Vladimir Volkoff. Des interviews de l'auteur sur Langelot et une bibliographie complète sont enfin proposés.

Les illustrations ont été ajoutées pour agrémenter la lecture. 

Sayed Hasan




Introduction : Vladimir Volkoff et Langelot, deux « officiers » méconnus


 Langelot

Vous, les stagiaires, il va sans dire que vous êtes les bienvenus. Vous avez choisi le plus beau métier du monde. Celui qui nécessite un emploi total de toutes les possibilités de la personne humaine. Celui qui, à l’époque des bombes H, des camps de la mort, des destructions massives, permet encore à un homme seul de défendre efficacement sa patrie en faisant un minimum de mal à l’humanité. Bravo.
Qui plus est, vous n’avez pas seulement choisi ce métier, vous avez été choisis pour l’exercer. Choisis dans des circonstances diverses, mais avec une compétence égale. Vous êtes, au sens propre, une élite. Encore une fois, bravo.[1]

C’est en ces termes éloquents que le colonel Moriol, dans le premier ouvrage de la série, Langelot agent secret, accueille les jeunes stagiaires destinés à devenir des officiers du Renseignement au service de la France. Langelot est un héros de la littérature pour la jeunesse qui, quoique méconnu, ne s’en laisserait point conter par tous les Nancy Drew et autres Harry Potter contemporains. Brillant sous-lieutenant d’un des services secrets français les plus modernes, il incarne parfaitement les nobles valeurs auxquelles l’auteur rattache le monde du Renseignement, et, malgré sa jeunesse (l’ouvrage, publié dans la collection « Bibliothèque verte », était destiné aux préadolescents), n’a rien à envier à son alter ego adulte créé par Ian Fleming. Langelot, parangon de l’agent secret, est, au sens propre du terme, un [jeune] homme d’élite, non pas en ce qu’il détiendrait des facultés exceptionnelles, mais en ce qu’il a développé au mieux l’ensemble des possibilités physiques et morales de l’être humain, ce qui lui permet de redonner vigueur à l’idéalisme et à l’optimisme. Ses capacités physiques et intellectuelles peu communes, doublées d’une morale solide, lui permettent ainsi de se confronter à la marche de l’Histoire, tout en l’influant.
Deux thèmes sont omniprésents dans la série des Langelot, ceux-là même que met en lumière la citation du colonel Moriol, à savoir l’héroïsme et l’aristocratie, dans l’acception antique de ces termes. Le monde de la série des Langelot, celui des relations internationales durant la guerre froide, est un monde instable, violent, décrit avec force réalisme, dans toute sa subtilité ; il dévoile les rouages secrets qui meuvent l’Histoire, à la faveur de l’action des Héros de l’ombre, et montre que l'héroïsme individuel, désintéressé, la poursuite d'un idéal restent possibles dans le monde moderne. Le sérieux, voire le tragique, le disputent au plaisant : il s'agit d'amuser, certes, mais aussi d'éduquer, d'éveiller le jeune lecteur à la réalité. L’espionnage est un monde que l’auteur, Vladimir Volkoff, connaît d’expérience, tout comme ses modèles anglo-saxons, Graham Greene et John le Carré : cela lui permet d’exploiter pleinement le ressort du mystère, particulièrement attrayant pour les plus jeunes. Comme il l’affirme lui-même dans une interview en ligne, Vladimir Volkoff a écrit la série des Langelot pour défendre ce en quoi il croyait, à savoir « la patrie, le courage physique, la fidélité, la joie du danger, le charme féminin ». Autant d’ingrédients nécessaires au succès d’un ouvrage pour la jeunesse, et ce sans négliger la qualité de la plume et la densité de la réflexion, qui, hélas, ne vont pas toujours de pair avec la popularité des séries.

Vladimir Volkoff

« Le niveau de la classe intellectuelle française est bien à la hauteur du silence qui a accompagné son départ. Imaginons la mort de je ne sais quel histrion de sixième catégorie : des pages entières dans les journaux lui auraient été consacrées, des montagnes de gerbes auraient été déposées devant son cercueil. Il y aurait eu des émissions spéciales dans les chaînes dites de grande diffusion, dans les grands journaux. Silence. Silence radio. Ceci est bien à l’image de ce qu’est devenue l’intelligence de ce pays.[2] » C’est en ces mots que Bernard Lugan, ami intime de Vladimir Volkoff, prononce l’oraison funèbre du défunt au lendemain de son enterrement, qui pour ainsi dire est passé inaperçu.
Comme le montre assez notre Avant-propos [non publié], nous ne pouvons guère considérer Vladimir Volkoff comme un grand écrivain – et c’est d’ailleurs pourquoi nous ne l’avons nullement évoqué dans cette dissertation littéraire. Vladimir Volkoff n’est qu’un homme d’un certain talent : le talent peut suffire à écrire de brillants ouvrages pour la jeunesse, mais il ne suffit pas à écrire de véritables romans dignes de ce nom.
Nous ne souscrivons donc que partiellement aux propos de Bernard Lugan. Nous estimons, et c’est là un jugement par contumace[3], que la plupart des pseudo-écrivains contemporains n’ont pas plus de « talent » que Vladimir Volkoff ; si d’aucuns tenaient en estime la « littérature » contemporaine, il nous semble qu’ils gagneraient à le connaître. Rendons dès maintenant cette justice à Vladimir Volkoff, il ne fut pas une âme mercenaire : c’était un « vieil écrivain français d’origine russe, ramant toujours à contre-courant, semi-raté, mais avec des entrées et des contacts de ci de là, des lecteurs un peu partout, une autorité limitée qui lui était venue tardivement mais venue tout de même, parce qu’il ne s’était jamais vendu à personne…[4] »
Pourquoi donc traiter un auteur qui, pour nous, est littérairement négligeable[5] ? Car c’est bien la série des Langelot, non son auteur, qui nous intéresse : nous la considérons, objectivement comme un joyau de la littérature pour la jeunesse de la seconde moitié du XXe siècle, et subjectivement comme une série qui a bercé notre enfance, et qui, en tant que telle, a pu contribuer à notre développement. Nous intéressant de près, à titres personnel et professionnel, aux enfants et à leur éducation, et étant consterné par les inepties dont ils sont quotidiennement abreuvés – qu’elles soient « littéraires », télévisuelles ou multimédia –, nous aimerions contribuer à faire connaître cette série, qui, d’après notre expérience, enthousiasme les plus jeunes, tout en leur permettant, en plus d’acquérir un riche vocabulaire, d’élever leurs vues et d’aborder sérieusement des questions éthiques et philosophiques complexes.

Première partie : Vladimir Volkoff


Déjà publiée sous le titre Un « idéologue » d'extrême droite : Vladimir Volkoff


Deuxième partie : Langelot



I.                   Présentation de la série

A. Langelot agent secret

Genèse 

La série des Langelot a été initialement publiée entre 1965 et 1986 dans la Bibliothèque verte, mythique collection des éditions Hachette destinée aux enfants et préadolescents[6]. Louis Hachette avait créé la Bibliothèque rose en 1856 après une rencontre avec le Comte de Ségur, qui lui avait parlé des histoires que sa femme inventait pour ses propres enfants : ainsi la Comtesse de Ségur sera-t-elle la première auteure à publier des ouvrages dans cette collection. La Bibliothèque verte, quant à elle, fut créée en 1924 : sa vocation première était de rééditer les grands classiques de la littérature pour la jeunesse, en particulier les auteurs du fonds Hetzel (Jules Verne, etc.). En 1948, les premières nouveautés apparaissent, notamment plusieurs séries qui connaîtront un grand succès : Alice (Caroline Quine), Les Six Compagnons (Paul-Jacques Bonzon), L’étalon noir (Walter Farley) Michel (Georges Bayard), Les trois jeunes détectives (Robert Arthur, sous l’illustre prête-nom d’Alfred Hitchcock), etc.


C’est en tant que traducteur que Vladimir Volkoff fait ses débuts chez Hachette : 

[Un ami[7] ayant] publié avec succès des livres chez Hachette jeunesse, il m’introduisit dans cette maison pour laquelle je fis office de lecteur et traduisis Pickwick, Mary Poppins, Hitchcock et bien d’autres. Surtout j’y créai, sous le pseudonyme de Lieutenant X, la série ‘Langelot’ à laquelle je travaillai pendant quelque vingt ans avec autant de conscience et de plaisir qu’à mes autres livres. Les quarante titres sortis, dont certains furent traduits en turc, en indonésien, en afrikander, sans parler de l’allemand ou de l’espagnol, me donnèrent pendant quelque temps une indépendance qui me permit ‘d’aller voir ailleurs si j’y suis’.[8]


Le succès de cette série fut tel – les ventes dépassèrent rapidement le million d’exemplaires – qu’il permit à Vladimir Volkoff d’obtenir une autonomie financière qui lui fut précieuse[9]. Précisons que son premier roman de science fiction, Métro pour l’enfer (Prix Jules Verne 1963), fut également publié chez Hachette.
Pourquoi publia-t-il cette série sous le pseudonyme sibyllin de Lieutenant X ? Est-ce pour préserver son identité, comme le ferait un agent de renseignement ? Est-ce par coquetterie, pour entourer ces romans d’un halo de mystère, délicieusement suggestif dans le cadre des aventures d’un agent secret ? Même si ces présomptions sont séduisantes, elles sont assez éloignées de la réalité, plus prosaïque. Interrogé à ce sujet, Vladimir Volkoff répondait : 

Il est difficile en France d’être pris au sérieux comme écrivain pour adultes si on a du succès comme écrivain pour la jeunesse. J’ai donc décidé de suivre les deux carrières parallèlement, dont une sous pseudonyme. Lorsque je me suis considéré assez connu dans l’une des incarnations, j’ai jeté le masque.[10]

Il va sans dire que c’est avant tout la grande qualité de cette série qui est à l’origine de son succès ; cependant, il n’est pas invraisemblable que l’atmosphère de secret qui a nimbé cette série durant des années ait pu, en aiguisant sa curiosité, partiellement contribuer à fidéliser le lectorat des Langelot.

Le monde du renseignement

Le thème de l’espionnage est commun à Vladimir Volkoff et à son modèle, Graham Greene. Il explique en ces termes l’intérêt qu’il a pour lui : 

L’espionnage m’intéresse beaucoup, à plusieurs titres. Le monde de l’espionnage est pour moi ce que la Corse a été pour Mérimée, ce que l’Italie a été pour Stendhal : c’est le monde où l’action est encore possible. Et dans la mesure où à mon avis le poète se doit de chanter l’action, il est normal que je prenne certains de mes thèmes dans l’espionnage ; pas tous, bien entendu, j’ai écrit d’autres choses qui n’ont rien à voir avec l’espionnage.
D’autre part, il me semble que l’espionnage fait prendre conscience du fait – c’est ce que Hamlet disait dans Horatio – du fait que le monde n’est pas ce qu’il semble être, que les apparences sont flatteuses, quelquefois, ou au contraire qu’elles sont fictives, qu’elles sont mensongères, et lorsqu’on décrit le monde de l’espionnage, on en prend très vivement conscience.[11]

Le monde de l’espionnage constitue donc, en quelque sorte, la geste contemporaine. L’action est en effet une composante majeure de la série des Langelot, depuis son recrutement dans le premier épisode par le capitaine Montferrand, qui est son supérieur direct et également son mentor, voire son père adoptif : enlèvements, assassinats, attentats terroristes, conflits armés internationaux, actes de piratage et de subversion, coups d’état et révolutions constituent le quotidien à la fois énigmatique et atroce du héros éponyme. Atroce, car les principales victimes de ces crises internationales sont souvent les plus démunis, qu’il s’agisse d’individus particuliers (le scientifique Elie Barrière dans Langelot et les Exterminateurs, la paraplégique Andrée Clair dans Langelot et l’Avion détourné) ou de peuples entiers (la courageuse population de la Côte-d’Ebène, ou encore celle de « 4584 »). Enigmatique, car la réalité est souvent bien plus complexe qu’elle n’y paraît : les séquestrés sont volontaires (Langelot lui-même dans Langelot agent secret ou Langelot kidnappé, Noémi Gracieux, la secrétaire de Cordovan dans Langelot et le plan rubis), les transfuges sont délégués par leurs services respectifs (Daniel Sluni dans Langelot fait le malin, le colonel Chibani dans Langelot kidnappé, Langelot dans Langelot passe à l’ennemi), les coupables semblent au-dessus de tout soupçon alors que les principaux suspects sont innocents ou même victimes (le colonel Moriol dans Langelot agent secret, Bertha Mann dans Langelot contre Monsieur T., M. Burton dans Langelot mène la vie de château).

Le capitaine Montferrand et sa sempiternelle pipe

« Je suis né Janus, je suis né avec le sens du double[12] », déclare Vladimir Volkoff. Ce thème du double est omniprésent dans la série, et entretient inextricablement les doutes et les équivoques : les déclarations mensongères de Georgette – sosie de Graziella –, priment sur les sincères démonstrations de fidélité du Président Andronymos[13], la boîte aux lettres du réseau de Monsieur T. se révèle être non pas les poches du véritable amiral Sir Horace Tristram, mais celles de son effigie en cire au musée Tussaud (Langelot pickpocket),  Langelot se fait involontairement le complice des saboteurs en confondant le véritable climatiseur Foster avec sa copie défectueuse (Langelot et les cosmonautes), le colonel Chibani capture non pas le fameux Propergol, mais son innocent sosie, le bien-nommé M. Saupiquet (Langelot et l’Avion détourné), et les innombrables fans de Julio forment un cortège funèbre autour de sa statue (Langelot garde du corps) – sans parler des sosies de Monsieur T. (Une offensive signée Langelot), de l’espièglerie des Trois Grâces, sœurs jumelles (Langelot fait le malin), ou même des identités réelles et supposées de l’homme au burnous : Malek, Ikhlef ou Langelot (Langelot et le fils du Roi) ?
Langelot côtoie intimement le monde souterrain de l’ombre, et accède à la réalité dont le grand public ne discerne que les apparences, soigneusement falsifiées par les Etats, qui, ce faisant, ne prétendent pas tant se protéger eux-mêmes que protéger leurs populations. Ainsi, dans Une offensive signée Langelot, une conspiration terroriste dont le but est de mettre la France à feu et à sang est-elle présentée au public comme une innocente réclame publicitaire :

Comme il arrive fréquemment dans les conflits modernes, les peuples n’allaient apercevoir que les signes extérieurs d’une lutte dont ils ne soupçonneraient même pas l’existence, bien qu’elle dût se dérouler presque sous leurs yeux.
Tout le monde avait pu lire dans les journaux le récit d’une explosion qui avait eu lieu à Reggane, quelques mois plus tôt ; tous les téléspectateurs qui observaient le petit écran le 10 mars à dix heures du soir furent témoins de la première apparition publique de Monsieur T. ; trois jours plus tard, il suffit de consulter la presse pour lire le récit d’un succès balistique français… et cependant on pourrait compter sur les doigts les personnes qui surent établir un lien entre les trois affaires ![14] 

De même, dans Langelot sur l’île déserte, la destruction de l’arsenal d’une puissance hostile à la France qui lui dérobait ses redoutables innovations militaires (le projet Parques en trois étapes, Clotho, Lachésis et Atropos, concernait le développement de nouveaux engins mer-mer) est présentée au public comme une innocente éruption volcanique : 

Autre nouvelle sensationnelle, reprit l’annonceur, l’île inhabitée de Chagui-Chagui, située au nord-est des Marquises, et qui, comme chacun sait, fait partie d’un archipel dont l’appartenance fait l’objet de contestations entre plusieurs pays, vient… d’exploser. Il n’en reste pratiquement plus rien. Les savants pensent à une éruption volcanique ; des petits plaisantins prétendent au contraire  qu’il s’agit de l’explosion d’un dépôt secret de torpilles ou de fusées, mais, selon toute probabilité, ce sont une fois de plus les gens sérieux qui ont raison.[15] 

Avec une ironie mordante, Vladimir Volkoff rappelle à ses lecteurs que le lot des hommes clairvoyants, dans le monde illusoire qui est le nôtre, est la raillerie. Personne n’est assez ingénu pour croire que tous les secrets d’Etat nous sont dévoilés en temps réel, que nos journaux sont assez informés – ou courageux – pour nous enseigner les véritables causes des guerres, des crises, etc., pas plus qu’il ne se trouve d’individu assez paranoïaque pour s’imaginer que tout ce que nous lisons et entendons n’est que mensonges. Mais il y a une position intermédiaire, qui est de croire que nous ne connaissons pas toute la vérité, et qu’il est souvent dans l’intérêt des puissants de nous tromper – voire que c’est dans notre propre intérêt.


            Ainsi Vladimir Volkoff invite-t-il ses lecteurs au doute et à la perspicacité, non sans mettre en avant le mérite des « chevaliers de l’ombre » que sont les agents secrets, qui, loin des feux de la rampe, affrontent anonymement d’effroyables périls : 

Puis [Choupette] réfléchit que c’était là le destin d’autant plus noble que moins glorieux des agents secrets : détruire dans l’ombre des dangers que le public devait toujours ignorer.[16] 

Langelot est, bien plus qu’un simple héros désintéressé, le parangon même de l’aristocrate qui élève sa vocation au rang d’art : le crédo Parnassien, pour n’être pas celui de Vladimir Volkoff, pourrait bien être celui de Langelot.

B. Thèmes représentatifs

Etre et paraître

Avec ses dix-huit ans, son visage innocent, la mèche blonde qui lui barrait le front en diagonale, son blue-jean et son chandail vert à col roulé, il avait plutôt l’air d’un adolescent yéyé que d’un officier de l’armée française. C’en était un pourtant, et qui avait fait ses preuves ![17]

L’apparence innocente de Langelot ne lui est pas naturelle, c’est une affectation, une pose : même si ses traits s’y portent particulièrement bien, il prend délibérément l’air naïf afin de passer inaperçu, d’avoir l’air inoffensif, son métier consistant avant tout à faire semblant, à ne pas avoir l’air[18]. Cependant, Langelot lui-même ne laisse pas d’être trompé par les apparences de ses aînés, comme en témoigne sa première rencontre avec Pierrot dit « La Marmite », l’intrépide officier de la Section Action avec qui il mènera deux missions particulièrement dangereuses : 

Le visage de Langelot se rembrunit : ce mollasson, tout juste bon à siéger derrière un guichet de banque, entre un déjeuner et un dîner trop copieux, allait être son chef de mission ! Cela ne lui plaisait guère.[19]

Lorsque le malentendu est levé, Pierrot, qui, fort de son expérience, ne s’était pas laissé prendre aux allures de garçonnet de Langelot, ne manque pas de le sermonner amicalement : 

Tu vois, dans notre métier, c’est ça, le principal : ne pas avoir l’air. Toi non plus, avec ton physique de chérubin, ta petite mèche blonde attendrissante, tes ‘mon lieutenant’ à tout bout de champ, tu ne parais pas être un dur. Et pourtant…[20]

Langelot et Pierrot à Miami, déguisés en réfugiés cubains

Le monde du renseignement, nous l’avons vu, est un monde trompeur, fait de masques et de mensonges, et où les indices ne sont révélateurs qu’à rebours. La maladresse de Timothée, balayeur, est un témoignage de sa duplicité (« A l’air gauche du vieux balayeur, on voyait bien qu’il n’avait jamais touché une arme de sa vie.[21] »), les suppositions les plus absurdes se révèlent les plus pertinentes (à Langelot qui leur demande s’il y a des agents secrets sur l’île de Paradisos, les Trois Grâces répondent en pouffant : 

C’est une supposition absurde, fit la blanche. Vous voyez Mme Elephantopoulos, par exemple, en train de faire de l’espionnage ?
- Ou la mère Skarford ? renchérit la jaune. Ce serait aussi grotesque que de supposer que vous êtes un espion vous-même, Daniel.[22]

Bien entendu, ces hypothèses loufoques au premier abord s’avèreront toutes on ne peut plus justes. De même que dans le congrès d’agents secrets qu’est l’Association internationale des jeunes de bonne volonté, le plus habile des espions se révèle être celui qui affirme ostensiblement sa qualité d’agent de renseignement :

« ‘Dans notre course à l’idiotie congénitale, j’ai remporté le pompon. Je suis définitivement classé comme benêt. Pour un agent secret, c’est le meilleur commencement possible.’ (…) Les délégués qui n’avouaient pas leur appartenance à un service de renseignements et commettaient à dessein bévue sur bévue se croyaient bien autrement malins que le sergent Pichenet[23]. »

Ces interminables jeux de rôle, ces vertigineux 

L’ennemi est parmi nous. Nous le savons. Mais il ne faut pas qu’il sache que nous le savons.[24]

peuvent contribuer à aiguiser le sens critique du jeune lecteur, désireux de pouvoir lui-même déchiffrer les indices dont l’auteur parsème ses ouvrages, à l’image de Langelot – et, par extension, considérer le monde d’un regard moins naïf.

Solitaires mais solidaires

Une sorte de fatigue anticipée leur vint, la fatigue de tous les mensonges qu’ils allaient se débiter. Et aussi la première tentation : après tout, puisqu’ils savaient tous les deux pourquoi l’autre était là, quel mal y aurait-il à jeter le masque? On a toujours besoin d’un ami, d’un confident. Pourquoi ne se rendraient-ils pas le service d’échanger un peu de vérité dans le monde de fiction où ils entraient?
Ils se retinrent pourtant, car on les avait bien mis en garde au moment de la signature du contrat. La solitude, leur avait-on dit, sera votre lot, et il faut que vous en fassiez l’apprentissage dès maintenant. Non pas la solitude dans l’isolement, mais la solitude dans le monde, la plus terrible.[25]

Dès le premier ouvrage de la série, les stagiaires, dont Langelot et Corinne ici en scène, sont initiés à la solitude, qui sera leur lot, le plus haut service de l’Etat requérant une discrétion absolue, et n’étant guère compatible avec une vie sociale « normale ». Langelot, en effet, n’a presque pas d’amis, hormis le Professeur Roche-Verger et surtout sa fille Choupette (« les seuls amis qu’il eût au monde[26] ») : il a des frères d’armes dans son service (Alex, Charles, Gaspard, Pierrot, etc.) qui apparaissent ponctuellement, et, bien entendu, d’éphémères mais très nombreuses conquêtes féminines. 

L'aspirant Gaspard et sa dangereuse manie des déguisements
 
            C’est dans son métier que Langelot se réalise pleinement, et c’est là qu’il y trouve sa seule famille : on ne lui connaît guère d’autres attaches, et le premier ouvrage de la série, Langelot agent secret, laissait entendre que parmi toutes les « qualités » qui l’avaient amené à être sélectionné par le SNIF, son statut d’orphelin était loin d’être sans importance. Ne pas avoir d’attaches, est-ce là le seul moyen de se dévouer au bien commun, c’est-à-dire à tous ? Montferrand, qui traite Langelot comme un fils, semble être d’autant plus sensible à ce problème que lui-même est marié et père de 4 enfants.
            Langelot n’est pas imperméable à quelques crises de mélancolie, comme l’atteste cet extrait :

[Langelot] se disait que c’était triste d’avoir une aussi jolie voiture bleu roi, avec des sièges en pleine peau et une trompe musicale, et d’y parader tout seul. 
Mais quoi ! Les agents secrets vivent seuls. C’est leur destin. Solitaires mais solidaires était la devise du SNIF. Ce soir, n’étant entré dans ce petit bal que pour y admirer le bonheur des autres,  Langelot se sentait moins solidaire que solitaire, mais cette petite crise de mélancolie allait passer aussitôt qu’il aurait repris son travail, qui le passionnait.[27]
           
On peut interpréter son attachement à des objets (sa Midget, son 22 Long Rifle) comme un effet de compensation.

Langelot pickpocket

            L’univers de Langelot

            L’univers des Langelot est tout sauf un monde idéalisé, et l’aguerrissement est une des conditions indispensables à la survie. Langelot affronte des individus sans scrupules, comme le SPHINX, une association internationale de malfaiteurs – le héros de Ian Fleming affrontait le SMERSH et le SPECTRE – dont un membre éminent, Sidney dit « La Gélatine », a juré la perte de Langelot : 

Ils ne connaissaient ni les principes de la morale, ni la souveraineté des nations. Ils n’avaient qu’un seul dieu : Mammon, qu’une seule règle de conduite : la règle à calcul. Leurs « actions » ne visaient qu’à en acquérir d’autres ; leurs « obligations » leur rapportaient mais ne les obligeaient à rien ; les « valeurs » sur lesquelles ils fondaient leur existence étaient toutes cotées en Bourse. Quant à la vie humaine… Aucune décision ne fit l’unanimité aussi facilement que celle que l’un des Sept venait de proposer à l’approbation des six autres, et qui consistait à capturer (c'est-à-dire kidnapper), à interroger (c'est-à-dire malmener) et à éliminer (c'est-à-dire assassiner) certain garçon de dix-huit ans nommé Langelot.[28] 

Sidney la Gélatine et le SPHINX

Le brio de cette description ne dissimule nullement les sinistres méfaits perpétrés par ces hommes sans scrupules. Dans le monde souterrain que côtoie Langelot, l’humanité apparaît dans toute sa bassesse, et les réalités les plus sordides sont présentées sans la moindre censure – si censure il y a, elle n’est que formelle, et réside dans la légèreté et l’humour qui parsèment ces ouvrages. Certains passages semblent même brûlants d’actualité (rappelons-nous que ces ouvrages furent composés dans les années 1960 et 1970), tel ce complot de M. T. visant à réduire la France à feu et à sang :

Plus probablement comme une chaîne de sabotages d’envergure réalisés par armes nucléaires, bactériologiques ou thermiques, répondit Snif. Des sabotages de ce genre éclatant en des points sensibles suffiraient à déclencher plusieurs guerres civiles et probablement quelques guerres nationales. La confusion qui en résulterait permettrait à des groupes bien armés de s’emparer de tous les points de commande. Imaginez qu’un organisme quelconque menace de répandre la lèpre à travers la France, et vous verrez si une bonne partie de la population ne réclame pas la capitulation immédiate des forces de l’ordre ![29] 

La responsabilité qui pèse sur les épaules de Langelot, responsabilité qu’il partage avec ses camarades, constitue un fardeau écrasant, car il s’agit de la sécurité de tout un peuple, de toute une nation, qu’il s’agit de protéger à leur insu, voire malgré eux. Ce propos, quelque peu paternaliste, repose sur la prise en compte de l’un des fondements de nos sociétés modernes, à savoir l’individualisme : les particuliers ne pensant qu’à leurs intérêts propres, il serait du ressort de ces hommes d’élite, désintéressés, d’agir en fonction de l’intérêt général.
               Langelot se devant d’affronter des périls toujours plus grands, il se doit d’avoir une parfaite maîtrise de soi : en effet, les épreuves physiques, psychiques et morales auxquelles il est confronté ne sont jamais théoriques, elles impliquent au contraire des questions de vie et de mort, dans des circonstances souvent critiques. Pour mener une telle vie, des aptitudes exceptionnelles sont nécessaires, mais non suffisantes : afin de préserver ses facultés, Langelot est astreint à des exercices quotidiens draconiens :

Entre deux missions, Langelot menait la vie de tous les agents secrets que le S.N.I.F. maintenait en réserve : deux heures d’entraînement physique, deux heures d’exercices radio, deux heures de travaux techniques, une heure de tir, une heure de lecture d’actualité, voilà sa journée. Les permanences en plus, naturellement. En fait, ces périodes de repos étaient souvent plus fatigantes que les missions elles-mêmes qui comportaient toujours des temps morts. Mais lorsqu’on a tâté d’une vie dangereuse, riche de surprises, chargée d’électricité, le reste commence à paraître fade.[30]

Le danger, loin de constituer un facteur répulsif, est l’indispensable condiment de cette vie aventureuse, à tel point que Montferrand exhorte constamment son intrépide subordonné à la prudence, à la modération : 

‘Il n’y a que les faux braves qui font étalage de témérité, vous savez cela. Votre entraînement a coûté assez cher à l’Etat, pour que nous ayons soin de votre vie.’
Quand Montferrand commençait à parler de ce que l’entraînement d’un agent secret coûtait à l’Etat, cela cachait généralement des sentiments plus humains qu’il ne voulait pas confesser.[31]

Cependant, bien souvent, le devoir de Langelot consiste « à se jeter dans la gueule du loup, avec pour mission de se faire croquer.[32] » Grâce à son inébranlable volonté, à la force du désespoir, il brave les dangers les plus insensés, conformément au précepte de Guillaume d’Orange qu’il a fait sien : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.[33] » Prisonnier de Sidney dans l’île aux Squales, il n’hésite pas à se jeter à la mer sur la base d’une simple supposition, en se tenant le raisonnement suivant : 

Oh ! je sais bien, se dit Langelot. Selon toute probabilité, je me noierai avant d’arriver à l’autre bout du tunnel. Si je ne me noie pas, c’est que les requins m’auront mangé. Si les requins ne me mangent pas, je n’aurai jamais la force de nager jusqu’à la côte.  Et si j’y parviens, ce sera trop tard. Mais tout cela signifie-t-il que j’aie le droit de ne pas essayer de sauver ordhOHKFKFHordon, puisque telle est ma mission ?[34]

Prisonnier de Sidney sur l'île aux Squales

Bien plus qu’un fol espoir, c’est bien le sens du devoir qui meut ici Langelot, ainsi, peut-être, qu’une foi quasi superstitieuse en sa bonne étoile, qui l’a si souvent sauvé de situations désespérées : 

Ce jour-là, comme d’habitude, le jeune sous-lieutenant eut de la chance. Rien d’étonnant à cela : la plupart des agents secrets n’ont pas à se plaindre de leur étoile, puisque, selon un dicton du SNIF, ‘dans ce métier-là, on n’a jamais la guigne très longtemps : on n’en est pas encore fatigué qu’on en est déjà mort.’[35]

            Langelot, en véritable homme d’élite, est doté de cette vanité particulière qui l’amène à exiger l’impossible de lui-même, à se reprocher sa nature même d’être humain lorsqu’elle se traduit par une faiblesse. Ainsi demande-t-il à Sélima : 

Racontez-moi ce qui s’est passé après que j’eus perdu connaissance comme un idiot.[36]

Langelot, avec un dépit qu’on suppose sincère, se reproche ici d’avoir succombé à un puissant courant électrique... Il se refuse à toute déficience physique, et même à toute faiblesse intellectuelle : lorsqu’il essaie de libérer Noémi Gracieux, qu’il croit prisonnière, et que celle-ci le fait basculer dans le vide, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol, vers une mort certaine, il s’invective en ces termes – pour ne pas avoir deviné plus tôt qu’elle était de mèche avec ses « ravisseurs » : 

Idiot ! Idiot ! Triple idiot ! s’insultait-il lui-même. Si dans trois secondes je m’écrase sur ce pavé, je n’aurai que ce que je mérite. Ce portrait, cette odeur d’éther, ces menottes, cette chemise de nuit… J’aurais pourtant dû comprendre.[37]

Ce n’est donc pas sa vie que voit défiler Langelot, mais ses erreurs, et on aurait presque l’impression qu’avoir échoué à sa mission lui pèse plus que la perspective de mourir. Cette intransigeance vis-à-vis de soi est un stigmate éloquent de l’élitisme très particulier de Langelot.

Humour

Langelot se caractérise enfin par son humour certain, et par un véritable sens de la répartie. Suivant les inclinations généreuses de son cœur, il est prêt à faire ses excuses à Edmond – qu’il a jeté dans une piscine – à la seule condition que celui-ci fasse des excuses à sa sœur, à qui il avait d’abord lui-même fait subir ce traitement, mais Edmond refuse : 

« - Vous n’avez pas l’air de quelqu’un que j’aurais plaisir à fréquenter.
- Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus réciproques’, répondit Langelot en saluant très bas.
Les rires fusèrent.
‘Vous pouvez faire le clown tant que vous voulez, dit Edmond, mais…
Je ne serai jamais aussi drôle que vous ? lui souffla Langelot.[38] »

A Greg qui le menace de surprises désagréables, Langelot rétorque : 

Venant de toi, riposta Langelot, si c’est désagréable, ce ne sera pas une surprise. Et si c’est une surprise, ce sera sûrement charmant.[39]

A Rachid l’autoritaire qui l’envoyait sans ménagement chercher sa blague à tabac, Langelot répondait : « Ta blague ? Sans blague ! », avant de lui proposer de faire cette démarche s’il consent en échange à lui apporter son petit déjeuner au lit[40].
Un extrait de Langelot fait le singe mérite d’être cité plus longuement à cet égard, car on y voit notre héros face à un rustre au physique de fort des halles qui malmène un vieil homme particulièrement noble, le Professeur Boulle, digne épigone de Rousseau menant son propre projet du « Bon Sauvage » avec d’autres idéalistes inoffensifs parmi lesquels s’est infiltré Langelot, et dans lequel le bien-nommé Brutus vient semer le trouble : 

M. Brutus était grand, large, fort, avec un cou de taureau, des bras comme des marteaux-pilons. L’expression de son visage carré était franchement sinistre.  […]
« - Salut, toubib, dit Brutus.
Ça marche bien
Dans le patelin ?
Et comment ça va
Avec tous vos gars ?
Si vous n’en êtes pas content, il faut le dire. »
Boulle et Brutus se dévisagèrent froidement. […] Du regard dont un adjudant fait la revue des sacs à paquetages, Brutus parcourut ses futurs camarades. Après réflexion, il se décida à leur serrer la main.
« Mes hommages
A la petite fille sage.
Salut,
Chevelu !
Comment ça va,
Tête-à-ras ?
Et toi, ça-va-t’y,
Mon petit ? »
Content de ces rimes approximatives, il éclata d’un rire sec, sans même ouvrir la bouche. Lola, Cuirassier et Roubaix ne trouvèrent rien à répondre, mais Langelot répliqua du tac au tac :
Comment vas-tu,
Monsieur Brutû ? »
Brutus maintint la main de Langelot dans son énorme poigne et commença à serrer. Les yeux du gros homme et ceux du jeune garçon se rencontrèrent.
« Je ne me rappelle pas t’avoir permis de me tutoyer, prononça Brutus entre ses dents.
-          Moi, je te le permets bien volontiers », fit Langelot.
D’une brusque détente du poignet, il écarta le pouce de Brutus, qui craqua dangereusement, et il reprit possession de sa propre main. Brutus regarda son pouce d’un air surpris, comme si c’eût été la première fois qu’il s’en voyait trahi.[41]


Langelot est également caractérisé par une insolence naturelle, qui se manifeste surtout face aux individus arrogants, comme le noble hôte de la compagnie LVDC (La Vie de Château, qui pratique des tarifs exorbitants, ce qui amène Langelot à la rebaptiser « Lâchez Vos Dollars, Clients ») : 

« Vous, guide, dit-il à Langelot, je vous autorise à vous retirer. On vous servira à dîner dans le petit salon. Je suis peut-être un peu vieux jeu, vieille France, ma chère Peggy, mais je n’aime pas à mélanger les…
- Les torchons et les serviettes ? demanda Langelot. Tout à fait d’accord avec vous. Avec votre permission, je dînerai à l’office. A choisir, je préfère infiniment un vrai chef à un faux seigneur.
- Je vous ferai jeter à la porte de L.V.D.C. ! gronda Agénor en rougissant de colère. Petit malotru !
- Le petit, dit Langelot en s’inclinant très bas, cède la place au grand. »
Et il sortit la tête haute.[42] »

Relevons enfin cette pensée insolente que Langelot n’exprime pas, du fait des impératifs de sa mission, face à un soudard récemment promu inspecteur des douanes, après un coup d’Etat dans un pays africain : 

Le policier essaya le sifflet à roulette, et parut même prendre plaisir au son strident qu’il en tira, car il recommença plusieurs fois. Langelot pensa lui demander si cela lui rappelait le temps où il était agent de la circulation, mais préféra s’abstenir.[43]

Langelot n’est superbe qu’avec les arrogants, du fait de son sens inné de la justice, et de son tempérament chevaleresque, mais il fait preuve d’une très grande douceur avec les opprimés – et surtout lorsque ce sont de charmantes jeunes filles comme la sœur d’Edmond, qui craint l’eau depuis que ses parents sont morts noyés, ou Lola, qui voue une admiration sans borne au Professeur Boulle.

II. Héros pour la jeunesse ?

Langelot l’angélique

L’atmosphère immédiate de la série des Langelot est bien évidemment délicieusement enfantine, du fait des contraintes des lois régissant la publication des œuvres pour la jeunesse (Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse) : 

Aucun Langelot n’a jamais été ‘censuré’, à cela près qu’à l’époque où je les écrivais, certains thèmes ne devaient pas être abordés dans la littérature pour la jeunesse. Ainsi la règle du jeu supposait que Langelot pouvait blesser mais non pas tuer, que les activités sexuelles seraient passées sous silence, et qu’il ne serait à aucun moment question de sujets religieux, au nom de la sacrosainte laïcité.[44]

Le nom même de Langelot (est-ce un prénom ou un nom de famille ?) évoque à la fois le chevaleresque héros de Chrétien de Troyes[45] et l’angélisme naturel du jeune agent secret, qui a véritablement l’aspect et souvent les manières d’un chérubin.
Le thème de la chevalerie, omniprésent dans les Langelot, apparaît dès le premier ouvrage de la série, Langelot agent secret : comme l’affirme le colonel Moriol aux stagiaires du navire-école Monsieur de Tourville, qui sont initiés au métier du Renseignement, 

Les officiers des services spéciaux sont les chevaliers des temps modernes : ils se battent seuls, contre un ennemi toujours supérieur en nombre et en puissance ; ils n’accèdent jamais aux récompenses publiques ; ils résistent sans cesse aux tentations les plus insidieuses ; leurs missions exigent d’eux un empire souverain et constant sur eux-mêmes ; leur code moral, s’il n’est pas tout à fait identique à celui de la masse, est le plus exigeant de tous les codes connus. D’autres se battent à la lumière des grandes passions patriotiques ou humanitaires. Nous, pour l’honneur seul (…) Et aussi pour le plaisir, parce que nous aimons ça.[46] 

Langelot est une véritable incarnation du ‘chevalier courtois’, et ne manque pas de venir en aide aux opprimés, souvent de charmantes jeunes filles, ce qui ne gâche  bien évidemment rien : qu’il s’agisse de la douce Francia raillée par l’abject Greg durant une audition (Langelot chez les Pa-pous), de la belle Line, malmenée par Charlie, une brute qui veut lui forcer la main au bal Pernette (Langelot sur la Côte d’Azur) ou de la délicieuse Mirabelle et de sa phobie de l’eau, que son odieux cousin Edmond jette dans une piscine (Langelot en permission), Langelot ne manque jamais d’intervenir. Et, bien entendu, malgré son ton badin, il est redoutablement efficace : le premier atterrit dans une batterie (composée de « tambours, cymbales, grosses caisses, calebasses[47] »), le second, malgré l’aide de son compère Clapan, est par deux fois réduit à une « retraite stratégique » – le « compère », quant à lui, passe par la fenêtre et s’écrase dans un massif de rhododendrons –, et le troisième, malgré son élégant costume, est lui-même jeté à l’eau. 

Le capitaine Montferrand ne manque pas de taquiner Langelot à ce sujet : 

« Vous et vos alliées ! dit Montferrand. Je ne crois pas encore vous avoir donné une seule mission sans que vous vous soyez arrangé pour y mêler une jolie fille. Car elle est jolie, votre alliée, n’est-ce pas ?
- Euh… je ne sais pas… c'est-à-dire, oui : très jolie, mon capitaine, répondit Langelot en rougissant jusqu’aux oreilles. »

Dorothée Thyrst, Langelot et la Danseuse
Graziella Andrynymos, Langelot et l'Inconnue
Corinne Ixe, Langelot Agent Secret
Liane Dotrante, Langelot sur l'Ile déserte
Chiquita Cavalcantes, Langelot et le sous-marin jaune
Véronique Chevrot, Langelot et le satellite
Clarisse Barlowe, Langelot et les Saboteurs
 Quelques « alliées » de Langelot

Quant à l’aspect séraphique du jeune agent secret, c’est un des poncifs de la série : dans Langelot chez les Pa-pous, où il prendra justement le pseudonyme de Séraphino, il interprète des chansons que lui a apprises sa « môman », non sans les assaisonner de son crû : 

Au clair de la lune,
Mon ami pa-pou
Prête-moi ta plume
Pour n’écrire rien du tout.[48]

Il arrive également que son apparence joue en sa défaveur, en ce qu’elle empêche ses interlocuteurs auxquels il est amené à révéler son identité de le prendre au sérieux. Lorsqu’il doit se présenter à Sir Horace Tristram, vétéran de la seconde guerre mondiale, il est accueilli de manière sceptique, et même railleuse, mais il parvient à retourner la situation à la faveur d’une de ces répliques assassines dont il a le secret : 

« Ce chérubin ! Un agent secret ? Ha ! ha ! Qu’on lui donne une sucette et qu’on le reconduise à la garderie la plus proche. »
Langelot sourit agréablement. De petite taille, les traits menus quoique durs, le front barré d’une mèche blonde en diagonale, il ne ressemblait pas à un James Bond. (…)
« C’est la première fois, amiral, que j’entends reprocher à un agent secret de ne pas avoir l’air d’en être un.[49] »

Langelot, par son impertinence, sa puérilité et sa frivolité, peut être un véritable bambin : dans Langelot et le sous-marin jaune, il rivalise en ces termes avec le bellâtre Orlando Orlandini, qu’il surnomme « Guirlandini » :

« Si je te retrouve encore une fois sur ma route, je t’écrase comme une punaise.
-          Les punaises, ça pique, dit Langelot agréablement.
-          Je te casse en deux !
-          Après m’avoir écrasé, ce serait difficile. Je te conseille plutôt d’inverser les opérations.
-          Oh ! Je pourrais te réduire en bouillie. Je ne sais pas ce qui me retient.
-          Moi, je le sais », dit Langelot.
Et comme le grand brun, avec ses cheveux frisés, ses chemises de soie et ses pantalons ajustés, commençait à lui taper sur les nerfs, il se permit une étrange gaminerie pour un officier des services secrets : il lui fit un double pied de nez, en lui agitant le petit doigt sous le menton.[50] »

Langelot est donc un héros qui parle à la jeunesse, en lui permettant de se reconnaître en lui : c’est ce processus d’identification qui peut amener les enfants à s’inspirer des nobles valeurs qu’il incarne. Ces badinages puérils, en effet, n’empêchent pas Langelot de se comporter avec sang-froid, courage et sagesse lorsqu’il est confronté à des situations difficiles, qui impliquent la vie et la mort, ce qui peut constituer une initiation au sens des responsabilités. Langelot, à de nombreux égards, peut également se lire comme un ouvrage pour adultes. 

Langelot, ayant infiltré un groupe terroriste, se retrouve à la Maison Blanche, avec pour mission d'assassiner le Président des Etats-Unis


Violence et mort

De même que Rousseau serait fâché que les souffrances physiques soient épargnées à Emile, Vladimir Volkoff, hostile à l’atmosphère aseptisée qui règne dans la plupart des ouvrages pour la jeunesse, peu propice à l’aguerrissement, n’hésite pas à confronter ses jeunes lecteurs à la violence du monde, ayant lui-même expérimenté son rôle formateur : 

Lorsque mon père est revenu de captivité, il m’a raconté des choses horribles. Il a vu des Français et des Tchèques libérés enfermer des civils allemands dans une maison et y mettre le feu ; j’y pense toujours lorsqu’on me parle d’Oradour. Si la barbarie des hommes ne me surprend jamais, c’est que j’ai grandi dans ces récits d’horreur et les souvenirs de la Révolution russe. Ce que Soljenitsyne raconte dans Le Goulag, je l’ai toujours su. J’ai toujours su que la guerre civile avait été atroce des deux côtés. (…) Je suis né dans l’horreur. Ensuite, j’ai vu moi-même des choses horribles : à la Libération, j’ai vu un résistant enfoncer le visage d’un Allemand à coups de sabot ; quant aux Allemands, on sait ce qu’ils ont fait. (…) Je ne crois pas qu’il faille épargner les enfants.[51] Mon grand-père, l’autre, bien sûr, est mort après onze mois à l’hôpital. Imaginez ce qu’était l’hôpital à cette époque, eh bien, ma mère, qui allait le voir tous les jours, m’emmenait avec elle. Des tas de gens lui disaient qu’il ne fallait pas conduire un enfant dans un hôpital, mais je suis content qu’elle ne les ait pas écoutés.[52]

La mort est ainsi omniprésente dans les Langelot, sous les formes les plus cruelles, les plus impitoyables : dans Langelot et les Crocodiles, à propos du sort qu’il réserve aux opposants Ebénois après son coup d’Etat, le colonel Chibani explique en ces termes la signification du terme « crocodiliser » :

Quand on tue un homme, ça fait un cadavre. Quand on tue un homme politique, ça fait un cadavre politique. Ces cadavres politiques, il faut toujours les faire disparaître, sans quoi l’on offusque les personnes sensibles. Ce ne sont pas les meurtres mais les cadavres qui gênent les personnes sensibles, vous le savez aussi bien que moi.[53] 


Cette réflexion lugubre (les opposants politiques sont destinés à être livrés vifs à des crocodiles), teintée de cynisme, ne laisse pas d’être très lucide, car il est vrai que de nos jours, avec le développement des médias, la mort est beaucoup moins choquante que son spectacle[54]. Langelot lui-même échappe de justesse à la « crocodilisation », et à d’autres morts atroces : serpents venimeux, cachalots mangeurs d’hommes, noyade et même pendaison par les guérilleros de Masque Vert, dont le chef l’avait bien informé du fait que 

La guerre que nous menons n’est pas une guerre chevaleresque où on se sait gré des services qu’on s’est rendus.[55]

Il est vrai que le service de Langelot, le S.N.I.F. (Service National d’Information Fonctionnelle, acronyme fantaisiste qui est évidemment une référence aux qualités de fin limier de Langelot, dont le flair et l’intuition sont particulièrement efficaces[56]), est présenté comme un service dont l’éthique est irréprochable : le héros éponyme est intraitable sur les questions de l’honneur. Il y aurait, véritablement, des règles de chevalerie dans la confrontation impitoyable qui oppose les services internationaux d’espionnage et de contre-espionnage : c’est ce qui explique que même entre deux ennemis, le respect est de mise : 

Aussitôt, l’étrange camaraderie des agents secrets s’établit entre les deux garçons : ils servaient deux pays différents, mais leurs méthodes de combat se ressemblaient ; ils connaissaient les mêmes dangers,  la même solitude ; ils pouvaient se comprendre et s’estimer.[57]

 De même, dans Langelot, le vaincu respecte la supériorité du vainqueur. Ainsi de Brelan, capturé dans Langelot et la Voyante grâce à l’ingéniosité de Langelot : 

Se faire battre par des adversaires aussi subtils que vous, prononça-t-il, c’est presque un plaisir.[58]

Langelot est également intransigeant quant au respect de l’intégrité des individus. Dans Langelot et le sous-marin jaune, il se refuse à prendre en compte la suggestion de Manuel, qui, afin de forcer Orlando aux aveux, était prêt à recourir à la torture :

                        - Il y a des moyens de faire parler les gens malgré eux. (…)
                - Oui, dit Langelot, des moyens indignes de nous. Si nous trahissons nous-mêmes l’idéal pour lequel nous nous battons, ce n’est pas la peine de nous battre.[59]

Même lorsque la France est menacée d’être réduite à l’anarchie par les actions terroristes d’un réseau ennemi qui jouit de la complicité d’un officier français transfuge, le capitaine Cordovan, Montferrand interdit formellement à son subordonné de transiger avec l’honneur – et propose une édifiante maxime de morale aux jeunes et moins jeunes lecteurs : 

aucune cause ne vaut plus cher que les valeurs qu’elle représente. Si une cause ne peut être sauvée que par des moyens indignes, elle n’est pas digne d’être sauvée.[60] 

Langelot, dont la mission est d’inspirer confiance à Cordovan afin de pouvoir le capturer, doit incarner un personnage vénal et sans scrupules, et il sait que sa sincérité sera mise à l’épreuve. C’est chose faite lorsque Cordovan lui demande d’exécuter un rebelle. Bien évidemment, ce n’est là qu’un piège, l’arme proposée à Langelot n’étant pas chargée, et notre héros, qui l’a immédiatement senti, obtempère sans hésiter, ne manquant pas de feindre la surprise et la colère face à l’hilarité de Cordovan :

[Langelot] avait senti au poids que son pistolet n’était pas chargé. D’ailleurs, quelle chance y avait-il pour que, dès le premier jour de son arrivée, on lui confiât à lui, sans doute encore soupçonné de provocation, une arme qui lui aurait permis d’abattre le chef des Service de Subversions et le ministre de la Sécurité ? Sa décision, du reste, était prise : si Cordovan lui rendait les cartouches du 22 Long Rifle, ce ne serait pas contre le prisonnier que Langelot dirigerait le pistolet.[61]

Cordovan

Ainsi la part d’ombre du métier de Langelot est-elle explorée sans complaisance, ce propos suggérant explicitement que Langelot n’hésiterait pas à assassiner le traître Cordovan de sang-froid. Loin de passer sous silence la brutalité des méthodes des services spéciaux, Vladimir Volkoff l’évoque de manière très crue, lorsqu’il s’agit de services ennemis de la France. Ainsi l’individu qui a usurpé l’identité du colonel Moriol déclare-t-il à Corinne, au sujet du véritable Moriol : 

- Oh! il croque les pissenlits par la racine depuis près d’un an. Il n’a pas parlé, l’imbécile. On a été obligé de le descendre sans en avoir tiré un mot.[62] 

Au caractère particulièrement violent de cet échange verbal, succède une violence physique tout aussi cruelle, lorsque le faux Moriol, « les yeux injectés de sang », s’apprête à étrangler la frêle – et ravissante – Corinne[63]. Les blessures et la mort faisant partie intégrante du métier de Langelot, le capitaine Montferrand, le jour même de son recrutement, l’invitait à songer dès à présent à la retraite. Aux dénégations innocentes de Langelot, il répondit froidement : 

Il n’est jamais trop tôt pour y penser, surtout dans un métier fatigant, comme le nôtre.[64]

Convenons-en, malgré l’emploi d’une litote pour exprimer la perspective de la mutilation physique (précisons que Montferrand lui-même a une jambe de bois, sinistre séquelle de son expérience d’agent de terrain…), un tel propos ferait frémir le cœur le plus intrépide.
La mort est décrite dans les registres les plus divers, de la froide autopsie clinique 

(« Soudain Sluni chancela, battit l’air des bras, et tomba en avant, dans l’eau noire du port.
Les trois agents se précipitèrent à son secours. La vedette de la police arrivait aussi, à toute allure. Sluni fut promptement ramené à la surface. Il respirait encore, mais un petit orifice sanglant s’ouvrait à la base de son crâne. Il avait été abattu d’un coup de fusil à lunette par un tireur qui devait déjà être loin.[65] »)

aux descriptions les plus tragiques

(« Dans un fauteuil dépenaillé, était assis un cul-de-jatte obèse aux yeux exorbités. Une béquille gisait à ses pieds. Le manche d’un couteau dépassait de sa poitrine.[66] »)

Langelot lui-même, loin d’être une petite nature, n’est nullement insensible à la vision de la mort :
Langelot avait le cœur bien accroché, mais ce ne fut pas sans difficulté qu’il réprima un frisson : à ses pieds gisait un homme en pyjama, baignant dans son sang.[67] 

M. T.

Ainsi le jeune lecteur de Langelot est-il confronté de plain-pied à la cruauté du monde, exaltant la noblesse de ces « chevaliers des temps modernes » qui, modestement et dans l’ombre, servent leur pays face à de redoutables puissances occultes, sans scrupules, en essayant héroïquement de combattre loyalement des ennemis sans scrupules qui ne reculent devant rien. Les enfants, foncièrement innocents, se reconnaissent naturellement dans l’intransigeance morale de Langelot, mais sont appelés à la vigilance et à la lucidité, du fait de la part d’ombre inhérente à l’humanité. La série des Langelot est une illustration éloquente de l’adage pascalien selon lequel « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique » : ce n’est qu’en ayant fait sien ce principe, à l’image de Langelot, que l’homme, dans un univers injuste et corrompu où la force fait le droit, peut être victorieux. En témoigne ce dialogue entre Line et Langelot lorsque celui-ci vient de corriger sévèrement deux brutes :

- Comment as-tu fait ? demanda Line. Clapan est si fort et Charles si traître.
- Il faut croire que je suis plus fort et plus traître que les deux réunis, répondit légèrement Langelot.[68]

C’est ce réalisme intransigeant, à en croire Vladimir Volkoff, qui explique que les Langelot aient cessé d’être édités. Il déclare en effet :

Pour ma part, j’avais l’intention de continuer à raconter les aventures de Langelot et de Corinne aussi longtemps que Dieu me prêterait vie. C’est l’éditeur (la Bibliothèque verte) qui en a décidé autrement, mes héros n’étant plus considérés comme assez « politiquement corrects ».[69]

Cependant, nous aurons l’occasion d’y revenir, les derniers Langelot publiés sont si tendancieux et médiocres que nous comprenons tout à fait la décision de la maison Hachette. Il nous suffira de dire que la série Langelot, du moins les ouvrages authentifiés, ont le mérite de rejeter les visions du monde niaisement épurées et idéalistes au prétexte spécieux de la protection de l’enfance : une éducation qui ne confronterait pas l’enfant, de manière feutrée, à la violence du monde, serait incomplète. La seule censure qui soit de rigueur dans ces ouvrages est la censure sexuelle, à laquelle se plient délicieusement les Langelot[70].

Propagande ?

            Vladimir Volkoff, nationaliste aux convictions impérialistes, fait-il également œuvre de propagande dans ses ouvrages pour la jeunesse ? Ne tend-il pas à glorifier les valeurs militaristes qui sont les siennes ? Force est de constater que malgré sa lucidité quant à certaines réalités sordides des relations internationales, il tend à présenter une image idéalisée de la France, image qu’incarne Langelot. Mais il faudrait être mesquin pour le lui reprocher sérieusement, un héros ayant vocation à être pris comme modèle, et se devant par conséquent d’être moralement irréprochable. Du reste, si le service auquel appartient Langelot est présenté comme parfaitement respectueux de la morale, Vladimir Volkoff ne fait pas l’impasse sur le fait que

Les services secrets diffèrent par leurs doctrines. Certains considèrent que seule l’exécution de la mission importe, que la reconnaissance pour services rendus, le respect de la parole donnée, la camaraderie même entre les agents, sont nuisibles au service. Le SNIF n’était pas de ceux-là. Sa devise, Solitaires mais solidaires, le disait assez. Nul ne touchait impunément à un agent du SNIF ; nul non plus ne pouvait se plaindre de l’ingratitude de ce service.[71] 

A défaut de reprocher à Vladimir Volkoff de passer sous silence la véritable nature du néo-colonialisme français, nous pouvons du moins relever le traitement délicat qu'il en fait. Langelot se déclare par exemple

Au service de la France, c’est-à-dire au service de la civilisation, de l’ordre et de la paix.[72]

            Plus significative est l’évocation directe des relations franco-africaines, thème récurrent dans la série. Le gouvernement français, qui, dans la réalité, ne s’est jamais encombré de principes moraux (coups d’Etat, soutien diplomatique et militaire de sanglantes dictateurs – Sassou Nguesso, Omar Bongo, Idriss Déby… –, etc.), est présenté sous les auspices les plus favorables dans la série. Dans Langelot chez le Présidentissime, qui décrit magistralement, sous les traits d’Ali Aman Dadi, le dictateur ougandais Idi Amin Dada, la France, pour libérer l’un de ses ressortissants[73], est contrainte de livrer des armes au Présidentissime Maréchal Docteur – 101 « Clairons », ou FAMAS, un arsenal, somme toute très modeste. Ces armes, qui devaient servir à la sanglante milice du dictateur, les « Cent Un », furent cependant très invraisemblablement piégées par le gouvernement français : 

Quant aux Clairons ? Qui avait jamais pu supposer que la France remettrait à un tyran irresponsable des armes en bon état de fonctionnement ? Chacun des fusils avait été muni d’une charge explosive capable de le faire éclater à la réception d’un signal radio.[74]


            La France n’eut guère de tels scrupules lorsque, en plein génocide rwandais, elle continua d’armer le Gouvernement Intérimaire Rwandais Hutu, s’opposant devant le Conseil de Sécurité de l’ONU à un embargo sur les armes à destination de ce pays, se faisant ainsi complice de la mort de près d’un million de Tutsis, et accordant ensuite l’asile politique à certains responsables du génocide.
            Langelot, cependant, n’hésite pas à parler explicitement des « intérêts de la France ». Dans Langelot et les Crocodiles, une puissance africaine hostile à la France (probablement la Libye[75]), personnifiée par la figure familière du colonel Chibani, procède au renversement du francophile Président de la Côte-d’Ebène, Andronymos, afin de s’emparer de son complexe atomique et de ses réserves d’uranium. Bien entendu, dans ce cas, les « intérêts de la France » recoupent ceux de la population concernée, les Ebénois, qui soutiennent massivement Andronymos. Malheureusement, la France, soucieuse du qu’en-dira-t-on international, ne peut intervenir militairement pour assister le Président légitime, car elle serait accusée de néo-colonialisme – et quel infâme soupçon ce serait là ! C’est passer sous silence la présence militaire française au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Tchad, à Djibouti, etc.
            Dans Langelot et l’Avion détourné, le colonel Chibani prépare à nouveau une invasion militaire de la Côte d’Ebène. Il détourne l’avion où était censé se trouver le fameux Professeur Roche-Verger, accompagné de son garde du corps Langelot[76], et les passagers, retenus en otage, sont sommés de faire des déclarations préjudiciables au gouvernement français avant leur libération. Langelot essaie d’invoquer leur fibre patriotique, affirmant que leur assentiment aux conditions qui leur sont imposées relèverait de la trahison. Mais bien évidemment, la majorité des passagers dissimule sa couardise sous divers prétextes spécieux. L’aide-pilote, qui ne cessait de se plaindre de l’inconstance de sa fiancée, change radicalement de point de vue :

ma vie est précieuse à ma fiancée. Enfin… j’espère. Si je me faisais tuer, ce serait comme si je rompais mes fiançailles. Elle m’en voudrait à mort, je vous assure.[77]

Le très raffiné colonel Chibani

Vladimir Volkoff, nationaliste farouche (il exprime à maintes reprises son credo à travers l’éloquente formule « Nationalistes de tous les pays, unissez-vous ! », référence transparente au « Prolétaires de tous les pays… » du Manifeste du parti communiste abhorré), ne résiste pas à la tentation de dépeindre l’internationalisme sous des traits pusillanimes :

Les intérêts de la France ! ricanait le jeune homme hirsute, qui prétendait se nommer Mahatma Durand. Vous ne savez donc pas que les nations sont démodées ? Moi, d’abord, je suis citoyen du monde ! (…) Les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. Les individus aussi (...) Vous ne croyez pas que je vais sacrifier ma vie, ma chère vie, mon sang, à je ne sais quels principes démodés et ridicules ? [78]

A quoi Langelot rétorque superbement :

Le lieutenant, c’est son métier de mourir pour les principes démodés et ridicules, comme la patrie, l’honneur et tout le tremblement. C’est pour cela qu’il touche sa solde et ses primes. Alors il ne faut pas vous étonner s’il décide de faire le malin et de se laisser trucider.[79]

Les passagers, conscients de leur lâcheté, essaient tout de même de se donner bonne conscience lorsque leurs compagnons Ebénois sont emprisonnés :

‘Dès que nous serons libres, nous alerterons l’opinion internationale, et nous les ferons libérer à leur tour !’
Cette opinion remonta le moral des passagers, qui avaient été choqués par l’arrestation des deux Noirs. Bien sûr, il n’y avait pas à s’inquiéter pour les deux hommes : leur affaire serait remise « entre les mains des instances internationales », comme l’expliquait M. Rapier, et ils n’avaient rien à craindre. Quant à la guerre surprise dont la Côte d’Ebène serait la victime, elle était assurément regrettable, mais, après tout, qui pouvait s’y reconnaître dans les questions africaines ? C’était peut-être la Côte d’Ebène qui était fautive à l’origine.[80]

L’hypocrisie de ces arguments est manifeste. Langelot a ici le beau rôle – ce n’est pas toujours le cas –, du moins en apparence. Car si les passagers défendent leurs intérêts particuliers égoïstes, il défend, pour sa part, ceux de la France ; et Clausewitz a bien montré que les nations, dans leurs relations réciproques, se comportent comme des particuliers. Du reste, nous avons bien vu que Vladimir Volkoff n’a rien d’un partisan du droit à l’autodétermination des peuples, et est au contraire un farouche partisan de l’ingérence impérialiste, et non pas humanitaire – lorsqu’elle est dirigée contre « les autres ».
            Dans Langelot et le Fils du Roi, c’est le Maghreb – probablement le Maroc – qui est présenté sous des traits favorables : le Roi en question est un libéral, mais la présence d’éléments extrémistes dans son pays le contraint à réduire les libertés individuelles. Il suffit de consulter n’importe quel rapport d’Amnesty International sur le Maroc – ou sur n’importe quelle monarchie arabe – pour se rendre compte que les violations des droits de l’homme qui y sont commises n’ont jamais eu besoin de prétextes sécuritaires pour exister. Dans cet épisode, Vladimir Volkoff, à travers l’attachante personnalité de Malek, le fils du Roi, laisse libre cours à ses idées monarchiques : 

J’admire vos grands hommes, vos grands artistes, vos grands écrivains. A l’époque, tenez, où vous construisiez le palais où nous sommes [Versailles], vous étiez une grande nation. Maintenant encore vous êtes l’une des plus intelligentes, l’une des plus généreuses. Cela ne m’empêche pas de penser que vous vous amollissez dans votre bien-être matériel, que vous ne rêvez plus qu’automobiles ou machines à laver, et que vos jeunes seraient bien incapables de faire ce qu’ont fait leurs ancêtres.[81]

Le thème de la décadence, de la dégénérescence de l’aristocratie en démocratie, nous l’avons vu, est récurrent dans l’œuvre de Vladimir Volkoff : de telles remarques, dans ce cadre, font œuvre non pas de propagande royaliste, mais d’une invitation à la réflexion sur le Progrès. L’idée du service, de la dévotion de l’individu à la personne du Roi est également présentée avec force : 

‘Votre métier est de vous faire tuer, n’est-il pas vrai ? Et le mien est de survivre, coûte que coûte.’
Sous le ton dégagé, Langelot crut déceler une émotion sincère. Il n’avait pas l’habitude de penser à son métier avec de grands mots héroïques. Les grands mots héroïques, il les trouvait plutôt ridicules. Mais il songea que le prince n’avait pas reçu la même formation que lui, et qu’il n’avait pas, devant les grands sentiments, cette pudeur typiquement française. Aussi le jeune officier répondit-il, comme un de ses grands-pères auraient pu le faire :
‘Votre Altesse a raison. Son métier est de vivre pour son pays. Le mien est de mourir pour le mien, si l’occasion s’en présente. Car je suis éminemment remplaçable, tandis que Votre Altesse, par définition, ne l’est pas.’[82]

L’idée de sacrifice est en effet omniprésente dans la série des Langelot : le héros éponyme est au service d’un idéal, incarné par la France (« Moi aussi, je sers l’humanité, dit-il. Plus modestement que vous, peut-être. Plus humblement. En servant mon pays, qui en est une fraction.[83] »), et c’est là sa seule satisfaction[84]. Il est imprégné de l’idéal du dépassement de soi, et cultive son esprit agonistique, sa volonté d’excellence à tous les niveaux, indépendamment de tout intérêt autre que le service à la patrie, la volonté de perfectionnement, la recherche de l’honneur et du prestige. Quant à ses décorations – il en a quelques-unes –, il ne les porte que très rarement, car il est le plus souvent en civil.

 L'acteur Jacques Perrin aurait-il servi de modèle à Maurice Paulin, l'illustrateur phare de la série ? [Précision d'Eric Chams, petit-fils de Maurice Paulin (1900-1986) qui exclut cette hypothèse : « Je réfute l'idée que Jacques Perrin ait pu, de près ou de loin, servir de modèle au portrait de Langelot. Si vous examinez de plus près la production artistique de Maurice Paulin (qui fit d'abord de l'illustration de mode avant guerre, avant de se tourner dans les années 60 vers l'illustration d'ouvrages pour la jeunesse, notamment chez Hachette et Nathan), vous pourrez voir que ses types féminins ou masculins possèdent certaines constantes, sont assez identifiables et que le personnage de 'Langelot' a connu des prédécesseurs sous son crayon. »]

 Les impératifs de sa mission l’amènent souvent à assumer un rôle apparemment méprisable : lorsqu’il s’évertue à se faire aimer du dictateur Ali Aman Dadi, ses compagnons l’agonissent d’injures : « Jocrisse », « Courtisans, race vile », « Sycophante », « Lèche-bottes » – mais l’illustre chef Poustafier et la ravissante Mlle de Boisguilbert, mannequin chez Casterayne étaient bouffis de vanité et n’inspirant pas vraiment la sympathie, ce rôle ne fut pas trop difficile[85]. Il en ira tout autrement avec la belle Lola et le noble M. Boulle, que Langelot devra trahir dans l’intérêt de son service :

Langelot regarda le docteur à l’expression noble et triste ; Lola, aux yeux fulminants ; Spartacus et Robert, pleins d’incrédulité et déjà de mépris ; Moka et Jean-Louis, stupéfaits ; Brutus et Plunkett, narquois. Avec quelle joie il aurait sauté à la gorge de Brutus, tout en décochant un coup de pied dans ‘estomac de Plunkett en passant ! Avec quel orgueil il aurait risqué le tout pour le tout, afin de protéger Lola, le docteur Boulle et même les babouins ! Avec quelle honte il anticipait l’indignation générale qui allait accueillir ce qu’il avait à dire. Mais on ne plaisantait pas, au SNIF, avec une mission. Et la mission du sous-lieutenant Langelot consistait à recueillir des renseignements.[86]

 La discipline est en effet une autre valeur qu’exaltent ces ouvrages, à l’encontre du « politiquement correct » : Vladimir Volkoff, sur ce point, peut légitimement faire fi des accusations de « passéiste » et de « réactionnaire » que lui valurent ses positions.
Nous le répétons, loin de nous l’idée de lui faire grief de ces représentations idéologiquement biaisées de la réalité : c’est leur simplisme même qui permet aux enfants de les comprendre, d’en tirer des leçons édifiantes. Quant à la personnalité éthérée de Langelot, nous avons dit que la jeunesse a besoin de modèles exempts sinon de défauts, du moins de vices : en ce sens, il est irréprochable.


Conclusion : Langelot ou de l’éducation

Langelot, orphelin sans la moindre attache, trouvera une famille dans le monde du renseignement ; jeune agent secret de dix-huit ans, « aux traits menus mais durs, le front barré d’une mèche blonde », son air naturellement ingénu respire l’innocence et la sincérité, qualité inestimable dans le Renseignement, où il s’agit avant tout d’inspirer confiance (Vladimir Poutine lui-même ne décrira pas autrement sa mission fondamentale au KGB) et « de ne pas avoir l’air » : car un espion qui en aurait l’air ne conserverait pas longtemps son secret, indispensable dans la profession. C’est ce que Langelot s’évertue à expliquer à Choupette (Edwige Roche-Verger, la fille du Professeur ‘Propergol’, grand spécialiste des fusées balistiques et cosmiques), l’un des protagonistes récurrents de la série – la gent féminine, à laquelle le cœur d’artichaut de Langelot est très sensible[87], manque rarement de succomber à son charme, mais remet souvent en doute sa qualité d’agent secret.
Langelot se caractérise par une force physique peu commune – entretenue par de constants exercices –, un courage qui frise la témérité, et une audace qui lui vaut souvent des reproches de son supérieur direct, le capitaine Montferrand, qui reconnaît néanmoins que les « initiatives intempestives » de son jeune subordonné sont souvent couronnées de succès. Langelot est également doté d’une rare intuition,  d’un sens de l’observation infaillible et d’une capacité de déduction exceptionnelle. Sa générosité et son profond sens de l’honneur ne contribuent pas peu à en faire un excellent modèle pour la jeunesse.
Ainsi Langelot, malgré son jeune âge[88], a-t-il toutes les qualités du fameux héros de Ian Fleming, ce que son créateur souligne explicitement dans une autre de ses œuvres : 

Le colonel Montferrand traînait quelquefois sa jambe de bois jusqu’au bar sans jamais nous raconter ses exploits, mais toujours ceux d’un jeune officier qu’il avait formé et qui, à l’en croire, était la version revue et corrigée de James Bond.[89] 

Il illustre exemplairement les valeurs auxquelles Vladimir Volkoff adhère : comme il l’explique lui-même, 

J'ai écrit Langelot pour plusieurs raisons : pour m'amuser, pour amuser mes lecteurs tout en défendant ce à quoi je crois (la patrie, le courage physique, la fidélité, la joie du danger, le charme féminin), et aussi, bien sûr, pour gagner de l'argent. A certaines époques, Langelot m'a beaucoup aidé à vivre financièrement.[90]

Malgré le caractère dissonant – parce que sonnant et trébuchant – de ce dernier motif d’ordre pécuniaire, la grande qualité de ces écrits en fait – toutes proportions gardées – l’équivalent des œuvres de Jules Verne ou d’Alphonse Daudet, les premières à être éditées par la Bibliothèque verte. Ces intrigues subtiles et palpitantes, particulièrement réalistes et prenantes, mêlent habilement humour et adrénaline, et sont composées par une plume virtuose et expérimentée ; elles sont jonchées de développements philosophiques et moraux complexes, et sont imprégnées d’idéaux nobles et virils. Ce sont, à notre connaissance, les ouvrages pour la jeunesse les plus intéressants, les plus réussis, les plus éducatifs de la seconde moitié du XXe siècle.
Mais qu’entendons-nous au juste par ce mot d’éducation ? Afin de démontrer rigoureusement la qualité alléguée des Langelot, il nous faut déterminer quelles sont nos attentes vis-à-vis d’un ouvrage pour la jeunesse. Doit-il, comme le soutient Bruno Duborgel, seulement tendre à accroître l’imaginaire de l’enfant ? Selon lui, l’ensemble des livres des Bibliothèques verte et rose, y compris la série des Langelot (dont il parle manifestement sans l’avoir lue, se contentant de publier un extrait de la brochure Hachette qui donne des résumés lapidaires de certains épisodes[91]), ne sont pas des « fiction[s] à thèse », c'est-à-dire des « documentaire[s] travesti[s] en fiction, la fiction [étant] étroitement illustratrice de la morale », mais sont « sous le signe de la gratuité, de l’évasion, du loisir, et non du didactisme », et pèchent par leur « caractère répétitif[92] ». D’une part, par leur grande qualité, les Langelot, se démarquant des autres séries, ne prêtent guère le flanc aux critiques de M. Duborgel ; et d’autres part, nous réfutons sa conception même de l’ouvrage pour la jeunesse, qui, selon nous, ne doit pas tant favoriser l’imaginaire que, dans la conception minimale, être à même d’intéresser le jeune enfant, et dans la conception maximale qui est la nôtre, contribuer à faire de l’enfant un homme sain de corps, de cœur et d’esprit – conception plus large qui est évidemment inclusive de la vision de M. Duborgel.
L’efficacité est en effet un critère majeur, pour ne pas dire le critère essentiel pour déterminer la réussite d’un ouvrage pour la jeunesse, surtout en ces temps littérairement indigents : de même qu’un Professeur mal-aimé de ses élèves ne peut être que mauvais, un ouvrage pour la jeunesse indigeste ne peut être réussi. Nous ne nous permettrons jamais de critiquer, par exemple, l’auteure des Harry Potter, qui, en plein XXIe siècle, et face à la concurrence déloyale du multimédia (jeux vidéos, télévision, internet, etc.), parvient à faire lire à des millions d’enfants des ouvrages non illustrés de plusieurs centaines de pages : même si, pour un enfant, il serait plus judicieux de lire Le Petit chose que Le Club des Cinq, il vaut mieux lire Le Club des Cinq que ne pas lire du tout ! C’est pourquoi, à la conception étroite de Bruno Duborgel, nous préférons celle de Laurence Décréau : 

La série enfantine, momifiée sous les couvertures roses et vertes des deux Bibliothèques qui la commercialisèrent, a vécu. Nous nous en repûmes, il est vrai – faute de mieux. A présent, grâces en soient rendues aux auteurs véritables, nos enfants peuvent enfin lire autre chose. Exit Enid Blyton, exit Georges Chaulet.
Etrange mort, en vérité… Car s’il est vrai que les séries, exclues du cénacle des bonnes lectures, n’ont guère droit de cité dans les bibliothèques, et sont à peine tolérées par les libraires spécialisés…, l’intérêt qu’elles suscitent chez les jeunes lecteurs, pourtant aujourd’hui soupçonnés d’inappétence, existe toujours, quant à lui. On s’en étonne ; on s’en indigne ; ou l’on accuse les parents, dont la coupable nostalgie pérennise indûment des lectures démodées… L’affaire est pourtant claire : cette littérature-là n’en est pas ! Une seule et même intrigue mille fois déclinée, quelques héros sans chair ni réalité, et le tout dans un style dont la simplicité frôle, dit-on, l’indigence : rien n’y est à sauver
De même que, naguère, la bande dessinée, pour les mêmes raisons, n’avait pas l’heur de plaire et était censurée.
De même que, jadis, la critique cria « haro » sur le roman-feuilleton, englobant dans un même mépris Eugène Sue, Alexandre Dumas, Paul Féval et Ponson du Terrail.
L’on sait ce qu’il advint de ces chasses aux sorcières : voici la B.D. consacrée, jusque dans les manuels scolaires, voici Dumas prescrit comme auteur classique, et les feuilletonistes ressuscités par la prestigieuse collection « Bouquins ». Portés par la ferveur populaire, ces soi-disant sous-genres sont réhabilités. Mieux, leurs héros à présent font figure de mythes !
Caprice de la mode ? Pas seulement. D’abord et avant tout, témoignage d’une dichotomie française s’il en est : celle du populaire et de l’intellectuel. Méfiance à qui plaît trop, gloire à l’artiste méconnu ![93]

En ces derniers mots, Laurence Décréau tranche le nœud gordien : ces séries ne furent décriées que du fait de leur succès même, l’intelligentsia française ayant toujours été animée de sentiments foncièrement aristocratiques, et considérant la culture comme un bien réservé à une élite plutôt qu’à tous, et donc un moyen de se distinguer de la foule. Ce profond mépris du peuple, bien plus que la perspective dont parlait Chateaubriand[94], explique à notre sens les conceptions élitistes de B. Duborgel. Ainsi, selon cette conception minimale mais pertinente, est-on amené à encenser tout ouvrage qui parvient à passionner la jeunesse pour la lecture. Mais la vocation plus large que devraient avoir ces ouvrages est de contribuer à l’épanouissement futur de l’enfant, au-delà même de leur initiation littéraire.
Un enfant est un être en devenir, dont le destin est de devenir un homme capable d’assumer les responsabilités qui seront siennes dans l’âge adulte, dont la plus essentielle est l’autonomie, qu’elle soit matérielle (pouvoir subvenir à ses besoins premiers), intellectuelle (être capable de raisonner librement) ou morale (respecter et se faire respecter d’autrui). Une éducation, qu’elle soit inculquée dans la cellule familiale, dans l’environnement scolaire ou même par des livres, tend ultimement à ouvrir l’enfant au monde, à lui apporter les outils qui lui seront indispensables à l’âge adulte ; elle n’a pas pour but de le préparer à une profession particulière, mais à la condition d’homme. Rousseau exprime admirablement cette conception dans l’Emile :
Dans l’ordre social, où toutes les places sont marquées, chacun doit être élevé pour la sienne. Si un particulier formé pour sa place en sort il n’est plus propre à rien. L’éducation n’est utile qu’autant que la fortune s’accorde avec la vocation des parens ; en tout autre cas elle est nuisible à l’élève, ne fut-ce que par les préjugés qu’elle lui a donnés. En Egypte où le fils était obligé d’embrasser l’état de son pére, l’éducation du moins avoit un but assuré ; mais parmi nous, où les rangs seuls demeurent, et où les hommes en changent sans cesse, nul ne sait si en élevant son fils pour le sien il ne travaille pas contre lui.
Dans l’ordre naturel les hommes étant tous égaux leur vocation commune est l’état d’homme, et quiconque est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui s’y rapportent. Qu’on destine mon élève à l’épée, à l’église, au barreau, peu m’importe. Avant la vocation des parens la nature l’appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre : il sera premièrement homme ; tout ce qu’un homme doit être, il saura l’être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit, et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à la sienne. Occupavi te fortuna atque cepi : omnesque aditus tuos interclusi, ut ad me aspirare non posses.
                Notre véritable étude est celle de la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé ; d’où il suit que la véritable éducation consiste moins en préceptes qu’en éxercices. (…)
                Il faut donc généraliser nos vues, et considérer dans nôtre élève l’homme abstrait, l’homme exposé à tous les accidens de la vie humaine. Si les hommes naissoient attachés au sol d’un pays, si la même saison duroit toute l’année, si chacun tenoit à sa fortune de manière à n’en pouvoir jamais changer, la pratique établie seroit bonne à certains egards ; l’enfant élevé pour son état n’en sortant jamais, ne pourroit être exposé aux inconvéniens d’un autre. Mais vû la mobilité des choses humaines ; vû l’esprit inquiet et remuant de ce siécle qui bouleverse tout à chaque génération, peut-on concevoir une méthode plus insensée que d’élever un enfant comme n’ayant jamais à sortir de sa chambre, comme devant être sans cesse entouré de ses gens ? Si le malheureux fait un seul pas sur la terre, s’il descend d’un seul degré, il est perdu. Ce n’est pas lui apprendre à supporter la peine ; c’est l’exercer à la sentir.
  On ne songe qu’à conserver son enfant ; ce n’est pas assés ; on doit lui apprendre à se conserver étant homme, à supporter les coups du sort, à braver l’opulence et la misére, à vivre s’il le faut dans les glaces d’Islande ou sur le brulant rocher de Malthe. Vous avez beau prendre des précautions pour qu’il ne meure pas : il faudra pourtant qu’il meure ; et, quand sa mort ne seroit pas l’ouvrage de vos soins, encore seroient-ils mal entendus. Il s’agit moins de l’empêcher de mourir que de le faire vivre. Vivre, ce n’est pas respirer, c’est agir ; c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de nôtre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années ; mais celui qui a le plus senti la vie. Tel s’est fait enterrer à cent ans qui mourut dès sa naissance. Il eut gagné de mourir jeune ; au moins eut-il vécu jusqu’à ce tems-là.[95]

Langelot est, selon nous, une belle illustration de la conception rousseauiste, c’est une personnification romanesque de l’être en lequel Emile – c’est-à-dire tout enfant – pourrait, dans un monde idéal, s’incarner une fois adulte. En effet, Langelot n’est pas un spécialiste au sens étroit du terme, il est au contraire absolument polyvalent : ayant drastiquement développé ses aptitudes physiques et intellectuelles, il est capable d’assumer n’importe quelle identité, et de faire face aux situations les plus dramatiques, les plus imprévues.
Prévenons ici deux objections, superficielles au demeurant : la première porte sur le fait que Langelot est un personnage fictif, et la seconde sur le caractère draconien qu’aurait une telle éducation. D’une part, le processus d’identification, surtout chez l’enfant, n’implique pas l’existence du modèle : la faculté d’abstraction est naturelle à l’homme, et la distance qui sépare l’enfant d’un homme fictif est psychologiquement la même que celle qui le sépare, par exemple, d’un homme illustre des temps passés. Il suffit que les valeurs qu’incarne le modèle fictionnel soient universelles. D’autre part, si, lorsqu’on le compare à la moyenne des individus, Langelot est effectivement, au regard de ses qualités personnelles, un être exceptionnel, il devient presque médiocre si on le considère du point de vue de l’étendue des potentialités humaines. Car si l’homme de grand talent voire de génie est une exception, cela n’est dû qu’au fait que les différentes sociétés historiques n’ont jamais accordé une place centrale à l’homme et au développement de ses facultés physiques, intellectuelles et morales, voire créatrices : dans une telle société, ce serait la règle.
Langelot soutiendrait-il la comparaison avec un Agrippa d’Aubigné, qui, a 7 ans, traduisait Platon[96] ? Pourrait-il rivaliser de force avec Lee Jun Fan, de courage et d’audace avec William Wallace, d’abnégation avec Ernesto Guevara ? Lorsque l’on voit ce que le hasard – c’est bien de cela qu’il s’agit, puisque les admonestations de Rousseau étant restées lettre morte, aucune nation[97] n’a véritablement placé l’individu au centre de son projet – a pu créer en fait d’hommes illustres, on ne peut qu’imaginer confusément ce que l’humanité enfanterait dans un cadre libre et concerté.
Enfin, une telle éducation n’impliquerait nullement un cadre austère, spartiate[98] : elle serait à l’image même de Langelot, étincelant de joie et de bonne humeur, jouissant pleinement de la vie à chaque instant. Un des principaux traits de caractère de Langelot, qui ne néglige aucun des plaisirs simples de l’existence, est l’humour, ce « vice olympien[99] » d’après Nietzsche, âme soucieuse de l’élévation du genre humain si jamais il en fut.


Troisième partie : Analyse de passages représentatifs


I. Lieutenant X, Langelot agent secret, Hachette, Bibliothèque Verte, 1965.

Langelot agent secret est le premier ouvrage de la série, et également l’un des plus réussis. Il décrit le recrutement et la formation du héros, Langelot, par l’un des services secrets les plus modernes de France, le Service National d’Information Fonctionnelle (S.N.I.F.), cadre dans lequel se dérouleront l’ensemble de ses aventures. L’acronyme de ce service, évidemment fantaisiste, s’explique parfaitement dans le cadre de la littérature de jeunesse ; du reste, mention est faite, dans cet ouvrage et dans d’autres, de services de renseignement authentiques, français (D.S.T., la Direction de la Surveillance du Territoire ; S.D.E.C.E., le Service de Documentation et de Contre-espionnage, l’ancêtre de la D.G.S.E., la Direction Générale de la Sécurité Extérieure) ou étrangers (MI5, etc.). Certains des principaux personnages que nous retrouverons dans les autres épisodes y sont présentés : le Capitaine Montferrand, chef direct de Langelot, ainsi que le mystérieux chef du S.N.I.F., désigné seulement par ces quatre lettres sibyllines.

Langelot face à SNIF, le légendaire chef de son service que Langelot sera le seul à rencontrer de visu dans Langelot kidnappé

Langelot, jeune homme de dix-huit ans, s’est présenté à une commission militaire de présélection anticipée, et l’analyse de ses antécédents et de ses aptitudes est si impressionnante qu’il est présenté à M. Roger Noël, un homme mystérieux qui lui propose sans conviction, vu l’aspect angélique du jeune homme, un poste de « documentaliste », euphémisme pour désigner le travail d’agent de renseignement. A l’occasion d’un second entretien, Langelot confond l’identité de cet homme, qui n’est autre que le capitaine Montferrand, ce qui force l’admiration du capitaine et l’admission de Langelot. Il sera convoqué pour un exercice d’initiation qui consiste à assimiler l’identité d’un individu fictif – Auguste Pichenet,  qui sera souvent le pseudonyme de Langelot dans ses autres aventures – afin d’être amené à se comporter comme lui, et réussira brillamment.
 Langelot est donc introduit aux rudiments de son métier sur le navire-école Monsieur de Tourville, un véritable croiseur de guerre français qui a effectivement été reconverti en bateau-école en 1948 : il est initié, ainsi que ses camarades, à toutes les formes de combat rapproché, au maniement des armes, aux techniques de contact, de manipulation d’agents, à la photographie, au chiffre, etc., programme draconien destiné à en faire des hommes d’élite, capables d’assumer de manière convaincante n’importe quelle identité. Ils sont également initiés à la solitude, qui est le lot de tout agent secret : dans ce dessein, ils doivent tous assumer une fausse identité durant leur stage, sans jamais se trahir, si bien qu’il leur est impossible de véritablement sympathiser avec leurs camarades, chacun d’entre eux devant jouer un rôle. Les élèves, dépouillés de leur identité – et pas seulement métaphoriquement, tous leurs effets personnels pouvant leur rappeler leur passé leur étant confisqués –, se voient dénier toute intimité, sont surveillés dans leurs moindres faits et gestes, et sont évalués selon leur prestation, leur aptitude à jouer leur rôle de manière convaincante, dans les moindres détails. Ainsi Langelot joue-t-il le rôle d’Auguste Pichenet, fils de sous-officier, élève du Prytanée, et passionné d’équitation et de philatélie.
Au-delà des exercices ponctuels auxquels ils sont soumis tout au cours de l’année, les élèves doivent accomplir un exercice plus complexe, étendu sur toute la durée du stage : en effet, ils sont informés que l’un d’entre eux joue le rôle d’un agent adverse, chargé de les espionner et de transmettre des renseignements à leur sujet, et qu’ils doivent essayer de le démasquer. Langelot s’avère être le plus acharné à découvrir son identité. Ayant décidé d’espionner les enseignants eux-mêmes pour découvrir le faux agent ennemi (car absolument toutes les ruses leur sont permises), il découvre qu’un service de renseignement français concurrent a obtenu des renseignements selon lesquels un véritable agent ennemi s’est introduit dans le navire-école, avec pour mission de le détruire. Les enseignants décident de ne pas nommer d’agent adverse fictif (traditionnellement choisi dans les rangs mêmes des élèves), espérant que les enquêtes des élèves leur permettront d’identifier l’ennemi. Langelot, persuadé, tout comme les enseignants, que l’agent ennemi est parmi les élèves[100], n’épargne aucun effort pour le démasquer, avant d’être enlevé à la faveur d’un mystérieux exercice de fin de stage par le service ennemi pour lequel l’espion officie : ses aptitudes exceptionnelles (il sera major de sa promotion) avaient fasciné l’agent ennemi, qui désirait le « retourner », l’employer dans son service. C’est entre les mains de l’ennemi que Langelot découvre enfin l’identité du traître, le colonel Moriol – ou plutôt l’agent qui a usurpé son identité –, qui commandait le navire. Il réussit à s’échapper et à prévenir le S.N.I.F., et empêche le sabordage du navire, notamment grâce à deux de ses camarades sur place : Corinne, qu’il avait informée par intuition avant de quitter le navire pour sa mission de fin de stage, et Bertrand Bris, qu’il informe depuis Paris par l’entremise d’un jeu radiodiffusé.
Cet ouvrage peut être considéré comme une introduction au monde complexe du renseignement, introduction certes sommaire mais parfaitement réaliste. Ainsi la description du système RAP (Renseignement, Action, Protection) est-elle tout à fait conforme à la réalité des méthodes des services de renseignement, celle-ci ayant été mise en place en Indochine, puis appliquée en Algérie dès 1956 – rappelons que Vladimir Volkoff a servi durant la guerre d’Algérie. Le RAP était un centre de coordination interarmées regroupant tous les services spéciaux chargés du contre-espionnage, et dépendait lui-même du CCI (Centre de coordination interarmées), composé de trois sections principales : la première était chargée du renseignement militaire, la seconde regroupait des éléments de la 11ème Demi-brigade Parachutiste Choc du S.D.E.C.E. ainsi que leur commandement, et la troisième, le RAP, était chargée du contre-espionnage, voire du contre-terrorisme. Ce service du RAP était divisé en trois sections, dont la section « P » qui regroupait les D.O.P. (Détachements Opérationnels de Protection), chargés de démanteler les réseaux du FLN. Nous le répétons, c’est son expérience du « terrain » qui permet à Vladimir Volkoff d’écrire des romans si réalistes, les Langelot, malgré leur statut d’ouvrage pour la jeunesse, se lisant à bien des égards comme des romans pour adultes.
Dès ce premier épisode, la vocation des Langelot est révélée et illustrée par des scènes particulièrement violentes, choquantes pourrait-on dire pour un ouvrage destiné à la jeunesse (rappelons qu’en France, la loi de protection de l’enfance et la loi sur les ouvrages destinés pour la jeunesse était des plus contraignantes), telle la scène de confrontation finale entre Corinne et le colonel Moriol, où celui-ci lui révèle sa véritable identité et essaie finalement de l’étrangler. La visée didactique est également omniprésente, cet ouvrage exaltant les valeurs du courage, du sacrifice et du patriotisme, tout en invitant à l’intelligence et à la lucidité. Enfin, l’humour fait également une apparition magistrale lors du jeu « La Bourse ou la Vie », parodie homérique des jeux radiophoniques des années 1960, et à la faveur d’une description non moins acide de « l’idole de la jeunesse », Jimmy Gluck (Johnny Halliday). C’est une des autres fonctions que peut prendre la série des Langelot, dont la forte interaction avec l’Histoire (c’est un roman d’espionnage écrit en pleine guerre froide) en fait un jalon historique, politique et culturel.

Langelot agent secret, chapitre I, pp. 7-10.



 « C’est ma gamelle, je te dis! cria le grand rouquin agitant ses longs bras.
  — Erreur! C’est la mienne! répliqua le petit blond se ramassant en boule. 
  — Gare à toi! Je t’écrase! menaça le grand.
  — Essaie, répondit le petit.
  — Kss! Kss! mords-le! » firent les autres en formant un cercle.
  Une de ces casernes sinistres, malodorantes, que le maréchal de Lattre voulait démolir toutes.
  Celle-ci — par ironie, eût-on dit — s’appelait justement caserne De-Lattre-de-Tassigny. Elle était située dans la banlieue parisienne et abritait, entre autres services et unités, la                            « Commission de présélection anticipée ». Cet organisme au nom biscornu était chargé d’orienter les jeunes gens de dix-huit ans, dûment recensés, vers les armes dans lesquelles ils feraient, deux ans plus tard, leur service militaire.

        
Elle faisait même mieux que cela, la Commission. Ses moyens très perfectionnés lui avaient permis de déceler chez certains garçons, qui n’avaient pas eu la chance de pouvoir poursuivre leurs études, des capacités intellectuelles peu ordinaires : elle les avait aussitôt dirigés vers des établissements spécialisés qui en avaient fait des ingénieurs et des officiers de réserve.

        
Hélas! la juridiction moderne, efficace, de la Commission ne s’étendait pas en dehors de ses locaux. Résultat : deux des garçons qu’elle accueillait pendant trois jours, pour des tests et des examens divers, en étaient réduits à se battre pour une gamelle modèle 14 modifié 39! En effet, le « grand » avait perdu la sienne et prétendait s’approprier celle du « petit », pour n’avoir pas d’ennuis avec l’adjudant, le jour du départ.

        
« Allez, rends-moi ma gamelle sans faire d’histoires ou je t’assomme, reprit le grand. Moi, je pèse 60 kilos et je...
  — Tu m’assommes déjà avec tes discours! rétorqua le petit. Il y en a qui sont doués, tout de même, comme orateurs.
  — Vas-y le grand!
  — Vas-y le petit! »

        
Quarante-huit garçons brandissant leur gamelle (modèle 14 modifié 39) excitaient les adversaires.

        
« Eh bien, ce sera tant pis pour toi », dit le grand en avançant d’un pas.
  Et lança le poing.

       
Il dominait l’autre de la tête, d’une bonne demi-carrure et de la moitié de la longueur du bras.
  Un ou deux spectateurs à l’âme sensible fermèrent les yeux pour ne pas voir ratatiner leur camarade... Lorsqu’ils les rouvrirent, ils virent le grand à plat ventre, au sol, le nez dans le gravier, un bras tordu derrière le dos. Le petit, qui lui avait enfourché les reins, lui demandait gentiment :
  «Dis, je te casse l’avant-bras ou je ne te le casse pas?»

  Les apparences, il faut l’avouer, étaient trompeuses. L’adjudant chargé de la discipline, que les cris des garçons avaient alerté, pouvait difficilement deviner que le coupable se trouvait dessous et que le polisson qui caracolait sur son dos n’avait d’autre tort que de tenir à sa gamelle et de connaître un peu de judo. D’autant plus qu’il s’agissait en l’occurrence d’un adjudant spécialisé dans l’inspection des boutons de guêtres et des semelles de chaussures, qui n’avait jamais vu le feu, jamais exercé un commandement, et s’était contenté d’une carrière glorieuse opiniâtrement poursuivie depuis trente ans dans la même caserne.

        
« De quoi? tonna-t-il. Ça n’est même pas encore jeune recrue et ça veut faire la loi? Petite brute! Je m’en vais vous apprendre à vous bagarrer dans la cour du quartier! Civil ou pas, ça m’est égal. Si vous n’êtes pas content, vous irez le dire au colonel. Au trou, et pas de discussion! »
  A la grande surprise des spectateurs, le vainqueur n’opposa pas la moindre résistance, ne tenta pas la moindre justification. Il se releva lentement.

       
« J’emporte ma gamelle. Vous permettez? »

  Et, tête haute, il suivit l’adjudant jusqu’à la prison où il commença immédiatement une partie de dominos avec des soldats qui s’y trouvaient déjà. »


Analyse

Cet extrait, le premier chapitre du premier ouvrage de la série des Langelot, est parfaitement représentatif du style et de la densité de la plume de Vladimir Volkoff. Les thématiques essentielles de son œuvre s’y retrouvent : exaltation de l’action dans sa dimension la plus éloquente, à savoir la force physique, noblesse des valeurs, et, bien sûr, un humour qui dissimule à peine l’assurance, voire la vanité tout aristocratique du héros. Avec, en arrière-plan, la leçon universelle du monde de l’espionnage : les apparences sont trompeuses, les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être.
Dès l’incipit, le lecteur est confronté à une scène violente, entrée en la matière très théâtrale propice à l’attention, à la concentration et à l’intérêt du jeune lecteur. Le dialogue est rapporté de manière directe, et la scène décrite en focalisation externe, ce qui permet au lecteur d’être placé dans la tribune des témoins oculaires de l’algarade.
La teneur du dialogue, digne d’une dispute entre deux enfants dans une cour de récréation, est évidemment à rattacher à la tranche d’âge que ciblent les ouvrages de la Bibliothèque Verte, destinés à un lectorat préadolescent. L’atmosphère puérile de la scène, qui n’est pas sans évoquer les aventures du Petit Nicolas, est rendue à la fois banale et mystérieuse par l’anonymat des deux protagonistes en action, désignés par des épithètes peu éloquents, qui tendent au comique : « le grand rouquin agitant ses longs bras », « le petit blond se ramassant en boule ». La scène, pour être classique (une brute martyrisant plus petit que soi), n’en est pas moins, par là même, à même de susciter un intérêt chez le lecteur-spectateur, par le biais de sentiments divers, représentés dans l’audience : pulsions de violence chez certains (« Kss ! Kss ! mords-le »), motivées par un voyeurisme et un goût du sang ; empathie, sentiment d’injustice et de révolte chez d’autres, les « âmes sensibles », qui « ferm[ent] les yeux pour ne pas voir ratatiner leur camarade ». Ainsi, par la sobriété et la force de sa description, cette scène est-elle tout à fait à même de susciter l’engouement immédiat du jeune lecteur, jouant l’office, en quelque sorte, d’une captatio benevolentiae stylistique et thématique. Cinq répliques, décochées telles autant de flèches du Parthe, dressent un cadre dynamique dont les potentialités ne peuvent qu’amener le lecteur à tourner fébrilement la page, avide de connaître la suite des événements.
C’est ce moment de haute tension que choisit l’auteur pour quitter le point de vue externe au profit de la focalisation zéro, afin de nous renseigner sur la scène qui vient de se dérouler sous nos yeux, et de se livrer à des réflexions, conformément à l’aspect didactique de l’ouvrage : l’ensemble des Langelot, nous l’avons vu, regorge en effet de développements philosophiques, de références intertextuelles et d’allusions à de grandes figures ou événements historiques, comme l’évocation présente du Maréchal de Lattre de Tassigny[101]. Ce passage s’apparente plutôt à une analepse qu’à une digression, cette inversion du cours logique de la narration étant due à une volonté évidente de l’auteur de créer un effet d’attente. Du reste, la transition entre les points de vue est assurée par l’absence de structure verbale introduisant le complément circonstanciel « Une de ces casernes sinistres, malodorantes, etc. », qui prend la fonction de déictique, et contribue également à placer le lecteur au milieu du décor : le mouvement s’apparente ici à un regard circulaire qui, à la faveur d’un arrêt temporaire de l’action, examine les autres éléments de la scène, afin d’en parfaire la compréhension.
C’est en utilisant ce qui semble être un jargon militaire et bureaucratique – heureusement ponctué, il est vrai, d’incises telles que « au nom biscornu », « [e]lle faisait même mieux que cela » ou « [h]élas! », qui tempèrent le caractère aride de ce développement – que l’auteur nous fournit les éléments nécessaires à la compréhension de l’intrigue. Ces longues périodes, qui contrastent avec le caractère trivial des dialogues, sont un reflet exemplaire de la réussite littéraire de la série des Langelot, qui, par la force primitive des ressorts de l’intrigue que sont l’action, le mystère et la violence, parvient à plonger le jeune lecteur dans des développements intellectuellement et lexicalement plus complexes qu’on peut s’étonner de découvrir dans un ouvrage pour la jeunesse écrit dans la seconde moitié du XXe siècle. Rappelons-nous que la première aspiration de la Bibliothèque Verte était de rééditer les grands classiques de la littérature de jeunesse, de Daudet à Jules Verne : c’est bien cette tradition que revivifient les Langelot, à une époque où la décadence générale de la Littérature transparaît de manière flagrante dans les ouvrages composés pour la jeunesse, et où la médiocrité le dispute stérilement à l’indigence intellectuelle et littéraire. Ce développement nous décrit les rouages de l’administration militaire (à une époque où le service militaire était encore obligatoire pour tous les hommes, et représentait donc une réalité cruciale pour l’ensemble des familles), dans ses forces (noblesse de l’institution qui, palliant le dénuement pécuniaire de certains éléments très méritants, leur permet de poursuivre leurs études aux frais de l’Etat : c’est ici la première apparition de la dimension aristocratique, récurrente dans l’ouvrage, comme nous l’avons montré) comme dans ses faiblesses (deux des « garçons » en sont réduits à se battre pour une « gamelle modèle 14 modifié 39 », le « grand » ayant perdu la sienne et prétendant s’approprier celle du « petit » pour ne pas avoir d’ennuis avec son adjudant). Nous pouvons voir là un relent de la thématique centrale des apparences trompeuses : il n’y a pas d’uniformité du monde, le noble y disputant avec le trivial, en un lacis inextricable. En d’autres termes, malgré l’homogénéité factice des apparences, rien n’est absolument « blanc » ou « noir », rien ne présente un ton véritablement uni : le réel est une mosaïque que seul le regard du poëte[102], condensé dans sa plume, peut retranscrire.
Après ce développement nécessaire, le narrateur retourne au style direct, nous livrant la suite du dialogue, ou plutôt de l’échange d’invectives entre le « grand » et le « petit » : à l’assurance tranquille du « grand » qui, fort de la supériorité de sa stature (« Il dominait l’autre de la tête, d’une bonne demi-carrure et de la moitié de la longueur du bras » : cette description, grossièrement « mathématique », n’a cependant pas pour corollaire la suprématie du « grand », comme le montrera la suite des événements), en vient à menacer directement le « petit » de brutalités s’il refuse de lui donner sa gamelle, répond l’humour détaché du « petit », qui, à la faveur d’un calembour reposant sur la polysémie du verbe « assommer », qu’il emploie au sens figuré, vide les menaces du « grand » de toute substance, en considérant que ses rodomontades ont un caractère autrement plus dommageable que d’éventuels sévices physiques. Ainsi, toute la capacité de nuisance du « grand » est réduite à ses discours, particulièrement laborieux, et dénoncés dans la clausule « Il y en a qui sont doués, tout de même, comme orateurs », qui a valeur d’antiphrase. Cette joute verbale ayant été brillamment remportée par le « petit » Langelot (car c’est évidemment de lui qu’il s’agit), le « grand » recourt à ce qu’il considère comme son terrain d’excellence, la force physique.
La simultanéité de la menace verbale et de l’action physique de représailles, soulignée par la rigoureuse scansion de l’action, parfaitement cadencée par le style (« Et lança le poing »), n’empêche pas l’action d’être dissoute, complètement éclipsée, la narration épousant le point de vue des « âmes sensibles » qui ferment les yeux pour ne pas assister à cette scène révoltante, et ne les rouvrent que pour voir le « grand » étendu à plat ventre, « le bras tordu derrière le dos », le « petit » caracolant sur son dos, et lui demandant malicieusement : « Dis, je te casse l’avant-bras ou je ne te le casse pas. » Ainsi, le moment crucial vers lequel tendaient toutes les lignes de la narration, à savoir l’affrontement physique, est-il passé sous silence, écarté du récit : si cela peut impliquer une déception pour le jeune lecteur (d’autres scènes de combat, minutieusement retranscrites, écartent l’hypothèse d’un manque de talent chez l’auteur : comme nous le verrons, il excelle véritablement dans la description des combats), cela n’en contribue que plus aux visées didactiques de l’ouvrage, le lecteur étant placé malgré lui dans le camp le plus noble, celui des « âmes sensibles » éprises de justice.
Précisons que cette censure de la violence n’est guère coutumière dans les Langelot, dont certaines scènes frappent par leur caractère crû, par le réalisme des descriptions des blessures et de la mort : il s’agit ici d’une question de style, d’une touche humoristique plus que d’une hypothétique pudeur. Les premières impressions, peu favorables au succès du « petit », se sont donc révélées trompeuses, invitant le lecteur, et c’est là la grande leçon des romans d’espionnage en général et des Langelot en particulier, au doute, au questionnement permanent, à la recherche de la vérité du monde et des êtres qui se cache sous le fard des apparences. Le monde n’est pas tel qu’il semble être, et cette révolte de la réalité sur les apparences en rappelle la densité, l’insondable complexité.
Mais le narrateur nous rappelle immédiatement que les apparences priment dans la plupart des cas, ou, plutôt, pour la plupart des individus, ceux qui ne possèdent pas la pierre de Rosette nécessaire à la traduction, au déchiffrement du monde (c’est en esthète que Vladimir Volkoff considère le monde de l’espionnage, en ce qu’il permet de voir les rouages secrets de l’univers : c’est une perspective de poète, celle-là même qui faisait déclarer à Baudelaire « Qu’est-ce qu’un poète (…) si ce n’est un traducteur, un déchiffreur[103] » des correspondances invisibles du monde) : « L’adjudant chargé de la discipline », trompé par les apparences de la scène, en conclut que le fauteur de troubles est le vainqueur, alors que celui-ci « n’avait d’autre tort que de tenir à sa gamelle et de connaître un peu de judo ». Ce paradoxe, flagrant pour le lecteur qui a été témoin de la scène, n’est cependant guère étonnant : la grande majorité des individus juge d’après les apparences, à l’exception d’une poignée d’hommes d’élite aguerris, ceux qui ont eu le courage d’affronter le monde dans sa complexité et qui y ont survécu (le fait que les romans d’espionnage les plus réussis aient été composés par des agents secrets reconvertis en hommes de lettres[104] prouve la supériorité de l’expérience, du terrain, sur l’imagination). Le jeune lecteur est ainsi invité à la prudence, et au rejet des conclusions trop hâtives.
Nous l’avons largement vu, la pierre de Rosette en question n’est autre que l’action, seule instance à même de révéler les individus et d’en parfaire la condition : l’adjudant en question (« spécialisé dans l’inspection des boutons de guêtres et des semelles de chaussures, qui n’avait jamais vu le feu, etc. ») est l’antithèse même de ce modèle, et ne peut être à même de douter, de s’interroger, ceci étant le premier commandement de l’agent secret[105]. L’ironie mordante du narrateur, qui, par un jeu d’antiphrases, met à nu la médiocrité de ce sous-officier imbu de sa personne et son profond ridicule (« Petite brute! » est en effet une apostrophe des plus risibles), nous amène à découvrir la réalité des choses, l’autre côté du miroir, pour reprendre la formule de Lewis Carroll : la solennité, ou plutôt l’autorité et le pouvoir sont l’apanage des faibles, alors que ceux qui sont dotés d’une noblesse et d’une véritable force intérieure n’ont que faire des triomphes éphémères : il leur suffit d’avoir raison en droit. Ainsi Langelot ne tente-t-il pas de se justifier, et obtempère dignement, « tête haute », n’oubliant pas d’emporter sa gamelle. Plus loin dans l’ouvrage, lorsque le capitaine Montferrand lui demandera les raisons de cette altercation, il affirmera qu’il avait raison mais qu’il n’a pas essayé de l’expliquer à l’adjudant car celui-ci « n’était pas d’humeur à comprendre[106] ». Ainsi Langelot a-t-il conjugué à une capacité évidente à juger les hommes un respect absolu de l’autorité : le capitaine Montferrand lui reprochera, pour la forme, de n’avoir pas essayé de se justifier : « Il faut apprendre à avoir confiance en ses supérieurs […]. Les supérieurs sont rarement d’humeur à comprendre. Il faut les y forcer.[107] »
La discipline est une valeur fondamentale dans le monde militaire, même si elle souffre quelques exceptions[108]. Langelot, malgré l’injustice flagrante de sa peine – sans parler du fait qu’un civil est ici soumis à un règlement militaire, détail souligné par l’adjudant –, ne proteste pas, même si son comportement est plus imputable à une grande noblesse de caractère – qui lui permet d’apprécier, en esthète, la beauté de son geste – qu’à un strict respect de l’autorité. Il sait de tout bois faire flèche, et prend son parti sans hésiter une fois dans sa geôle, « où il comm[ence] immédiatement une partie de dominos avec des soldats qui s’y trouvaient déjà. »
            Ainsi ce premier chapitre, par la densité des thématiques qui y sont déployées, et par la parfaite discipline du style, mis tout entier et avec brio au service des visées de l’auteur, est-il représentatif du savoir-faire romanesque de Vladimir Volkoff, qui ne sacrifie jamais la qualité littéraire et philosophique au profit des ressorts premiers de l’action, les plus à même de susciter intérêt et attention chez le jeune lecteur, pas plus que la visée didactique de l’ouvrage ne lui fait oublier ceux-ci : son ouvrage est un modèle d’équilibre entre ces deux pôles qui, quoique non contradictoires en eux-mêmes, tendent à s’opposer dans le monde moderne, où la qualité littéraire authentique se fait rare : nous n’avons pas la prétention d’affirmer que Langelot est une réussite comparable aux ouvrages de Daudet ou de Jules Verne, mais d’une part qu’ils sont sans commune mesure dans la littérature pour la jeunesse de la seconde moitié du XXe siècle, et d’autre part qu’ils sont plus à même de susciter l’intérêt et l’engouement des jeunes lecteurs de l’ère contemporaine – décadente – , celle de la bande dessinée, du cinéma et de l’informatique. 


II. Lieutenant X, Langelot et les espions, Hachette, Bibliothèque Verte, 1966.

 Dans cet ouvrage, le deuxième de la collection, Langelot mène sa première véritable mission : elle consiste à protéger le Professeur Roche-Verger, surnommé M. Propergol[109], « le plus grand spécialiste français des fusées balistiques[110] ». A quelques jours du lancement d’une fusée française, carburant avec des propergols d’une formule inconnue jusqu’à présent, les services de police tentent désespérément de protéger l’inventeur de ce carburant, M. Roche-Verger, des services de renseignements étrangers qui veulent l’enlever afin de percer les secrets scientifiques dont il est dépositaire, ce avant que les autorités françaises ne les échangent à leurs nations respectives contre d’autre technologies : les services étrangers en question ne sont autres que ceux du Royaume-Uni et de l’Italie, alliés de la France.
Le Professeur Roche-Verger, particulièrement extravagant[111], refuse toute protection des services de police dirigés par le Commissaire Didier de la D.S.T., et s’efforce de leur mettre des bâtons dans les roues. Le S.N.I.F. – service du Ministère de la Défense –, inquiet de l’incapacité des services du Ministère de l’Intérieur à assurer la sécurité du scientifique, décide de l’enlever à leur barbe et de le maintenir dans un endroit secret jusqu’au lancement de la fusée. Il diligente Langelot pour une « mission de charme » auprès de Mlle Roche-Verger, jeune lycéenne, afin d’obtenir sa coopération en vue d’attirer M. Roche-Verger, son père, entre leurs mains. Face au refus bien compréhensible de celle-ci, Langelot « enlève » Mlle Roche-Verger, sans grande difficulté du reste, celle-ci étant enthousiasmée par les qualités du jeune agent secret et la perspective de vivre une aventure palpitante. Langelot parvient à échapper aux services anglais et italien, et amène Choupette – surnom de Mlle Roche-Verger – à ses supérieurs, les Lieutenants Alex et Charles, chargés de la mission. Ils parviennent à intercepter M. Roche-Verger, qui, enchanté de jouer un tour aux policiers chargés de sa protection, les suit sans résistance, accompagné de son ami M. Timothée, balayeur au Centre national d’études sur les fusées balistiques et cosmiques qui avait le malheur de se trouver avec le Professeur au moment de son « enlèvement ».



Cette joyeuse troupe – Alex, Charles, Langelot, Choupette, le Professeur et M. Timothée – se dirige vers la Méditerranée, une villa y étant prête pour les héberger jusqu’au lancement de la fusée. Ils parviennent à échapper aux services anglais et italiens – ainsi qu’à tous les services de police et de gendarmerie mis en alerte maximale par la disparition du Professeur – en sacrifiant Alex, abandonné aux mains des gendarmes, et parviennent à bon port. Cependant, Charles est grièvement blessé par de mystérieux ennemis, et Langelot se retrouve seul pour mener à bien la mission « Rosalie », d’autant plus seul que pour une raison mystérieuse, il ne peut plus prendre contact avec ses chefs à Paris pour leur rendre compte et demander des renforts ou des instructions. Il réussit à neutraliser les services anglais et italiens, mais finit par tomber entre les mains d’un troisième service de renseignements, ennemi celui-là, dont le chef se révèle être M. Timothée. Langelot, à l’aide des services anglais et italiens d’une part, et de la D.S.T. d’autre part, prévenue par Choupette qui avait réussi à s’échapper, parvient à reprendre la situation en main.
Cet ouvrage, au-delà de sa réussite littéraire, nous montre, à la faveur de rebondissements toujours inattendus, l’extraordinaire complexité du monde des services de renseignements, où, à la compétition violente et sans merci qui oppose les services secrets des nations ennemies (séparées par le « Rideau de Fer »), se joint une compétition plus pacifique, ou plutôt plus « sportive » entre les services de renseignements de puissances alliés, et même entre les services d’une même nation, le S.N.I.F. s’opposant, en un duel haletant, aux services du Ministère de l’Intérieur qui n’ont pas été informés de cette mission, cloisonnement oblige. Nous avions déjà eu un aperçu éloquent, dans Langelot agent secret, de la concurrence qui peut opposer différents services de renseignements dépendant du même ministère, en l’occurrence le S.N.I.F. et le S.D.E.C.E. L’humour est présent de manière intermittente, avec les calembours et facéties du Professeur Roche-Verger, et les insolences de Langelot. Son ingéniosité est magistralement à l’œuvre dans les premiers chapitres, celle-ci lui permettant de conquérir le cœur de Choupette et de jouer un tour pendable – le premier d’une longue série – au Commissaire Didier.
Cette scène est l’une des plus réalistes, des plus violentes de la série des Langelot : elle décrit la blessure par balle du lieutenant Charles, touché en pleine poitrine par une arme de calibre 7,65 (Beretta). La tension est portée à son comble par le fait que Langelot, le « bleu », le « bizuth » dont c’est la première mission, doit maintenant assumer l’entière responsabilité d’une opération qui avait été confiée à des agents plus expérimentés, qui ont été neutralisés.

Langelot et les espions, II, chapitre I., pp. 131-139.


  « Charles était étendu sur le dos, la tête dans un buisson, le pistolet toujours serré dans la main droite, la main gauche crispée sur la poitrine, du sang entre les doigts. Il gémissait légèrement, d’une voix rauque.
  « Charles ! », appela Langelot.
  Le blessé ouvrit les yeux, fit une grimace :
  « Ah !, c’est toi, petit… J’ai bien l’impression que… »
  Il s’arrêta pour cracher du sang.
  « Tu as une balle dans le poumon, dit Langelot. Et tu vas perdre connaissance d’ici une minute. Alors si tu as vu quelque chose, dépêche toi de parler! »
  Charles parut surpris par tant de dureté.
  « Très bien, petit. Tu prends les choses du bon côté, râla-t-il. Je n’ai rien vu que des branches qui bougeaient. J’ai voulu tirer le premier et puis…
     Tu as tiré le second. Pas d’autres révélations sensationnelles à faire ?
     Non.
     Alors tais-toi. Je vais voir si la balle est ressortie. »
  Langelot s’agenouilla, glissa la main sous le dos de Charles, la retira poisseuse de sang.
  « Bon, ça va. Tu n’as pas de corps étranger dans la paillasse. Et ça saigne de tous les côtés. Pas d’hémorragie interne. Tu en as pour quinze jours.
     Tu as fini de jouer les toubibs ?
     Je ne joue rien du tout. Je sors de l’école, moi, et je me rappelle encore un peu ce qu’on m’a appris. Je suppose que tu ne dois pas être précisément transportable, mais si je te gardes ici, tu risques d’y passer. Il vaut mieux que je te mette dans un hôpital. Pas vrai ?
     Je n’ai plus les idées très claires, dit Charles. Il n’y a qu’une seule chose qui importe : la mission. Tu sais ça, le bleu ? Maintenant, c’est toi le responsable. »
  Il fit encore un effort pour plaisanter :
  « Si ça rate, c’est toi qui iras t’expliquer avec Snif en personne. Et gare à toi si tu te fais coincer par les Anglais, les Italiens ou même par la police!
     Vous ne croyez pas que nous pourrions le soigner ici ? », demanda Choupette.
  Le premier moment de peur passé, elle avait suivi Langelot en courant, et se tenait maintenant derrière lui.
  « Non, dit Langelot. Enfin, nous pourrions toujours le soigner, mais pour le guérir, ce serait une autre affaire.
     Avez-vous très mal, Charles ?
     Beaucoup moins depuis que vous êtes là », bredouilla le blessé galamment – et perdit connaissance.
  Choupette et Langelot s’entre-regardèrent. Ils savaient l’un et l’autre que toute la responsabilité de l’aventure pesait maintenant sur les épaules du jeune Snifien dont c’était la première mission. Et Langelot lui-même qui, d’ordinaire, ne manquait pas d’assurance, se sentit tout à coup bien ignorant, bien inexpérimenté, pour diriger tout seul l’opération Rosalie… 
  Il aspira beaucoup d’air et dit :
  « Choupette, dans le coffre de la Mercedes, il y a une mallette avec une croix rouge dessus. Va me la chercher.
     Les clés du coffre ?
     Un moment. Charles doit les avoir. »
  Il s’agenouilla près du blessé, lui fit les poches, mettant tout ce qu’il trouvait dans un mouchoir qu’il avait étalé par terre. Lorsqu’il eut trouvé les clés, il les donna à Choupette, sans un mot. Elle partit en courant.
  Il acheva de vider les poches de Charles, noua le mouchoir après s’être bien assuré qu’il ne restait plus rien qui pût révéler l’identité du blessé.
  Puis, le pistolet au poing, il battit le maquis dans un rayon de trente mètres, cherchant les traces du passage de l’inconnu, peut-être une trace de sang, si Charles ne l’avait pas manqué. Ces recherches demeurèrent vaines, à cela près que l’odeur du tabac flottait encore aux alentours d’un chêne vert, qui avait pu servir de masque au guetteur adverse.
  Choupette accourait, portant la mallette, suivie de son père et de M. Timothée. Langelot alla à leur rencontre.
  « Monsieur le professeur, Charles vient d’être blessé, et c’est moi, maintenant, qui suis responsable de votre sécurité. Si vous acceptiez de ne pas me compliquer le travail, je vous en serais très reconnaissant. Rentrez dans la cave, je vous en prie…
     Dites donc, jeune homme, vous ne vous imaginez pas que vous allez me donner des ordres ?
     Certainement pas, dit Langelot, sèchement. Je ne me le permettrais jamais. Tout ce que je peux faire, c’est de vous demander de suivre mes conseils… ou alors de vous y contraindre. J’ai une mission à remplir, monsieur Roche-Verger. »
  Le grand professeur dégingandé, avec son pantalon de golf et sa veste de daim, et le petit blondinet, dans son chandail et son pantalon noirs, se faisaient face, comme s’ils allaient en venir aux mains. La victoire, du reste, ne faisait pas de doute : l’agent du S.N.I.F., rompu à toutes les ruses du combat rapproché, aurait assommé le savant d’une seule main.
  M. Timothée toussota d’un air gêné. Choupette saisit son père par le bras :
  « Papa, mon petit papa ! Tu ne trouves pas que Langelot est un gentil garçon ?
     Si, dit le professeur.  A cela près qu’il ne connaît pas de devinettes…
     Alors je suis sûre que tu ne voudras pas lui causer de difficultés. Il aurait beaucoup d’ennuis avec ses chefs, tu sais, si tu te faisais enlever par les espions.
     Toi aussi, Choupette, tu crois aux espions ? Ah !, ma fille, tu me déçois beaucoup.
     Mais, papa, qui d’autre aurait tiré sur Charles ? »
  Le professeur se passa la main sur le front :
  « Parce qu’on a tiré sur Charles ?... Oui, j’avais omis de prendre cet élément-là en considération… Et où est-il, Charles ?
     Sous ton nez, papa. Et nous allons le panser, Langelot et moi.
     Très juste. Comment ne m’en étais-je pas aperçu ?... Dans ces conditions… J’espère que le pauvre jeune homme en réchappera ?
     Il en réchappera sûrement, dit Langelot. Puis-je vous demander une fois de plus, monsieur le professeur, de retourner dans la cave ? M. Timothée vous tiendra compagnie et Choupette m’aidera à panser le lieutenant.
     Et bien, c’est entendu, dit l’excellent M. Roche-Verger. A moins que vous ne préfériez que je fasse le guet ?
     Ce sera inutile. Allez vous abriter dans la cave : je ne vous demande pas autre chose. »
  Roche-Verger s’éloigna, suivi de Timothée. Choupette aida Langelot à ôter à Charles sa veste de tweed et sa chemise, que le sang engluait déjà.
  « Passe-moi l’alcool, commanda Langelot.
     Tiens. Oh ! comme le sang coule ! C’est horrible.
     De l’ouate ! Dépêche-toi ! »
  Avec un tampon d’ouate imbibé d’alcool, il comprima la blessure.
  « Langelot !
     Oui ?
     Je crois que je vais me trouver mal.
     Je ne te le conseille pas.
     Pourquoi ?
     Je serais obligé de te donner des claques pour te ranimer. Aide-moi plutôt à le retourner sur le ventre. »
  Pâle comme un linge, elle obéit.
  « La blessure est propre, nette, dit Langelot. Balle chemisée. Tant mieux. Pas d’os touchés, j’espère. Passe-moi la bande. »
  Il désinfecta, tamponna, banda.
  « Maintenant, l’échelle.
     Quoi ? »
  Il était déjà parti en courant. Elle le suivit. Il rapporta l’échelle que les peintres avaient oubliée. Dessus, ils étendirent le blessé, que Langelot avait soulevé par les épaules et Choupette par les pieds.
  « Prends le petit bout de l’échelle. Un, deux, trois, hop ! En avant marche ! »
  Il prit soin de marcher à la même cadence qu’elle, mais au pas contrarié, pour moins secouer le blessé, toujours inconscient.
  Ils arrivèrent au garage, où Charles avait laissé la voiture. Avec toutes les précautions possibles ils le déposèrent sur le siège arrière.
     Je viens avec toi, dit Choupette.
     Pour quoi faire ?
     Pour t’accompagner. Et puis j’aurais trop peur de rester ici.
     Pas question. Tu vas retourner chercher le pistolet et le mouchoir de Charles avec toutes ses affaires. Puis tu vas faire déjeuner ton père et Timothée, mais dans la cave, après avoir manœuvré la porte blindée. Tu ne m’ouvriras que si je te dis : « Snif, snif ! ».
     Qu’est-ce que c’est que ça ?
     C’est mon cri de guerre. »

Analyse

Le lecteur, à travers les yeux de Langelot, est directement confronté à cette scène sanguinolente, rendue d’autant plus violente par l’attachante personnalité de Charles, la victime, avec qui il ne pouvait manquer de se prendre d’amitié. Les asyndètes qui parsèment les énoncés narratifs, ayant valeur d’hypotypose, accusent éloquemment le caractère violemment confus de ce tableau réaliste, que Langelot considère progressivement. La force suggestive des termes utilisés (« serré », « crispée », « gémissait », « voix rauque », « grimace », « cracher du sang », « poisseuse », etc.) donne une dimension tragiquement palpable au drame qui se joue sous les yeux fébriles et consternés de Langelot – et de son double, le lecteur, embrassé dans l’apostrophe « petit ».
            Aux râles saccadés de Charles, répondent les dures admonestations de Langelot, qui, paradoxalement, ne sont pas tant le signe de son sang-froid – dont la contagion s’étend cependant à Choupette, et a fortiori au lecteur – qu’un inquiétant rappel du caractère scolaire de son savoir, de son inexpérience accablante. En effet, les soins d’urgence à apporter aux blessés relèvent d’un savoir théorique, et donc du réflexe pour Langelot, frais émoulu de l’école du SNIF ; mais il en ira tout autrement pour la poursuite de la mission elle-même. On devine donc que Langelot ne s’investit fiévreusement dans ces activités techniques que pour mieux occulter, même provisoirement, les suites de l’opération, qu’aucun manuel ne peut avoir prévues : ainsi son jargon médical, son ton cassant, sa brutalité même ne sont-elles qu’un rempart factice contre les obscurs développements à venir, qu’il refuse d’anticiper. Charles, dont la vie est en jeu, adopte une attitude contraire : léger et galant, il raille la niaise anxiété de son cadet. En véritable professionnel, il ne voit dans cette situation qu’une composante inhérente à son métier, le danger – Graham Greene n’appelait-il pas l’espionnage ‘The Great Game’, le « grand jeu » ?
La tension dramatique, portée à son comble avec l’évanouissement de Charles, est cependant modérée par le professionnalisme de Langelot, littéralement transformé par les événements : la narration en focalisation interne de la battue méthodique de Langelot contribue à placer directement le lecteur dans l’esprit de Langelot (il prend mentalement note du fait que le « chêne vert (…) avait pu servir de masque au guetteur adverse »), et donc dans le feu de l’action : l’emploi incongru du terme de « masque » pour désigner une position stratégique épouse l’esprit confus de Langelot, taraudé par l’identité mystérieuse des assaillants de Charles. C’est là une démonstration magistrale du caractère éminemment formateur du danger. Choupette elle-même, en un instant, oublie sa peur et devient le plus dévoué des adjoints, et son esprit pratique pallie la nervosité bien compréhensible de Langelot, qui est telle qu’il ne pense pas immédiatement aux « clés du coffre » : car si tous les protagonistes, jouant leur vie – encore Langelot est-il le seul à en prendre véritablement conscience –, ont logiquement un intérêt pratique à la réussite de la mission, c’est bien sur ses épaules que repose la sécurité de la troupe[112]. Et quelle troupe : la ravissante Choupette, l’extravagant Roche-Verger et l’insignifiant Timothée, balayeur ! En cas d’échec, il devra en assumer seul la responsabilité morale, sans parler des reproches prévisibles de ses supérieurs.
On comprend aisément que Langelot, écrasé par un tel fardeau, ne soit pas précisément porté à la diplomatie face aux caprices du Professeur Roche-Verger, qui s’entête à nier la gravité de la situation. La sourde confrontation qui les oppose constitue un second moment de tension qui, pour être plus léger que le précédent, n’en est pas moins vif : Langelot, partagé entre le respect dû à son illustre aîné et ses devoirs de chef de mission, n’est sauvé que par l’intervention tactique de Choupette, qui, connaissant les lubies de son père, amène cet « excellent » homme à considérer le caractère tragique de la situation, et à agir en conséquence. Bien entendu, il est extrêmement improbable que M. Roche-Verger, ayant entendu des coups de feu et accourant aux nouvelles, n’ait pas remarqué Charles gisant à ses pieds : mais le personnage même du Professeur Propergol est peu vraisemblable, son rôle dans la série étant avant tout humoristique et pittoresque. Cette personnalité excentrique, dont la distraction proverbiale dépasse largement les limites de l’acceptable (il se rase une joue et oublie de se raser l’autre, s’amuse à mettre des grenouilles dans les poches de ses confrères[113], etc.), constitue évidemment une variante sur le poncif du « savant fou » – son pendant maléfique est M. T. –, et s’explique aisément dans le cadre d’un ouvrage pour la jeunesse, dont les personnages doivent être attachants et aisément reconnaissables grâce à des traits distinctifs éloquents. L’extravagance du Professeur est justifiée dans l’ouvrage comme la « rançon du génie », un individu ne pouvant se dévouer impunément à un seul domaine de recherche.
Langelot, dont la mission est de protéger M. Roche-Verger, lui ordonne logiquement de s’abriter, mais il n’hésite pas à risquer la vie de Choupette, laissée à sa disposition du fait de l’irresponsabilité chronique du Professeur : ce n’est pas la dernière fois qu’Hedwige sera inconsidérément exposée aux mêmes périls que Langelot (cf. Une Offensive signée Langelot). La dernière scène du chapitre, nous présentant les soins donnés au blessés à travers les regards croisés de Langelot et de Choupette, constitue un rappel du caractère « horrible » d’une blessure par balle, décrite en termes très réalistes : la chemise de Charles est « engluée » de sang, et le « sang coule » à flots, comme le suggère parfaitement l’exclamation concise de Choupette. Le contraste est saisissant : aux constats primitifs et émus de l’innocente Hedwige (« comme le sang coule », « C’est horrible »), s’opposent la froide expertise clinique de Langelot (« La blessure est propre, nette », « balle chemisée[114] »), dans tout ce qu’elle peu avoir de plus choquant pour des yeux de néophyte (comment une blessure sanglante pourrait-elle être « propre » ?). Le professionnalisme de Langelot est parfaitement rendu par la construction asyndétique « Il désinfecta, tamponna, banda », fidèle reflet de sa compétence – mais notons bien évidemment le fait même qu’il parle à haute voix, symptôme non pas d’éventuels égards pédagogiques pour Choupette (même si c’est le rôle latent qu’ils ont pour le lecteur), mais de la nervosité qu’il essaie de contenir.
La brutalité de Langelot le rend ici méconnaissable : alors que quelques heures plus tôt, par délicatesse envers Choupette qui s’était endormie sur son épaule, il n’osait répondre à Charles que par des mouvements de paupière de peur de la réveiller[115], il la morigène ici très rudement (« Je serais obligé de te donner des claques pour te ranimer. »), violence nécessaire afin de maintenir la jeune fille consciente. Le procédé, malgré sa brutalité, réussit, Mlle Roche-Verger, malgré son dégoût (« Pâle comme un linge ») et son inexpérience, remplissant brillamment son office d’infirmière. Remarquons qu’entre le début et la fin de ce chapitre, Choupette et Langelot, tous deux grandis par l’épreuve du danger, sont insensiblement passés du vouvoiement au tutoiement.
Ce chapitre particulièrement violent finit comme finissent tous les Langelot, sur une note d’humour, l’évocation du fameux « cri de guerre » de Langelot, « Snif, snif ! » : devise parfaitement représentative de l’esprit de l’ouvrage, qui, sous l’apparence de la plus innocente légèreté, appelle le jeune lecteur à la vigilance et à l’esprit critique, c'est-à-dire à la maturité.


III. Lieutenant X, Langelot et le satellite, II, chapitre 11, Hachette, Bibliothèque Verte, 1967.
Ce Langelot, le troisième épisode, fait également partie des fleurons de la série, l’intrigue étant passionnante et soutenue par de multiples rebondissements et accélérations. Langelot assume ici l’identité de Jean-Jacques Lissou, le fils d’un industriel influent qui s’est rendu coupable de fraudes et de falsifications qui tombent sous le coup de la loi, et qu’un organisme international d’espionnage industriel, le B.I.D.I. (Bureau International de Documentation Industrielle), a essayé de faire chanter afin d’obtenir des renseignements sur les secrets de fabrication de l’usine de son père. Cet organisme étant une cible prioritaire pour le S.N.I.F., Montferrand hérite du dossier ; l’affaire est étouffée, et le jeune Lissou disparaît de la circulation. Une année plus tard, il resurgit à nouveau, sous les traits de Langelot, et sert d’appât pour attirer le B.I.D.I. Langelot, sous l’identité de Jean-Jacques Lissou, se fait engager dans un laboratoire touchant à la sécurité nationale, Laser-Maser, espérant que les membres du B.I.D.I., dont le réseau semble être particulièrement influent, profiteront des preuves accablantes dont ils disposent contre Jean-Jacques Lissou afin de lui soutirer des informations sur le laser à diode semi-conductrice, grande innovation sur laquelle travaillent les scientifiques de Laser-Maser. La mission de Langelot est donc d’infiltrer ce laboratoire, et d’attendre patiemment que les « bidiens » le contactent. Comme le pensait le capitaine Montferrand, cette mission était extrêmement aisée : une « mission de pure routine » excellente pour sa formation. « Du travail de précision, d’attente, sans tapage. Parfait pour débutants.[116] »


Au B.I.D.I.

« La suite des événements allait lui donner un démenti éclatant.[117] » En effet, Langelot est rapidement contacté par des membres du B.I.D.I., qui, il s’y attendait, le menacent de révéler ses falsifications s’il ne coopère pas avec eux : il se met donc à leur service, et leur fournit des documents sur les recherches du Professeur Steiner, soigneusement préparés par les scientifiques du S.N.I.F. Cependant, les événements vont s’accélérer de manière dramatique : brusquement, Langelot est conduit auprès de la direction du B.I.D.I., et, à partir de ce moment, perd tout moyen de contacter ses supérieurs : les services du B.I.D.I., grâce à leurs sources confidentielles, ont obtenu des informations sur un satellite soviétique en perdition, le Vostok 18, et ont décidé de s’en emparer afin de vendre sa technologie au plus offrant. Pour ce faire, ils ont besoin du concours d’un physicien spécialiste des lasers (ce satellite en possède un), et le leur s’étant suicidé, ils n’ont eu d’autre choix que de s’adresser à Langelot.
Ils ont également besoin d’un mathématicien spécialiste des vols cosmiques pour calculer, d’après leurs données, le point de chute du satellite. Langelot, accompagné de M. Huc et de « Tonton » Olivier, est donc chargé d’enlever Mlle Véronique Chevrot, dite « Nikky », mathématicienne à la section « Satellites artificiels » de l’Institut d’astronomie. Langelot, contraint de jouer son rôle s’il veut démasquer l’ensemble de l’organisation, obtempère, et Nikky, enlevée et forcée de collaborer avec ses ravisseurs, parvient à déterminer l’heure et le point de chute du satellite, qui doit s’abîmer près de la frontière entre l’Algérie et le Maroc, côté algérien, près de la base française de Colomb-Béchar (base française de lancement de fusées et de fusées-sondes, abritant le Centre Interarmées d'Essais d'Engins Spéciaux, et évacuée en 1967 suite aux Accords d’Evian). Afin de ne pas avoir d’ennuis avec les militaires français, la direction du B.I.D.I., qui jouit de complicités aux plus hauts niveaux, fomente un conflit entre le Maroc et l’Algérie sur la base de revendications territoriales, afin d’avoir les mains libres pour procéder à l’enlèvement du Vostok.
L’influence du B.I.D.I., considérable, lui permet d’arriver sur les lieux avant tous, mais les « bidiens » ne parviennent pas à démonter le satellite, l’astronaute soviétique refusant toute discussion sans la présence d’un représentant de l’URSS. Le B.I.D.I., qui a été confronté diplomatiquement à une première délégation française menée par le Commissaire Didier de la DST, confrontation remportée par l’organisme d’espionnage industriel grâce à ses relations au Maroc, décide finalement, par manque de temps, de transporter le satellite en territoire marocain afin de pouvoir procéder à son démontage et l’analyser. Cependant, Langelot, au désespoir d’entreprendre une action qui puisse faire triompher son service, commence à s’interroger sur plusieurs éléments étranges de cette histoire, et, avec l’aide de Nikky, finit par démêler l’écheveau : toute cette histoire ne peut s’expliquer que si ce satellite soviétique n’en est pas un – il constitue en effet un appât pour attirer le B.I.D.I., l’opération étant dirigée par le Commissaire Didier de la D.S.T.
Langelot, après un combat épique contre M. Huc, ancien catcheur professionnel (c’est ce passage qui fait l’objet de notre analyse), parvient à prendre contact avec l’astronaute (qui se révèle être un agent de la D.S.T., conformément à l’intuition de Langelot), et, avec son aide, à neutraliser le B.I.D.I.
            Cette intrigue, qui peut sembler invraisemblable à première vue, n’en est pas moins parfaitement cohérente, sa complexité même étant une invitation didactique à la perspicacité, formulée à l’intention du lecteur, et qui l’amène à comprendre que les rouages secrets qui meuvent les relations internationales sont sinon tout à fait différents, du moins plus complexes que les motifs « officiels » destinés à l’opinion publique. Assertion qui est du reste parfaitement démontrée par les archives déclassifiées des gouvernements, qui nous permettent de jeter une lueur sur les véritables causes des événements passés. Nous pouvons citer in extenso le passage qui se réfère à cette réalité :
Les journaux parlèrent beaucoup du satellite artificiel soviétique perdu corps et biens.
Les récits les plus incroyables furent publiés à ce sujet.
Personne ne remarqua que la disparition du satellite avait étrangement coïncidé avec des démêlés algéro-marocains à propos de la frontière saharienne.
Personne ne devina – sauf quelques spécialistes – que les deux affaires étaient étroitement liées. Et seuls les chefs directs de Langelot et le commissaire Didier, de la D.S.T., surent la part que le jeune agent secret y avait prise.[118]

            Cette leçon fondamentale de l’œuvre de Vladimir Volkoff en général et des Langelot en particulier, à savoir que la réalité du monde est toujours plus complexe que les apparences, est illustrée de manière magistrale par cet ouvrage. Loin de nous inviter à la psychose et à « l’espionnite aigüe » que fustige le Professeur Roche-Verger, loin de nous amener à voir des conspirations partout, il nous invite à la prudence, à la rigueur scientifique et surtout au doute permanent, à la fois quant à soi et quant au monde qui nous entoure. C’est par l’application méticuleuse du doute cartésien que Langelot a pu démêler le « montage » organisé par le commissaire Didier. Nous pouvons retranscrire l’échange entre Langelot et le « cosmonaute », qui nous dévoile tous les ressorts cachés de cette histoire :
Il y avait tout un ensemble de points qui ne s’expliquaient que si ton vaisseau était un faux vaisseau et toi, sans vouloir te blesser, un cosmonaute bidon. Pourquoi le service de M. Estienne, qui aurait dû s’inquiéter de ce fameux satellite, ne s’en préoccupait-il pas le moins du monde ?
                                — Parce que la D.S.T. l’avait prévenu.
— Pourquoi les Français de Colomb-Béchar n’étaient-ils pas arrivés sur place avant le B.I.D.I. de Paris qui avait pourtant deux heures de handicap ?
— Parce que, au contraire, ils s’étaient embusqués à bonne distance.
— Pourquoi n’envoyais-tu plus de messages, après avoir « atterri » ?
— Parce que les Soviétiques risquaient de trouver que la plaisanterie avait trop duré.
— Pourquoi pouvait-on toucher la coque du vaisseau alors qu’elle aurait dû être à moitié fondue de chaleur après sa rentrée dans l’atmosphère ?
— Parce qu’elle n’en est jamais sortie.
— Pourquoi ce vaisseau soviétique est-il tombé si près de Colomb-Béchar ?
— Parce que les installations cosmiques françaises se trouvent dans la région.
— Pourquoi le commissaire Didier, spécialisé dans le contre-espionnage, est-il venu enquêter en territoire marocain ou algérien sur un satellite russe ?
— Parce qu’il était à l’origine de toute l’histoire.
— Pourquoi, quand tu parlais russe, avait-on l’impression que tu faisais passer un disque ?
— Parce que c’était précisément ce que je faisais.
— Et bien, voilà, mon vieux, les déductions savantes que j’ai faites. Si tu n’étais pas un cosmonaute soviétique, mais un policier français de la D.S.T., tout s’expliquait de soi-même.
— Chapeau !

            Certes, cette histoire est extrêmement complexe ; mais elle n’est aucunement invraisemblable. Bien entendu, les démêlés frontaliers entre l’Algérie et le Maroc sont une réalité historique – réalité qui a permis la réussite du complot bidien – que l’auteur ne nous amène pas à remettre en cause, pas plus qu’il ne nous invite à croire qu’ils ont été fomentés dans des desseins peu louables ; il se contente simplement de nous montrer que cela est de l’ordre du possible.
            Cette intrigue aux multiples rebondissements est, en quelque sorte, et au même titre que l’ensemble de l’œuvre de Vladimir Volkoff, l’illustration littéraire de son appel à la vigilance, à l’intelligence du lecteur. C’est, nous avons essayé de le démontrer, son anticonformisme, son caractère iconoclaste qui expliquent qu’il soit resté inconnu du grand public. On découvre dans cet ouvrage des réflexions qui montrent la grande actualité des textes de Volkoff : ainsi Mme Schasch, responsable du B.I.D.I., affirme-t-elle avec cynisme que ce que le vulgaire appelle « crime », elle le nomme « élimination chirurgicale », jargon qui, bien qu’émanant ici d’une organisation criminelle sans scrupules, n’est pas sans rappeler les euphémismes de certaines nations prétendument respectueuses des droits de l’homme qui, pour désigner les victimes civiles de leurs « frappes chirurgicales », parlent de « dommages collatéraux », et clament haut et fort l’infâme thèse selon laquelle il y a une différence morale entre des actions terroristes visant délibérément des civils, et des frappes indiscriminées qui touchent des innocents. Toutes ces thématiques, réservées aujourd’hui à un public spécialisé, ne manquent pas de surprendre dans un ouvrage pour la jeunesse.
            Cet épisode recèle de multiples trésors, que nous ne pouvons qu’évoquer brièvement, tant la densité de la plume volkovienne est forte : Mme Schasch suggère que les soviétiques mentent sur les numéros qu’ils octroient aux satellites qu’ils envoient dans l’espace, écartant du décompte les lancements qui ont échoué : ce satellite en perdition (le fait que le « grand constructeur[119] » parle des valeurs de la « patrie soviétique » à l’astronaute est, pour le B.I.D.I., la preuve qu’il est perdu) n’aura donc aucun numéro officiel ; Langelot, dans un élan de solidarité avec l’astronaute en perdition, qui, comme lui, exécute une mission dangereuse et solitaire au service de sa patrie, essaie de convertir les données brutes qu’il analyse (apogée, périgée, inclinaison, etc.) en « angoisse humaine » ; la nationalité française de Jean-Jacques Lissou est étrangement soulignée par le cosmonaute (« sans qu’on pût savoir s’il en était content ou mécontent »), ce que nous lisons à rebours comme une déception de l’agent de la D.S.T., qui voit l’un de ses compatriotes au sein d’une organisation criminelle ; de même, l’assimilation allusive des propos tenus en russe à un discours politique est rétroactivement éclairée par la mention du disque que passait le cosmonaute, ce qui constitue une subtile référence au caractère factice de ces discours. Ainsi une relecture minutieuse de l’ouvrage nous permet-elle de remarquer que tous les détails ont leur importance.

Langelot et le satellite, II, chapitre II, pp. 194-201.



  « Un dernier rayon de lumière rouge trembla sur les plaques de plexiglas des deux hélicoptères… Puis, brusquement, ce fut la nuit.
  Soudain, un grand cri retentit dans le désert. Un cri de femme, suivi de jurons épouvantables. Une des deux tentes venait de s’effondrer sur tonton Olivier qui y faisait un petit somme vespéral. Tout cela par la faute de Nikky, car elle était passé trop près des piquets et s’était pris le pied dans une corde. A vrai dire, Langelot venait d’arracher deux piquets du même côté, mais, grâce à l’obscurité, personne ne s’en était aperçu. Nikky et Olivier se débattaient en criant ; tous leurs efforts n’aboutissaient qu’à les immobiliser plus sûrement (surtout ceux de Nikky) ; bientôt presque tous les bidiens s’étaient rassemblés autour de ce tas de toiles et de corps humains, donnaient des conseils, tiraient sur les cordes, trébuchaient sur les piquets et ajoutaient à la confusion générale.
  Langelot, lui, se glissait vers le car de télécommunications.
  Les cloisons étant parfaitement insonorisées, la patronne du B.I.D.I., installée dans la cabine d’habitation, n’entendait rien de ce qui se passait dans la cabine télé. Quant aux opérateurs, il y en aurait sûrement un de permanence : les autres – du moins Langelot l’espérait – seraient occupés avec la tente. Et un seul opérateur de radio ne faisait pas peur à l’agent secret, rompu à tous les sports de combat.
  Langelot gravit les trois marches métalliques qui menaient à la porte de derrière, tourna la poignée et pénétra à l’intérieur.
  Il avait ôté sa veste pour avoir les mouvements plus libres. Il sentait tous ses muscles fermes et obéissants. Il était plein de cette vaillante gaieté qui l’envahissait toujours à l’approche du danger.
  Une fois dans le car, il referma soigneusement la porte et mit la clef dans sa poche. Puis il se tourna vers l’unique occupant de la cabine, qui s’était levé à sa rencontre… C’était M. Huc.
  M. Huc, cent dix kilos, cent trente de tour de poitrine, ancien catcheur professionnel. M. Huc, que les opérateurs suisses avaient laissé garder le véhicule à leur place.
  Langelot n’était pas précisément un lâche, mais il eut un mouvement de recul lorsqu’il jaugea l’adversaire qu’il aurait à combattre…
  « Qu’est-ce que tu veux, toi ? » demanda M. Huc de sa voix raffinée.
  Langelot chercha des yeux n’importe quel objet qui pourrait lui servir d’arme. Il n’en trouva pas. M. Huc, lui, était sans doute encore en possession du gros pistolet qu’il avait tiré tout à l’heure, lorsque le commissaire Didier et le capitaine Mostefaï avaient visité le camp.
  Sans doute aurait-il été facile d’envoyer M. Huc faire une commission sous quelque prétexte, mais à quoi cela servirait-il ? Il reviendrait et interromprait Langelot en plein travail ; s’il trouvait la porte fermée, il donnerait l’alarme.
  « Je viens faire un brin de causette, dit le garçon. Que pensez-vous de la philosophie de Kant, M. Huc ? Vous savez : la critique de la raison pure et tout ça.
     De quoi ?, questionna intelligemment le colosse.
     Moi, cela me paraît un peu vieux jeu. Je serais plutôt bergsonien. J’espère que ça ne vous gêne pas.
     Pourquoi que t’as mis c’te clef dans c’te poche ? rétorqua M. Huc, allant droit au fait. Rends-moi la clef, et ne te paie pas ma tête. Allons, plus vite que ça. »
  Il fit un pas en avant ; Langelot, sans reculer, se mit en garde.
  « Dis donc, fit M. Huc, moi, tu sais, une gifle c’est vite parti. Et une gifle de M. Huc, ça te met à l’hôpital pour quinze jours.
     C’est peut-être plus vite parti qu’arrivé, répondit Langelot. Essayez toujours, vous verrez. »
  Il avait beau crâner, il n’en menait pas large.
     Tu cherches la bagarre, gringalet ?
     Ca se pourrait bien.
     Attrape celle-là pour commencer.
  Vlan ! Le poing droit de M. Huc fut projeté en avant, comme par une catapulte.
  Langelot plongea dessous, et riposta du pied à l’estomac.
  Le garçon ne manquait pas de muscles dans les cuisses, mais contre les abdominaux de M. Huc, ils étaient impuissants. Le catcheur encaissa le coup de pied et ricana.
   « T’as pas mangé assez de soupe, mon garçon. »
  Rapide comme l’éclair, Langelot cogna du poing au menton. Son poing rebondit. Le sourire de M. Huc s’élargit encore.
  « T’as fini de me faire des chatouilles, petit ? »
  La boxe étant ainsi ridiculisée, il fallait recourir au jiu-jitsu. Langelot frappa au cou, du plat de la main, comme on le lui avait enseigné… Le géant se contenta de gonfler ses muscles en rentrant sa tête dans ses épaules, et la main de Langelot rebondit à son tour.
  M. Huc fit un pas en avant.
  Une nouvelle fois, il lança le poing. Ce poing-là aurait assommé un bœuf. Cependant, le garçon, profitant de sa petite taille, l’esquiva et contre-attaqua : la tête en avant, dans le plexus solaire du colosse..
  C’est là un des coups les plus dangereux du combat rapproché. Bien porté, il occasionne la mort.
  De toutes ses forces, Langelot se jeta, frappant de la pointe du crâne à la base du sternum.
  Un rire homérique lui répondit. Lui-même, il fut rejeté en arrière et alla donner des reins contre la porte du car.
  Et M. Huc fit encore un pas.
  Alors Langelot se laissa tomber sur le dos, les pieds levés, mobiles comme des bielles de machine, terribles pour tout autre adversaire que celui-là.
  « T’as fini de faire du vélo ? » dit simplement M. Huc.
  Il s’avança encore et se pencha, les bras écartés, ne cherchant même pas à protéger son visage.
  Langelot aurait pu le frapper au menton, autant de fois qu’il aurait voulu. A quoi bon ? Il n’essaya même pas.
  Il se savait perdu, à moins de réussir le dernier coup qu’il allait tenter. Tout son judo – qui est l’art de déséquilibrer l’adversaire – ne lui servait à rien, car M. Huc était à peu près aussi facile à déséquilibrer que la pyramide de Chéops. Par son poids seul, il écraserait le garçon sous lui.
  Déjà, il se penchait plus bas, grimaçant un sourire féroce.
  « Je m’en vais te dresser... »
  Ses mains s’ouvraient pour l’étranglement.
  Il s’agenouilla avec un grognement d’anticipation.
  Alors Langelot, souple et léger, lui noua les jambes autour de la taille et lui planta les deux pouces au creux des clavicules, comprimant délicatement les artères sous-clavières, qui portent le sang au cerveau.
  M. Huc se secoua, mais les jambes nerveuses de Langelot tinrent bon, enserrant comme des crochets les côtes du géant.
  M. Huc se releva avec un han d’haltérophile, mais Langelot l’accompagna dans son mouvement, suspendu à son cou comme une sangsue.
  M. Huc essaya de le repousser avec les mains, mais Langelot avait, cette fois, l’avantage. Se collant à la poitrine de son adversaire, il ne le laissait pas déployer ses bras.
  Peu à peu, la face de M. Huc changeait de couleur. Le sang n’arrivait plus en quantité suffisante à sa tête. Les forces commençaient à lui manquer.
  Il écarta les bras et se mit à marteler les côtes de Langelot. Un seul de ces coups de poing, donné une minute plus tôt, aurait fait lâcher prise au garçon. Mais maintenant, M . Huc manquait de vigueur et de précision. Chaque coup était moins violent que le précédent.
  « Je peux bien avoir une côte fêlée ou deux, se disait Langelot, mais apparemment je tiens le bon bout. »
  Les pouces fouillant toujours les « salières » de M. Huc, la poitrine gonflée à craquer pour mieux résister aux poings du catcheur, tous les muscles tendus, Langelot avait l’impression d’être un alpiniste sur une montagne humaine…
  Soudain, le catcheur se laissa tomber en avant, espérant briser la colonne vertébrale de son adversaire. Malheureusement pour lui, Langelot n’ignorait rien de l’art des chutes. Ses poumons expirèrent un peu d’air ; ses pieds, lâchant la taille de M. Huc, vinrent atténuer les vibrations. Cependant ses pouces s’enfonçaient encore plus loin.
  Alors M. Huc, cessant de cogner, allongea le cou et se mit à râler pitoyablement. Il ne pensait même plus à se servir de son poids pour écraser son léger adversaire.
  Pour en finir, Langelot retira ses pouces et, sans ménagement, porta l’atémi à la carotide, du plat de la main.
  Le géant roula à terre, vaincu. » 

Analyse

            L’ultime rayon du coucher de soleil qui embrase le désert, personnifié par l’emploi du verbe « trembler », marque, de manière prémonitoire, la solennité de la scène qui va se jouer : l’obscurité, dont le caractère soudain est accusé par l’emploi du passé simple, semble vouloir favoriser les desseins tragiques de Langelot, sa vie, celle de Nikky et celle du cosmonaute – sans parler des intérêts stratégiques de la France – étant liées à leur réussite. Il est vrai que Langelot peut également compter sur l’intrépide Nikky, qui, quoique terrorisée, suit ponctuellement ses instructions et démonte discrètement la tente où reposait tonton Olivier, détournant ainsi l’attention de la troupe : la narration de cette scène, en assimilant les démonstrations d’innocence de Nikky – elle a délibérément arraché les piquets de la tente, mais feint la consternation afin de faire croire à un accident –, en suggère insidieusement la véracité. Langelot, quant à lui, se garde bien de participer à cette comédie : une fois l’œuvre de Nikky parachevée, il se dirige vers le cas de télécommunications, théâtre de ses futurs exploits personnels.
            Le récit se focalise ensuite sur les pensées de Langelot : elles sont entièrement tournées vers la configuration stratégique de la confrontation à venir, Langelot se devant à la fois d’être victorieux, rapide et discret. Les faits, de même que son corps, se plient aux injonctions de son esprit : comme il l’avait prévu, il ne doit affronter qu’un seul opérateur radio, mais celui-ci se révèle le plus redoutable des adversaires. Langelot, dont le courage et l’audace sont soulignées par l’emploi d’une litote éloquente, ne laisse pas d’être pétrifié par cette vision, qu’il considère comme un problème mathématique insoluble : hébété, il en enregistre machinalement les données numériques (« M. Huc, cent dix kilos, cent trente de tour de poitrine, ancien catcheur professionnel »), au désespoir de ne pouvoir renverser l’équation en sa faveur (« Langelot chercha des yeux n’importe quel objet qui pourrait lui servir d’arme. Il n’en trouva pas. M. Huc, lui, était sans doute encore en possession du gros pistolet qu’il avait tiré tout à l’heure »). La réalité impitoyable de la situation, matérialisée par la carrure impressionnante du colosse et la question fatale qu’il assène à Langelot d’une voix qu’on imagine bien peu « raffinée », semble sans issue : Langelot, conscient qu’il ne peut éviter ce combat inégal, le repousse lâchement, déplaçant la joute qui se prépare sur un terrain favorable, celui de la philosophie. Il ne s’agit pas là d’une de ces démonstrations d’insolence dont Langelot est coutumier : au contraire, ce n’est qu’une tentative bien désuète d’exorciser son impuissance, de se donner courage, de prendre un ascendant intellectuel sur son adversaire avant l’inéluctable affrontement physique.
            Bien entendu, cette dérobade fait long feu : M. Huc va « droit au fait », et pas seulement métaphoriquement. Ses répliques, pour être bourrues et agrammaticales, n’en font pas moins mouche : elles sont décochées avec la tranquillité que confère le sentiment de puissance dont il déborde littéralement. Cette disproportion est accusée par l’emploi des pronoms personnels, le « catcheur » tutoyant le « gringalet », qui lui-même vouvoie le « géant ». Langelot, plus rapide que le colosse, parvient à porter ses coups, mais ils sont inoffensifs, et ne déclenchent que son hilarité. Malgré la variété des sports de combats auxquels il est rompu (karaté, boxe, jiu-jitsu, judo, etc.), il ne décèle aucune faille dans la constitution titanesque de M. Huc, et son inexorable défaite est scandée par l’avancée du catcheur, qui accule progressivement Langelot. Sa science du combat, dont le caractère théorique est souligné par l’emploi d’un jargon médical (plexus solaire, sternum, etc.), reçoit l’implacable démenti des faits : M. Huc est invulnérable. Cet affrontement épique, « homérique » même, pour reprendre l’épithète qui est attribué au rire olympien de M. Huc, est haletant, presque insoutenable pour le lecteur, qui n’a jamais vu son héros dans une si fâcheuse posture. Il interprète la dernière initiative de Langelot, assimilable à un insoutenable aveu d’échec, avec la même incompréhension que M. Huc, mais accuse solidairement le coup de la mordante raillerie de ce dernier (« T’as fini de faire du vélo ? »). Cependant, l’espoir renaît lorsque cette attitude est décrite, en focalisation interne, comme une botte secrète, ultime tentative de Langelot.
            Les connaissances anatomiques de Langelot, qui, jusque-là, ne lui ont valu que de cuisantes déceptions, finissent cependant par lui être bénéfiques : Langelot parvient à se lover autour de la taille de M. Huc, et, en comprimant ses artères subclavières d’une main experte, empêche l’irrigation de son cerveau en sang oxygéné. Ce procédé n’a rien de « noble », comme le suggère la comparaison avec un être vil, la sangsue. Mais les enjeux sont tels que Langelot, tel Ulysse face à Polyphème, ne s’encombre guère de scrupules : la métaphore alpine évoque assez l’idée de profanation du corps et des mécanismes de la vie à laquelle se livre l’agent secret. L’insouciance même de M. Huc peut être lue rétrospectivement comme un signe prémonitoire de sa perte : la ruse et la science l’emportent sur la force brute, et la persévérance du désespoir triomphe de l’arrogance.
           

ANNEXES


Apocryphes

            Tous les Langelot, nous l’avons vu, ne sont pas d’une réussite égale : certains, les premiers notamment, font partie des fleurons de la série (Langelot agent secret, Langelot et les espions, Langelot et le satellite, Langelot kidnappé, etc.), alors que d’autres pèchent par manque ou par excès, que ce soit pour leur invraisemblance (Une offensive signée Langelot), ou parce que l’intrigue, si complexe et intéressante qu’elle soit, manque de vitalité (Langelot fait le malin).
            Cependant, certains ouvrages sont tellement insipides, à la fois quant au style et à l’intrigue, qu’ils ne peuvent avoir été composés par la plume experte de Vladimir Volkoff. Cet auteur étant décédé, cette assertion ne peut être démontrée, ou du moins soutenue, que par une analyse interne des ouvrages, qui, à défaut d’en rendre fidèlement l’atmosphère, s’attachera à en montrer les plus graves maladresses et déficiences : nous serons amené à multiplier les exemples, peu déterminants lorsqu’ils sont considérés isolément, mais accablants dans leur ensemble, du moins pour le lecteur versé dans la facture volkovienne. Peut-être semblerons-nous, par cette lecture cursive d’œuvres apocryphes, faire trop d’honneur au folliculaire qui les a composées : mais il va de soi que nous n’avons en vue que la défense de l’honneur d’écrivain de Vladimir Volkoff, ou plutôt de la qualité des Langelot authentiques. Pourquoi devrions-nous nous soucier de ce problème, quand le principal intéressé ne semble pas y avoir accordé d’importance ? D’une part, en l’absence d’indices à ce sujet, l’assertion même selon laquelle il n’y aurait pas accordé d’importance n’est qu’une hypothèse : en toute rigueur, nous pouvons seulement dire que nous n’avons découvert aucun indice qui pourrait nous amener à affirmer le contraire. D’autre part, et c’est là pour nous l’essentiel, le lecteur n’est pas tenu par les mêmes impératifs que l’écrivain, et peut aisément se dissocier de décisions auxquelles il n’adhère pas, quand bien même il n’en percerait que fugacement les motivations. Vladimir Volkoff considérait peut-être que, dans l’ensemble de son œuvre, les Langelot étaient quantité négligeable, mais nous estimons pour notre part que c’est là son chef-d’œuvre, et que les autres n’ont pas le moindre intérêt – l’auteur de La Henriade et de Zaïre serait autrement plus scandalisé (et à plus juste titre) de savoir qu’il n’est, pour la postérité, que celui de Candide. En dernier lieu, si notre argumentaire déniant la paternité de ces écrits à Vladimir Volkoff n’était pas totalement convaincant, nous pourrions nous contenter d’affirmer, sans le risque d’être contredits cette fois-ci, qu’il ne s’agit pas moins d’enfants bâtards, car si leur père est bien V.V., leur conception, hermaphrodite en quelque sorte, n’a pas été assistée des secours de la Muse. Mais ce n’est la qu’un compromis rhétorique, car nous n’avons pas le moindre doute quant à la vérité de nos assertions.
            De prime abord, nous pouvons relever deux éléments, communs à tous les ouvrages apocryphes, qui peuvent constituer les premiers indices objectifs révélant le changement de plume qui s’est opéré derrière le même pseudonyme sibyllin de « Lieutenant X » : d’une part, il s’agit, à l’exception de Langelot suspect, des huit derniers ouvrages de la série, et on peut supposer que Vladimir Volkoff, ayant décidé d’arrêter d’écrire les aventures de Langelot, aurait permis à une personne de son entourage d’en poursuivre la rédaction, à moins que ce ne soit l’éditeur lui-même qui, du fait du grand succès de la série, ait demandé à l’auteur sinon de lui céder la totalité de ses droits, du moins de permettre à un « nègre[120] » de reprendre les personnages et le pseudonyme de l’auteur. Ces deux hypothèses restent insatisfaisantes, car on a du mal à comprendre comment un écrivain reconnu a pu souiller son nom – ou plutôt son pseudonyme – de tels déchets littéraires : l’honneur de l’homme de plume, selon nous, n’a pu céder le pas qu’à des impératifs financiers (rappelons-nous qu’il avouait lui-même n’avoir survécu, durant une période, que grâce aux Langelot) ou à des clauses contractuelles imposées par l’éditeur.
Le second indice objectif est le fait que les illustrations des derniers ouvrages ne sont plus de la main raffinée de Maurice Paulin, mais de la sombre paluche de Robert Bressy (pour Langelot suspect, si la première édition de 1970 est bien illustrée par Maurice Paulin, celle de 1985 est d’El-Hadi Temglit, ce qui est inexplicable, toutes les autres rééditions ayant conservé les mêmes illustrations que la version originale[121]), indice qui n’est cependant pas décisif, car il est possible que l’illustrateur des premiers Langelot ait eu d’autres raisons de cesser sa collaboration avec l’ouvrage. Nous n’avons pas pu retrouver trace de cet illustrateur, ni pu contacter les proches de Vladimir Volkoff, ni pu obtenir d’informations de la part de la maison Hachette. [Mise à jour d'Eric Chams, petit-fils de l'illustrateur que je remercie vivement : « Vous vous interrogez sur le fait que Maurice Paulin n'ait pas poursuivi l'illustration de la série. La réponse est fort simple : Maurice Paulin (qui était né en 1900) est décédé début 1986. »]
            Un dernier indice, peut-être plus éloquent, est fourni par une interview en ligne de l’auteur, et où il répond à des questions d’internautes : à une question directe sur la différence sensible dans la composition des derniers ouvrages, il répond évasivement, en mystique, par une autre question :
Q. : « Les fans de Langelot ressentent un changement, notamment depuis Langelot mauvais esprit. Pourquoi avoir modifié le style? » R. : « Changement inconscient. Cela m'intéresserait de savoir comment vous le caractérisez. Question boomerang ! [122] »

C’est là une invitation malicieuse à laquelle nous répondons avec enthousiasme[123].

Langelot suspect, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1980.


            Ce Langelot est le seul dont le caractère apocryphe ne s’est formellement manifesté à nous qu’à la faveur d’une deuxième lecture. C’est également, de tous les Langelot qui, selon nous, n’ont pu être écrits par Vladimir Volkoff, celui dont la facture suspecte (c’est le cas de le dire) est la plus malaisée à démontrer, à la fois parce que d’autres Langelot authentiques ont suivi sa publication, et parce que c’est celui dont l’intrigue évoque le plus celles des véritables Langelot.
            La trame est assez intéressante, mais poreuse : Langelot, qui se voit confier une mission de routine (délivrer un courrier secret), est informé par Montferrand qu’il fait l’objet d’une enquête du S.D.E.C.E., car il est suspecté d’avoir transmis, délibérément ou par imprudence, des renseignements à une puissance étrangère, tous les documents ayant transité par les mains de Langelot étant connus de l’ennemi. Décidé à démasquer les responsables afin de prouver son innocence, Langelot parvient à remonter jusqu’à leur réseau, mais il est capturé. Il parviendra à s’échapper et à livrer les complices au SNIF. Mais les ressorts de l’intrigue manquent singulièrement de réalisme : Langelot parvient à dépister les espions par la grâce d’un indice pour le moins inconsistant, de simples inscriptions tracées dans une cabine téléphonique – quatre mystérieux « Arthur » – dont la laborieuse analyse graphologique, particulièrement discordante dans un Langelot, ne nous permet de comprendre ni comment ils ont pu attirer son attention, ni comment il a pu y accorder de l’intérêt. Les explications qui sont ensuite données par l’auteur de ces graffitis ne sont guère convaincantes, car il est invraisemblable que son réseau utilise toujours la même cabine téléphonique et le même code sommaire pour communiquer.           
Langelot lui-même est présenté sous un jour piteux, véritablement indigne des qualités que nous lui connaissons. Ainsi, dans le bureau du capitaine Montferrand qui l’informe des soupçons qui pèsent à son encontre, s’octroie-t-il « une crise de nerfs », pour reprendre les termes légitimement outrés de son supérieur :
Ce garçon blond et pâle, à la voix brisée, aux mains tremblantes, était-ce bien l’agent secret efficace et sûr qui avait mené à bien plusieurs missions aussi dangereuses que délicates ? (…) Langelot respira. Il n’aurait pas à abandonner un métier qu’il adorait ; il n’était pas soupçonné de trahison par le capitaine Montferrand. La vie valait encore la peine d’être vécue.[124]

Ce ton mélodramatique, parfaitement malséant, est incongru dans le cadre d’un Langelot : le héros éponyme, parfois sujet au découragement et au désespoir, est bien trop maître de lui-même, et bien trop sûr de la confiance de son supérieur direct pour s’abandonner à de telles extravagances. Non, ce n’est pas là « l’agent secret efficace et sûr » créé par Vladimir Volkoff, ce n’en est qu’une pâle imitation. Par la suite, Langelot fait preuve d’un amateurisme grotesque : conduit à la demeure du responsable du réseau ennemi par « Arthur le violacé », qui le guide sous la menace[125], Langelot décide d’en escalader la grille en premier, demandant à Arthur de le suivre docilement : « Vous me ferez la courte échelle. Je vous aiderai ensuite. D’accord ?[126] » Il serait tout aussi grotesque d’imaginer qu’Arthur, qui s’est montré très peu coopératif jusque-là, décide soudain de suivre docilement Langelot plutôt que de profiter de cette occasion rêvée pour lui fausser compagnie, que de supposer que Langelot, depuis l’autre côté de la barrière, puisse aider en quelque façon le « corpulent[127] » Arthur : bien évidemment, Arthur ne manque pas de donner immédiatement l’alarme, et Langelot est capturé. Un développement aussi loufoque ne peut être dû qu’au manque d’imagination de l’auteur.
            Par la suite, Langelot, aux mains de l’ennemi, semble oublier tout son entraînement et tout son courage : il tressaille intensément lorsque l’un de ses geôliers apparaît mystérieusement, au prétexte qu’il n’est pas habitué à ce que l’on rentre chez lui sans frapper[128] ; de même, à la mention de Sir Henry par un chauffeur de Rolls-Royce (expression qui désigne le moteur de la voiture), Langelot est risiblement apeuré : « Un instant, Langelot se crut trahi. Il pensa qu’un espion britannique allait soulever le capot de la Rolls et le faire lui-même prisonnier.[129] » ; ce prétendu trait d’esprit est doublement grotesque, à la fois car il contredit les données les plus élémentaires quant au courage de Langelot, et par l’impossibilité matérielle pour un homme de se dissimuler dans un moteur – sans parler du fait que le terme « trahi » est injustifié. Bien pire, au simple prétexte que ses ravisseurs connaissent son nom, son grade, et son service, Langelot, littéralement effondré, est prêt à trahir son service (« Ce dernier coup paralysa presque la volonté du jeune agent secret (…) La tentation de se rendre fut bien forte.[130] »), alors qu’il restera impassible lorsque Mme Cygne, dans Langelot et la Voyante, lui fera des révélations similaires, et sera prêt à mourir asphyxié dans une malle plutôt que de dire ne serait-ce qu’un mot à Sharman (Langelot et les Cosmonautes). Tout aussi impensable est le fait que le capitaine Sourcier, malgré les informations d’Arthur, ait pu tomber dans un piège qu’Arthur lui-même avait éventé : afin de contraindre Arthur à le conduire à son point de contact, Langelot avait inventé une opération fictive, le projet Damoclès, visant selon lui à assassiner le Président de la République. Il prévoyait à juste titre qu’Arthur, en proie à une peur panique après de telles révélations – il ignorait tout des agissements de ses commanditaires, même s’il se doutait bien qu’il travaillait pour un organisme clandestin –, serait prêt à toutes les trahisons pour se sauver lui-même. Mais le premier moment de surprise passé – moment décisif puisqu’il permit à Langelot d’obtenir les informations dont il avait besoin –, Arthur devina la supercherie[131]. Est-il possible qu’il ait rapporté ce détail à Sourcier sans lui préciser qu’il s’agissait d’une mystification ? Le cas échéant, est-il possible que Sourcier lui-même tombât dans un piège éventé par son homme de main, et, en faisant demander des renseignements à Langelot sur cette opération par ses hommes de main, compromette irrémédiablement un montage complexe ? Ce ressort est incompréhensible, sinon aberrant. Dans les autres Langelot, les points névralgiques qui permettent les brillantes intuitions de Langelot, souvent subtils, ne sont jamais incohérents.
            Alors que Vladimir Volkoff, confiant dans la perspicacité du lecteur, excellait dans l’allusion, qui lui conférait un statut privilégié, notre folliculaire expose ostensiblement les rouages de son intrigue : ainsi, lorsque Langelot trouve jette aux quatre vents les procès-verbaux trouvés sur son pare-brise, poncif récurrent dans la série, ajoute-t-il « comme s’il n’avait rien à craindre de la police[132] », précision dispensable qui rompt avec l’atmosphère de complicité qui règne dans les Langelot authentiques.
            Le style de cet ouvrage est également très éloigné de celui de Vladimir Volkoff. Les premiers mots (« PAN !... PAN !... PAN-PAN !...[133] ») suffisent à nous mettre la puce à l’oreille, cette onomatopée curieuse étant inédite dans les Langelot[134]. Relevons également un maladroit « Quel métier pensez-vous que je fasse ?[135] », un ridicule « la pluie se mit à tomber, et, par son clapotis sur le toit de la voiture, elle créa une atmosphère d’intimité à laquelle les deux jeunes gens ne restèrent pas insensibles[136] », et un dialogue par trop scolaire qui transpire le noviciat en matière de style et de connaissances du monde de l’espionnage :
‘Autrement dit, mon capitaine, vous faites ce qu’on appelle, en terme de métier, de la provocation ?
- Exactement. C’est une technique difficile, et je déplore que vous soyez venu y mettre votre nez inexpérimenté, si vous me passez l’expression.’
Le gros capitaine sourit lui-même de sa petite plaisanterie.[137] 

Cette insistance sur la nature de la « provocation », méthode bien connue des lecteurs de Langelot, a évidemment pour but de donner un air de professionnalisme à ce passage, mais obtient l’effet inverse. De même, à travers « le capitaine », c’est bien l’auteur qui « sourit lui-même de sa petite plaisanterie », le fait même qu’il la souligne ainsi, en trahissant sa sotte satisfaction, nous révélant la médiocrité de ses talents[138]. Il est vrai que l’auteur, facilement impressionnable, se contente de peu : ainsi, lorsque Sourcier précise à Langelot qu’afin d’éviter toute fuite, il faisait remplacer les documents secrets authentiques par des faux, le jeune snifien est « écrasé par un art aussi consommé[139] », comme si cette précaution élémentaire n’allait pas de soi.
            Enfin, relevons une faute grossière, l’acronyme D.S.T. étant traduit par « Direction de la Sécurité du Territoire » au lieu de « Direction de la Surveillance du Territoire[140] ». Rappelons-le, ces indices objectifs ne sont pas déterminants en eux-mêmes, mais sont du moins restituables, contrairement à l’atmosphère de cet ouvrage, que notre subjectivité et notre intuition dénoncent formellement comme contrefaite.

Langelot gagne la dernière manche, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1980.

 Robert Bressy a remplacé Maurice Paulin à l'illustration

            Cet ouvrage, dont la publication suit directement celle de Langelot garde du corps, a été publié en 1980, et est le premier dont nous dénions sans le moindre doute la paternité à Vladimir Volkoff. L’intrigue est assez simple : Cordovan, capitaine français passé au service d’un pays étranger que Langelot a affronté à deux reprises[141] avant de le capturer dans Langelot passe à l’ennemi, refuse de coopérer avec les autorités, qui désirent démanteler son réseau d’espionnage et de sabotage implanté en France. Les services secrets décident donc de le laisser s’échapper, espérant qu’il les conduira à ce réseau, mais il reste délibérément entre leurs mains, et prétend avoir des informations à leur révéler quant à une infiltration draconienne de leurs services par des réseaux ennemis : c’est là, de manière transparente, une reprise de l’intrigue de Langelot kidnappé, l’ouvrage le plus réussi de la série, où le colonel Chibani se livrait au SNIF en prétendant avoir des révélations similaires à faire.
            Un des premiers indices frappants révélant le caractère apocryphe de cet ouvrage, dès les premières pages, est la référence insistante, érudite pour ainsi dire, à propos de lieux (une villa de la D.S.T.), personnages (le commissaire Didier) ou événements (les démêlés de Langelot avec le transfuge Cordovan), aux ouvrages de la série des Langelot où ils ont été évoqués : en seulement trois pages, pas moins de onze Langelot sont cités en notes de bas de page ! C’est là, nous en conviendrons, une tentative bien superficielle, bien maladroite, qui a pour but d’inscrire artificiellement cet ouvrage dans la continuité des Langelot authentiques, d’autant plus déroutante que de telles références ne sont jamais aussi fréquentes dans les Langelot précédents[142], et ne concernent aucunement des personnages aussi récurrents que le commissaire Didier, ou des détails aussi insignifiants que la localisation précise de telle villa, d’autant plus que les événements qui s’y sont déroulés (dans Une offensive signée Langelot), contrairement à la trahison de Cordovan et à ses conséquences, n’ont strictement aucun rapport avec l’aventure qui va suivre. Cet indice, à lui seul, suffit à mettre la puce à l’oreille du lecteur assidu de Langelot, qui a pu s’inspirer des qualités de fin limier du héros éponyme.
            Dès le second paragraphe, l’auteur veut apparemment pétrifier son lecteur par ses connaissances poussées du monde du renseignement, et égrène pas moins de cinq acronymes de services de renseignements, en toutes lettres puis en abréviation (P.J.[143], R.G., S.D.E.C.E., S.M., S.N.I.F.). Ces révélations n’ont qu’une importance obsolète : quelques paragraphes plus loin, le commissaire Didier, déplorant l’échec de l’enquête visant à démanteler le réseau français de Cordovan, n’évoque que la responsabilité des services concurrents au sien, conformément à cet « esprit de boutons » – souligné avec subtilité dès Langelot agent secret – qui oppose les différents services français : ce procédé grossier, en plus de faire insulte à l’intelligence du commissaire Didier (dont le rôle est certes humoristique, mais jamais franchement comique), est évidemment indigne de Vladimir Volkoff.
            L’évasion de Cordovan, mystérieusement filmée dans ses moindres détails[144] (en plus de la difficulté technique d’un tel montage, il impliquerait un risque supplémentaire de détection absolument inutile, si ce n’est pour introduire non pas seulement un semblant de tension dans le récit, mais également un sentiment de professionnalisme bien désuet), regorge d’invraisemblances et de maladresses, qui ne peuvent être imputées qu’au manque d’imagination de l’auteur : décès fictif du parent de l’un des gardes qui le contraint, au dernier moment, à abandonner sa surveillance, maladresse d’un autre garde qui oublie de refermer la porte du camion pénitentiaire, etc., le tout scandé par l’inanité des dialogues entre les surveillants. Cette opération, qui est censée à la fois démontrer la grande subtilité des opérations de renseignement, ou, plus exactement, le talent et les connaissances de l’auteur dans ce domaine, et ridiculiser le commissaire Didier, est des plus pitoyables, tant dans sa conception (en plus d’avoir été décidée avant toute délibération entre les différents services[145], l’opération comporte le risque insensé de la fuite véritable de Cordovan[146]) que dans sa mise en œuvre. La suite des événements est plus lamentable encore : le camion étant victime d’un accident de la circulation, les gardes font mine de relâcher leur surveillance, mais face au peu de réactivité du prisonnier, ils en viennent, presque littéralement, à lui dérouler ostensiblement un tapis rouge afin qu’il s’évade. Nul n’est besoin d’avoir un grand respect pour les forces de police pour leur accorder un peu plus de crédit. Du reste, le commissaire Didier, qui a conçu l’extraordinaire montage décrit dans Langelot et le satellite, est tout sauf l’amateur qui est ici décrit.
            Nous avons vu l’art avec lequel Vladimir Volkoff nous plongeait immédiatement au cœur de l’action, dès les premières lignes, avec un grand souci de cohérence et de vraisemblance. Cet incipit, dont la lenteur et la lourdeur décourageraient le gastéropode le plus invétéré, sombre dans l’inanité lorsque Cordovan, soucieux de ne pas arriver en retard à son audience au tribunal, s’empare du camion et se dirige de son propre chef au Palais de Justice, dans le Bureau même du Juge d’instruction. Un tel dénouement, que l’on pourrait apprécier dans un autre ouvrage (au-delà de l’indigence littéraire dont souffre visiblement l’auteur), est absolument invraisemblable dans un Langelot, où l’action ne connaît jamais de temps morts : l’intrigue y va toujours de l’avant, et les échecs ne sont jamais aussi grossiers, aussi prévisibles, et surtout aussi gratuits : l’ouvrage pourrait commencer directement au second chapitre, sans que l’intrigue ne s’en ressente. Ce premier chapitre est par trop ennuyeux, l’action y est par trop ankylosée pour qu’on puisse supposer, ne serait-ce qu’une seconde, qu’il ait été composé par l’auteur des premiers Langelot.
            Les dialogues verbeux qui jonchent l’ouvrage sont apathiques et laborieux, et semblent échangés par de mauvais acteurs, qui, de surcroît liraient un texte rédigé par un dramaturge contemporain ; ils n’ont rien de la force, de la densité des échanges auxquels nous avait accoutumés l’auteur. La longueur même de ces échanges éthyliques nous empêche d’en sélectionner un, mais ils pullulent littéralement, sûrement du fait de la plus grande facilité qu’il y a, pour des écrivaillons peu scrupuleux, à allonger indéfiniment les dialogues, et à les corrompre en gloses oiseuses et arides. Alors que Vladimir Volkoff se contentait de suggérer, à la faveur de préceptes à valeur de maxime, une kyrielle de développements pratiques ou éthiques, notre pseudo-Lieutenant X épuise voracement toutes les pistes de réflexion, sombrant invariablement dans les redites et les platitudes, voire aux tréfonds de l’inénarrable : lorsque Montferrand, Langelot et Corinne s’ingénient à pallier les obstacles insurmontables qui se dressent devant l’organisation de l’évasion secrète et non-violente de Cordovan, détenu dans la Prison de la Santé, et que Langelot s’apprête à révéler son idée pour mener ce projet à bien, il est interrompu par Corinne, taraudée par une question autrement plus cruciale que l’organisation de cette évasion : quel sera le nom de l’opération[147] ?
            Soulignons également les nombreuses erreurs lexicales qui se trouvent dans cet ouvrage, fautes qui ont dû révolter Vladimir Volkoff, pétri de lettres classiques, et dont la dévotion pour les règles les plus subtiles de la langue française confine au fanatisme : citons, par exemple, l’emploi très peu littéraire du verbe « opiner », qui signifie le plus souvent « consentir », et très rarement « exprimer une opinion », dans une phrase qui exprime non pas le consentement mais l’opposition[148] ; une question de Langelot à Montferrand, aussi maladroite dans la forme que gratuite dans le fond[149] ; une tournure aussi bancale que « après que je t’aurai dit[150] », etc., autant de maladresses qui ne peuvent qu’être le fait d’un néophyte, d’un incurable illettré. Car si de telles bévues peuvent se retrouver dans les romans de Vladimir Volkoff, ouvrages laborieux de plusieurs centaines de pages, elles sont improbables dans les Langelot, concis et finement ciselés.
            D’autres maladresses s’expliquent par cette même volonté superficielle de rattacher l’intrigue aux Langelot précédents : le fait qu’une affaire qui n’avait concerné que le SNIF se retrouve partagée entre une myriade de services, occasion pour le vil plagiaire de convoquer des figures familières ; la référence, par Cordovan, au cœur d’artichaut de Langelot, alors que seul Montferrand, qui connaît parfaitement Langelot, le lui reprochait dans les ouvrages précédents[151] ; une référence déroutante et gratuite à Jimmy Gluck[152] (« Du Wagner, s’il te plaît, ou du Jimmy Gluck…[153] ») ; une évocation de tous les agents avec lesquels a eu contact Langelot, même ceux qui n’apparaissent que rarement comme Borgès[154] ; l’emploi insolite de l’abréviation « aspi » pour « aspirant », censé donner l’impression que l’auteur vogue en terrain familier[155] ; la psalmodie, lorsque Langelot rencontre Corinne – une première depuis Langelot agent secret –, de tous leurs souvenirs communs en deux pages laborieuses, jusqu’au « hully-je-ne-sais-plus-quoi », mis pour le hully-gully, une danse[156] : Langelot souffrirait-il d’un manque patent de mémoire ?... ; une autre référence musicale à la « voix bleue » de Julio[157], figure familière aux lecteurs de Langelot, qui, invraisemblablement, retentit dès que la radio est mise en marche ; une référence gratuite à une prise employée par des policiers contre Langelot dans Langelot et la danseuse[158] ; une référence grotesque à un art martial complexe brillamment présenté dans Langelot garde du corps, la capoeira, qui se limite ici à un misérable bond sur un lit accompagné du cri « Youpiiiiiiiiii![159] » ; enfin, une référence au « clairon », nouvelle arme d’assaut française évoquée dans Langelot et le Présidentissime, avec une précision en note (« Nouvelle arme automatique française[160] »).            Qu’il nous soit permis de citer quelques extraits particulièrement maladroits et malsonnants : « Son expression espiègle et naïve aurait même pu faire croire que son âge mental n’était pas tout à fait à la mesure de son âge réel.[161] », variation saugrenue sur le poncif qu’est l’apparence angélique de Langelot[162] ; « La confiance règne toujours, à ce que je vois. Oh!, je ne vous fais pas de reproches. Chacun son métier, le règlement c’est le règlement, jugulaire-jugulaire, ni à droite ni à gauche, je connais la musique. Poussez-moi les passettes – je veux dire : passez-moi les poucettes.[163] » : cette tirade de Cordovan, qui évoque plutôt un bagnard grossier que l’officier raffiné décrit dans Langelot et le plan rubis et Langelot passe à l’ennemi, est plus digne d’un mauvais film de Série B, voire d’un sitcom français, que d’un Langelot ; « Nous devons au contraire considérer que Cordovan dit la vérité, et que le SNIF est aussi plein de pénétrations et d’infiltrations qu’un gruyère de trous. En un certain sens, vous avez presque eu tort de me faire confiance : je pourrais fort bien être un agent adverse, et vous auriez dû vous méfier de moi.[164] » : adressé par Montferrand à Langelot, ce propos est doublement invraisemblable, à la fois par la métaphore loufoque et particulièrement mal inspirée qui y est employée, et par la teneur du propos lui-même : à qui Langelot pourrait-il se confier, sinon au capitaine qui l’a recruté, a dirigé toute sa carrière, et qui le traite presque en père adoptif ? c’est là un ressort facile, mais qui contredit toutes les données des Langelot précédents ; une scène absolument inutile où Cordovan, déposé à l’Académie Française, échappe à Corinne, qui, tout agent du SNIF qu’elle est, n’intervient pas, et ne peut qu’appeler Langelot à son secours, éplorée[165] : est-ce là la même Corinne qui avait courageusement affronté le colonel Moriol dans Langelot agent secret ? ; le fait que Langelot prenne des risques absolument inutiles en marchant seul avec Cordovan, qui, sans être aussi aguerri que Langelot, est tout de même un militaire robuste et expérimenté : du reste, loin d’essayer de s’échapper, il propose à Langelot de trahir, ce qui, même dans l’esprit de Cordovan, est forcément invraisemblable après Langelot passe à l’ennemi ; enfin, puisqu’il faut toujours essayer de juger les gens d’après leurs propres principes, ou, en l’occurrence, leurs propres expressions, qu’il nous soit permis de caractériser l’humour douteux de cet ouvrage « pseudo-humoristique », à l’image de la réplique d’un greffier à Langelot déguisé en avocat de Cordovan, qui lui affirmait n’avoir pas dissimulé de scie égoïne dans les comprimés qu’il apporte à son client : « Je vous dispense de vos remarques pseudo humoristiques.[166] » Pédants, les Langelot authentiques ne le sont jamais.
            Nous avons vu le souci qu’avait Vladimir Volkoff de ne point celer aux enfants la violence du monde, noble préoccupation qui l’amène à proposer dans ses ouvrages des scènes particulièrement violentes ; mais jamais les Langelot n’ont sacrifié au scabreux, et l’évocation d’assassins à la hache sanguinaire ou au cyanure de potassium relève du fait divers, et ne flatte que les instincts les plus bas. Vladimir Volkoff n’y a jamais accordé de place dans les Langelot, et quand bien même il aurait décidé de le faire (ce qui, nous l’avons vu, est fréquent dans ses ouvrages « pour adultes »), il le ferait avec plus de talent – ou plutôt avec talent, tout simplement, car, pour paraphraser le Cyrano de Rostand, qu’admire Vladimir Volkoff, en fait de lettres, l’auteur de cet apocryphe n’a que les trois qui composent le mot « fat ». Citons un passage particulièrement sordide, qui se passe de commentaires :
- Il aurait pu téléphoner, répondit M. Finabre d’une voix qui crissait comme de vieux parchemins.
- Sans doute l’eût-il dû, mais vous connaissez l’axiome ‘A l’impossible nul n’est tenu’. Quand je l’ai quitté, il était occupé à protéger une bande d’une vingtaine de jeunes délinquants contre les brutalités d’un agent de police qui prétendait les empêcher d’emprunter quelques sous à une vieille épicière sourde, à moitié aveugle, et, paraît-il, gauchère de surcroît.[167] 

Au-delà de la stérilité de l’intrigue, grossièrement inspirée de Langelot kidnappé[168], alors que Vladimir Volkoff avait toujours le souci de rendre chacun de ses Langelot unique, la narration en est maladroite et décousue, souvent pédante, jonchée de remplissages oiseux[169], et parfois franchement risible. Précisons au crédit de notre faussaire que le lambda, l’agent infiltré dont le colonel Chibani devait révéler l’identité au SNIF en gage de bonne foi, est devenu un lampiste, preuve éclatante de l’originalité du contrefacteur. Ce lampiste occupe un rôle non moins stratégique que celui du commissaire Suchet de la DST, puisqu’il s’agit… d’un laveur de carreaux ! C’est là une preuve non moins éclatante de la fiabilité des affirmations de Cordovan : si son réseau a les moyens de corrompre un laveur de carreaux, il va de soi que tous les services de renseignement français ont déjà du passer à l’ennemi ! C’est cette preuve « capitale » qui amène le SNIF à organiser l’évasion de Cordovan à la barbe des forces de police  ! Ce ressort grotesque – enfant bâtard, mort-né, de l’intrigue de Langelot et les espions[170] – est parfaitement illustratif de l’invraisemblance et de l’affectation outrancière qui leste toutes les composantes de cet ouvrage, qui transpire le mensonge et l’insincérité par tous les pores.
De rarissimes trouvailles déteignent sur cet ouvrage fade et terne, telle cette intervention de Cordovan durant la marche du convoi pénitentiaire, maladroite dans son expression mais ingénieuse au demeurant :
Je pense que j’ai vraiment bien organisé ma vie. Quand j’étais dans un pays où les prisonniers sont maltraités, c’était en qualité de représentant de l’ordre. Maintenant, je suis prisonnier moi-même, mais je me suis arrangé pour que ce soit dans un pays où personne n’a le droit de me donner une chiquenaude. Chef, vous me croirez si vous voulez, mais il me semble que je suis un gars passablement astucieux.[171] 

C’est là, hélas, la seule richesse de cet ouvrage famélique, dont l’obscurité est telle qu’il ne parvient qu’à faire pâlir l’aura volkovienne dont il s’est effrontément nimbé.

Langelot mauvais esprit, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1980.


            Dans cet ouvrage, deux missions nous sont présentées parallèlement : Corinne se fait engager comme coiffeuse dans un complexe militaire secret tenu par le Sphinx, cette organisation internationale de criminels avec laquelle Langelot a si souvent eu maille à partir, avec pour mission de renseigner son service sur les armements qui y sont développés. Langelot, quant à lui, se voit confier une mission pour le moins étrange : les services du commissaire Didier, chargés de la protection du Professeur Propergol, ayant rapporté que des activités diaboliques se déroulent dans le domicile de l’illustre savant, le SNIF hérite du dossier, et notre héros se fait inviter chez les seuls amis qu’il ait au monde pour découvrir ce qui se trame : M. Propergol est devenu un fervent pratiquant de la nécromancie, et évoque des esprits avec succès. Langelot comprend rapidement que ce n’est qu’une farce du Professeur, destinée à tourner en dérision les forces de police qui le protègent incessamment, à son grand dam – c’est l’un des poncifs de la série. Les aventures de Corinne et Langelot, qui suivent un développement parallèle, finiront par se rejoindre, car il s’avère que les secrets de M. Propergol, dérobés par une certaine Julie Crencks, qui fournit au Professeur Roche-Verger les accessoires holographiques dont il a besoin pour ses séances de spiritisme, finissent entre les mains du Sphinx.
Ce n’est là qu’une fade variation sur le thème de Langelot et la Voyante, où un réseau d’espionnage implanté en France extorquait à M. Caparadossi, un responsable au ministère du Progrès scientifique féru de sciences occultes, des secrets sur le lancement d’un sous-marin nucléaire français, le Trionyx, grâce aux services d’une télépathe qu’il ne cessait de consulter. A ce plagiat manifeste, s’ajoute une reprise systématique d’autres lieux, thèmes, où personnages apparaissant dans les Langelot : les « feux de joie » qui illuminent les yeux de Langelot[172] (ils n’étaient pas réapparus depuis Langelot agent secret), le cabinet de coiffure Rafffaël (Langelot et la Voyante), le désert dadien (Langelot et le Présidentissime), la fâcheuse manie qu’a Petitluron, mandaté par le commissaire Didier, d’oublier la fin des devinettes qu’il propose à M. Roche-Verger pour s’attirer sa sympathie (cf. M. Saupiquet dans Langelot et l’Avion détourné).
            Relevons les invraisemblances les plus manifestes : Corinne, qui demande des renseignements à l’innocente coiffeuse de Rafffaël engagée par le Sphinx qu’elle s’apprête à remplacer, lui révèle sa mission ainsi que les méthodes du Snif sans raison ni retenue, alors que la discrétion est la principale qualité des agents secrets ; le fait même qu’un complexe balistique clandestin ultrasecret engage en son sein un coiffeur extérieur à l’organisation, comme si de si longues recherches ne pouvaient se poursuivre sans la présence de ce personnel hautement stratégique ; le fait que Langelot, qui a une idée à soumettre au capitaine Montferrand pour sauver Corinne, se permette de la monnayer contre sa participation, au mépris de toute discipline[173] ; etc.
            Enfin, voici quelques-unes des maladresses et absurdités qui jonchent cet ouvrage : « Comme un singe, Langelot grimpa à sa gouttière. Comme Tarzan, il bondit jusqu’au garde-fou de sa fenêtre, …[174] », métaphores grotesques qui constituent une insulte à l’esprit des Langelot ; cette plaisanterie inepte de M. Roche-Verger à l’esprit de Socrate : « Qu’est-ce qui est bleu et rouge et qui fait ding-dong ? (…) C’est un ding-dongueur peint en rouge et bleu.[175] » ; etc.
            Cet ouvrage, dont le caractère apocryphe ne fait pour nous aucun doute, est, sans être une réussite au vu de l’abyme qui le sépare des Langelot authentiques, beaucoup moins lamentable que Langelot gagne la dernière manche. Précisons que c’est également le premier à paraître avec la couverture ornée d’une carte du SNIF – conçue par Robert Bressy. Dès lors, tous les Langelot, nouveautés ou rééditions, seront ornés de la même couverture.

Langelot contre la marée noire, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris,  1981.


« Tu as les plus beaux yeux du monde, susurra Alejandro d’un ton langoureux. Dis-moi, quel tonnage fait l’Oleo III ?[176] » Cet ouvrage est aussi inepte que cette intervention liminaire, censée démontrer habilement le caractère intéressé de ces déclarations d’amour ; mais le dialogue qui suit est tellement grotesque qu’il démontre surtout le caractère étique des talents de composition de l’auteur. L’intrigue est explicitement[177] inspirée de Langelot et le sous-marin jaune, où la mission de Langelot était notamment de démanteler une organisation responsable de la perdition de pétroliers français et britanniques : ici, Langelot, dont la mission est d’empêcher son sabotage, se fait engager comme mousse sur l’Oléo III, tanker « de la dernière chance », les deux précédents ayant coulé et causé d’importantes marées noires.
            Le folliculaire qui a composé cet ouvrage semble s’être aguerri depuis Langelot gagne la dernière manche (à supposer que ce soit le même), car on n’y retrouve que peu d’invraisemblances flagrantes : lorsque l’imposture de Carolina, l’armatrice du bateau qui avait également embarqué en tant que mousse afin d’enquêter sur les conditions de vie à bord, est découverte (elle se faisait passer pour un homme, et lorsqu’il est avéré que c’est une femme, personne ne prend ses déclarations au sérieux), elle est soumise au châtiment de l’estrapade, en pleine seconde moitié du XXe siècle[178] ! Relevons également la seconde confrontation entre Langelot et Calaguer, où Langelot, tenu en respect par l’arme du saboteur, parvient, malgré sa taille, à effectuer un « coup de pied en volant » qui lui permet de passer un mètre au-dessus de la balle qui est tirée (un bond de près de 3 mètres de haut !), et de désarmer son adversaire[179] : on a du mal à reconnaître l’auteur de Langelot et le fils du Roi, qui affirmait : « l’on a beau dire, le karaté contre quatre armes à feu, c’est rarement rentable.[180] »
L’atmosphère des Langelot authentiques en est complètement absente[181], et la narration en est fastidieuse. L’auteur s’essaie gauchement à des traits d’humour sur la personnalité excentrique de Pépé Volapié : il commence par laver la vaisselle propre et faire le service dans la vaisselle sale (étourderie qui est typique de M. Roche-Verger), le dispute au baron de Münchhausen (« il descendit trois volées d’escalier en roulant sur lui-même. Sa rotondité naturelle le prédisposait à cet exercice[182]. ») et finit en véritable personnage de Tex Avery (« Wallie éclata de rire et aurait assommé Pepe d’une claque dans le dos si le maître coq ne lui avait échappé en s’étalant sur une peau de banane[183] »). Ces digressions niaises et maladroites sont étrangères à l’ambiance des véritables Langelot. Relevons encore le disgracieux combat qui oppose Langelot à Calaguer (« Calaguer lui bondit dessus ; Langelot l’esquiva sans même avoir l’air de bouger de place.[184] »), dont la narration pénible ne peut être le fait de Vladimir Volkoff, qui, nous l’avons vu, excelle dans la transcription des scènes de combat
            Cet épisode,  dont l’intrigue n’est pas totalement inintéressante, est cependant trop loin du standard des Langelot authentiques pour avoir été composé par Vladimir Volkoff.

Langelot et la clef de la guerre, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1982.


            Cet ouvrage réussit à être maladroit dès son titre même : même les Editions du triomphe, pourtant peu scrupuleuses, ont senti qu’il fallait changer ce titre en Langelot et la clef de guerre, plus fluide. Il est vrai que l’auteur se dédouane lâchement d’une telle appellation (« comme l’appellent ces imbéciles de journalistes[185] »), mais nous nous permettons de lui imputer l’entière responsabilité de cette dénomination inélégante. L’intrigue est aussi monstrueusement facile : la clé qui sert à activer l’arme atomique a été dérobée au Président à Rome, et Langelot, avec l’aide de la belle Lucia Cinquegrana, doit la retrouver. Le lecteur est ainsi amené à le suivre dans ses poursuites languissantes, Langelot se voyant balloté, à son corps défendant, et le lecteur avec, entre le voleur qui l’a accidentellement volée, le commissaire de police qui l’a récupérée, sa femme à qui il l’a donnée, la voisine qui en a hérité, le beau-frère de la voisine qui est collectionneur de clés, son ami serrurier, qui se la fait dérober par un groupuscule terroriste, les Démons Noirs, qui ignorant totalement sa fonction, l’ont dérobée avec des doubles des clés du ministère de l’intérieur, puis l’ont jetée, et la fillette qui l’a ramassée, et à qui Langelot à toutes les peines du monde à l’enlever diplomatiquement. Précisons, à l’honneur de l’auteur – ou plutôt par justice envers lui, car il faut être manifestement dépourvu d’éthique pour oser publier une histoire si grossière – qu’il trouve inconsciemment les mots justes pour désigner son propre récit : «  Et cetera ad infinitum nauseamque[186] ».
            Bien entendu, les dialogues qui parsèment cet ouvrage, parfaitement ineptes,  ne sont que pur remplissage :
« Ah !, si seulement j’avais su que je pouvais le vendre ! s’écria-t-elle. Combien m’en auriez-vous donné ?
-          Vous pouvez toujours le vendre et je vous en donnerai ce que vous voudrez.
-          Mais c’est que, mon pauvre jeune homme, ce décapsuleur, je ne l’ai plus.
-          Vous ne l’avez plus ? Qu’en avez-vous fait ? Vous l’avez jeté ? Où est votre poubelle ? fit Langelot en se dressant sur ses pieds.[187] »

Au charme des figures féminines des Langelot authentiques, succède une vulgarité purement commerciale, sinon macabre :
 Au milieu d’un décor minable de salle de séjour mal entretenue – chaises disparates, rideaux déchirés, table encombrée de vaisselle sale – sur un divan troué était assise une jeune femme portant une robe de dentelle noire, des bas ajourés, des chaussures à haut talon, et un petit sac de soirée en bandoulière. Elle avait croisé les jambes et tenait à la main un fume-cigarettes où une cigarette éteinte était vissée. Elle avait des faux cils d’au moins cinq centimètres de long, et tous ses traits disparaissaient sous une couche de maquillage qui formait presque un masque : avec ses lèvres violettes, ses orbites bleues, ses pommettes blafardes et ses yeux vert Nil, elle avait l’air d’une poupée plutôt que d’un être humain.[188]

Qu’il nous soit permis de nous indigner aussi éloquemment que le collectionneur de clés le fut par la barbarie de la « clé de la guerre » – qui constituait selon lui une insulte à l’art de la serrurerie – lorsqu’il s’exclama risiblement : « Mais ce n’est pas une clef, monsieur, c’est une clavicule ! ». Enfin, terminons par une grossière faute de français de Montferrand, qui affirme « tout message émanant de cette source doit être enregistré mais non obéi[189] », associant indûment en une même construction un verbe transitif direct avec un verbe transitif indirect.
            Ce Langelot est aussi illisible que Langelot gagne la dernière manche, et ne saurait avoir été composé par l’auteur de Langelot Kidnappé.

Langelot et le général kidnappé, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1983.


            L’auteur de cet ouvrage, qui manque manifestement d’imagination, nous ramène à Rome, comme pour Langelot et la clé de la guerre, et Langelot retrouve Lucia. Un général américain – vieil ami de Montferrand – a été enlevé par une organisation terroriste (ce ne sont plus les Diables Jaunes ou Monstres Noirs qui infestaient Langelot et la clé de la guerre, mais ce sont les Milices terroristes pour la paix… Il est vrai que les groupuscules terroristes pullulaient en Italie durant les années de plomb, mais cette variation autour d’un même thème est une preuve du manque d’imagination de l’auteur), et Langelot doit le retrouver. Il parvient à infiltrer les Milices, et se révèle un terroriste particulièrement peu convaincant :
Salut et fraternité, prononça-t-il à mi-voix. Vive le terrorisme international de la paix. Mort aux bourgeois, aux réactionnaires, aux sapeurs-pompiers et aux employés des pompes funèbres.[190]

Plutôt qu’un signe de l’amateurisme du groupuscule en question, nous préférons voir dans ce ridicule trait une preuve du manque de professionnalisme de l’auteur.
            Il méconnaît également les arts martiaux, car il déclare au sujet de Langelot :
en bon karatéka, il avait le plus grand mépris pour les coups de poing, cette plaisanterie de petit garçon ou de boxeur[191]

Seul un néophyte désirant jouer les savants peut considérer le coup de poing comme une plaisanterie ; du reste, au karaté, il existe plusieurs techniques de poing – dites zuki.
            Cet ouvrage, qui ne peut avoir été écrit par Vladimir Volkoff (ni son style, ni son brio, ni son humour ne s’y retrouvent), n’est cependant pas aussi médiocre que le précédent.

Langelot aux arrêts de rigueur, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1984.


            Cet ouvrage au titre alléchant laisse présager d’intéressants développements : mais le lecteur est rapidement déçu, car si Langelot est mis aux arrêts (par le capitaine Mousteyrac, dont les brimades sont connues des lecteurs de Langelot), c’est seulement pour avoir ramassé un mégot de cigarette comme pièce à conviction sur les lieux d’un crime – un agent du SNIF a été assassiné. Ce motif extrêmement invraisemblable, même pour Mousteyrac, contraste avec le réalisme et la subtilité des Langelot authentiques : même si Mousteyrac finit par expliquer à Langelot qu’il désirait seulement le mettre hors jeu afin de pouvoir exécuter les coupables en dehors du cadre légal (ce qui est inhabituel dans le cadre des Langelot, moraux et pédagogiques), le lecteur reste insatisfait.
            Autre détail incongru, Langelot, qui se cogne contre un arbre, déclare à haute voix : « Et zut ! (…) Tout marche mal aujourd’hui.[192] » Ce trait ridicule ne peut que faire sourire le lecteur à qui la personnalité de Langelot est familière : c’est là tout ce qu’a pu trouver l’indigent auteur de cet ouvrage pour justifier la suite des événements – une fille qui était prisonnière d’un puits le hèle à son secours, rassuré par le fait qu’il ne peut s’agir d’un des assassins, seul un « paysan » pouvant s’exprimer ainsi[193].
            D’autres expressions ne peuvent être le fait de l’auteur des premiers Langelot : « jouer les justiciers du Far West[194] », « stakhanovistes du crime[195] », ou même ce mot de passe inepte, « Le tuteur tue et ne tute pas[196] ».
            Dans cet ouvrage comme dans le suivant, ce qui est le plus scandaleux est le degré de violence psychologique qui est présenté lorsque, dans le Phalanstère où se retirent Langelot et Mousteyrac dans le cadre de leur enquête, un odieux massacres est commis : un paisible troupeau de moutons est décimé de manière sanglante à l’arme automatique. Nous avons vu que Vladimir Volkoff est loin d’être pudibond en matière de violence, mais un acte aussi infâme, aussi barbare et aussi gratuit n’a pas sa place dans les Langelot. Sans même parler de la différence de style, un tel développement suffirait à nous faire exprimer des doutes quant à l’authenticité de cette œuvre.

Langelot et le commando perdu, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1985.


            Nous n’avons pas essayé de nous procurer cet ouvrage, qui constitue, avec Langelot aux arrêts de rigueur et Langelot donne l’assaut, une trilogie où Langelot affronte Patroclas. Ce roman, d’après les résumés que nous avons pu en lire, exalte ostensiblement les valeurs militaires, bien loin de la pudeur qui caractérisait Langelot :
Il n’avait pas l’habitude de penser à son métier avec de grands mots héroïques. Les grands mots héroïques, il les trouvait plutôt ridicules. Mais il songea que le prince n’avait pas reçu la même formation que lui, et qu’il n’avait pas, devant les grands sentiments, cette pudeur typiquement française.[197]
           
Il serait invraisemblable de supposer que Vladimir Volkoff ait pu composer cet ouvrage, quand il est évident à nos yeux qu’il n’a composé ni le précédent ni le suivant.

Langelot donne l’assaut, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1985.


Ce Langelot, évidemment de la même facture que les précédents, nous propose une intrigue assez intéressante : Langelot est chargé de déterminer la raison pour laquelle un bataillon entier du BING (acronyme rappelant évidemment le GIGN) a fait défection durant une opération de la première importance, relatée dans Langelot et le Commando perdu. L’enquête est orientée sur la boisson alcoolisée qui est rituellement consommée avant les opérations (ce qui, convenons-en, est assez loufoque, pour ne pas dire tout bonnement impossible pour un commando d’élite). Bien entendu, le style en est beaucoup plus sombre que celui des Langelot authentiques, moins brillant et hermétique à l’humour qui est une composante majeure de la série.
L’ouvrage, pour être assez solide et sérieux, pèche par son encyclopédisme excessif : Langelot, qui enquête dans une usine de fabrication de bière, glose insolemment sur ses composés (« matière amylacée ou lupuline[198] », « succédanés du Malt (…) composition de la bière Elchingen ordinaire… 0,20 p. 100 d’acide carbonique, 3 p. 100 d’alcool[199] », etc.) lorsque Montferrand lui demande de rendre compte, ce qui est à la fois un manquement à la discipline invraisemblable, et un développement pédant bien lourd pour les Langelot. La compagne féminine de Langelot, étudiante en médecine, n’a rien des charmantes jeunes filles rencontrées dans les Langelot authentiques, à cause de sa propension à utiliser un jargon médical ardu, voire grotesque : « J’ai un 357 Magnum pointé sur vos vertèbres lombaires[200] », « [mettez] l’appendice nasal contre le sol[201] » ou même, aux enfants libérés des mains des terroristes, « Mouchez vos organes olfactifs et faites cesser l’action de vos glandes lacrymales.[202] » Certes, dans Langelot sur l’île déserte, un Porticci pouvait observer « Le cannibalisme n’est plus répandu que parmi 0,075 de l’humanité (…). Du moins d’après les savants optimistes, qui forment les 64/78 du corps total des anthropologues.[203] » Mais de telles remarques, plus justifiées d’après le caractère de Porticci, servaient de pendant à l’atmosphère délicieuse et exotique de l’ouvrage, alors que dans Langelot donne l’assaut, ils accusent son caractère foncièrement sombre et indigeste. Et, dans Langelot sur l’île déserte, il n’a jamais été question de « réduire le tonus de votre volition[204] », tournure que même Magdelon et Cathos rougiraient d’utiliser. Notons encore le fait que la « voix bleue » de Julio[205] apparaît chaque fois que la radio est allumée.
Cet ouvrage, dont l’intrigue est solide et intéressante, a le même défaut essentiel que Langelot aux arrêts de rigueur, à savoir la violence psychologique qui y est déployée : le terroriste Patroclas, retranché dans sa propriété Com-Tol-Fra (lugubre abréviation de Compréhension-Tolérance-Fraternité), menace d’exécuter sommairement les 126 orphelins qu’il abrite. Aucun détail sordide ne nous est épargné, jusqu’aux enfants qui, terrorisés par leurs geôliers cagoulés, osent à peine demander la permission d’aller aux toilettes, et à cette fillette qui « gazouillait (…) ‘nous voulons vivre’[206] ». Notons qu’il est invraisemblable qu’un terroriste suspecté des plus graves délits puisse avoir son propre orphelinat.
Ce Langelot, qui ne peut avoir été écrit par Vladimir Volkoff, « se laisse [lire] » malgré tout, pour paraphraser Pierrot la Marmite[207].

Corinne : première mission, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1981.


            La série des Corinne, qui ne comprend que deux épisodes, ne peut, selon nous, avoir été rédigée par Vladimir Volkoff. Elle n’a pu être composée que par l’auteur – ou l’un des auteurs – des Langelot apocryphes les plus affligeants, ce qui pourrait expliquer l’intrusion de Corinne dans ces derniers ouvrages, les deux séries étant publiées parallèlement. Indice éloquent, les illustrations sont de Robert Bressy, non de Maurice Paulin.
            L’intrigue de cet épisode est peu convaincante, et particulièrement rebutante : Corinne fait ses débuts dans la section Renseignement du SNIF, sous la direction du capitaine Aristide. Celui-ci, sachant qu’elle est la fille d’un personnage influent – il ignore que c’est de Snif lui-même – décide de la protéger en lui confiant un poste sans risque, le tri d’archives, dont il lui explique absurdement le caractère décisif, afin de ménager ses sentiments ; l’auteur, manifestement, ne désire nullement ménager la patience de ses lecteurs, car il délaye inutilement les dialogues et l’action. Corinne se morfond dans son service purement bureaucratique, et, pour en rendre parfaitement l’atmosphère, le narrateur noie le lecteur dans les détails insipides de sa vie (mère inconnue, père distant, etc.), quand les Langelot ne sacrifiaient jamais à ce psychologisme facile. Ainsi Corinne finit-elle par présenter sa démission après quelques jours, et elle se retrouve au point de départ, si bien que les premières pages se révèlent complètement superflues.
Corinne se voit ensuite confier le traitement d’un informateur jugé absolument inutile par le capitaine Aristide, mais toujours dans la perspective de ménager la susceptibilité de Corinne. Aristide est sur les traces du TIPTU (Terrorist Internatioanl Professional Trade-Union, acronyme grotesque si jamais il en fut), un réseau terroriste international. Mais le caractère superfétatoire de cette assignation est transparent, le capitaine Aristide, arguant de la doctrine du « need-to-know », ou cloisonnement, ne donne que ce sigle à Corinne pour orienter ses recherches (il ne précise pas même sa signification !), si bien qu’elle devient l’officier traitant d’un informateur sans avoir la moindre idée de la nature des investigations qu’elle doit entreprendre, ce qui est insensé : même s’il ne s’agit que d’une mission « bidon », le capitaine Aristide aurait dû la rendre vraisemblable.
            « Palmipède », le pseudonyme du contact, est un terme inconnu de Corinne : « Palmipède est peut-être un mot russe », se dit-elle. Au-delà du fait que cela constitue une démonstration d’ignorance manifeste, il est impossible que Vladimir Volkoff, dont le russe est la langue maternelle, ait pu écrire un propos si stupide, si offensant pour l’intelligence. L’amateurisme de Corinne dissimule à peine celui de l’auteur, qui ne connaît manifestement rien du monde du renseignement : Corinne est invraisemblablement présentée comme une petite fille, qui semble avoir régressé depuis l’école du SNIF. Il est dit, à propos des risques de son métier, qu’« elle n’avait pas encore pris conscience de ce que ce danger pouvait avoir d’immédiat », ce qui est une négation même de ses aventures décrites dans Langelot agent secret, où elle avait manqué se faire étrangler par Moriol. Le contact de Corinne avec son informateur sombre dans les tréfonds du ridicule : « avec le volume que vous avez, vous ne risquez rien : même si vous tombez à l’eau, vous flotterez[208] », lui déclare Corinne. De même, répondant à une doctrine du SNIF dont l’interprétation est pour le moins fantaisiste (toujours garder l’initiative avec les informateurs[209]), Corinne refuse d’écouter tous renseignements autres que ceux qu’elle sollicite directement, et, pire encore, s’entête sottement à changer les lieux et dates des rendez-vous proposés par l’informateur, jusqu’à repousser de deux jours une entrevue primordiale proposée pour le jour même[210].
            Comble de l’absurde, lorsqu’elle fait intrusion chez son père (le chef du SNIF) pour l’informer du fait que ses patrons sont passés à l’ennemi, celui-ci refuse d’écouter ses renseignements, quelle que soit leur importance, au prétexte qu’il ne peut faire de favoritisme. Il l’invite à passer par la voie hiérarchique, ce qui est absolument grotesque, quelles que soient ses motivations.
            L’auteur s’essaie à des aphorismes sur le renseignement – et, bien entendu, le résultat est déplorable : « votre meilleur ami peut être un agent ennemi, car enfin les agents ennemis sont toujours les meilleurs amis de quelqu’un[211] », sophisme absurde ; « Les matinées de cinémas permanents sont très propices aux rendez-vous d’agents secrets, qui s’y donnent très souvent[212] », niaiserie inénarrable ; enfin, last but not least, « Ce sont des types qui tuent, les TIPTU[213] », désigné comme « horrible calembour », mais nous utiliserions plutôt l’épithète terrible, dans l’acception anglaise du terme (navrant).
Enfin, relevons le manque d’imagination flagrant de l’auteur, qui, associé à son désir d’inscrire cet ouvrage dans la lignée des Langelot authentiques, l’amène à ne désigner que des personnages déjà apparus dans les Langelot lorsqu’il nomme les personnalités stratégiques que le réseau TIPTU veut abattre : la Tour du Becq, du CCSS (Comité de Coordination Scientifique et Stratégique ; Langelot suspect) ; Sourcier, de la Sécurité Militaire (Langelot suspect) ; le Professeur Roche-Verger (Langelot et les espions, Une offensive signée Langelot, etc.) ; M. Steiner, du laboratoire Laser-Maser (Langelot et le satellite) ; Snif, étrangement désigné comme le « chef du service mécanographique de l’armée de terre » ; le commandant Rougeroc[214] (Langelot et les Crocodiles, etc.).
L’indigence, les maladresses et le manque de vitalité de cette série la dissocient radicalement des œuvres attestées de Vladimir Volkoff, qui ne peut en être l’auteur.

Corinne et l’as de trèfle, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1983.


            Nous n’avons jamais lu cet ouvrage, mais, d’après le résumé que nous en avons consulté, c’est une suite directe de Corinne : Première mission, et, comme pour Langelot et le Commando perdu, il est tout aussi peu probable que Vladimir Volkoff l’ait rédigé.

Larry J. Bash

            Nous ne nous étendrons pas sur cette série, que Vladimir Volkoff n’a jamais prétendu avoir écrite, mais qui lui est souvent attribuée. Elle est introduite dans la Bibliothèque Verte comme en ces mots : « Lieutenant X présente ». Voici la lettre qui se trouve en début de chaque épisode : 

Cher Ami,
       Un jeune Américain, Larry J. Bash, ayant lu quelques uns de mes "Langelot", m'a envoyé plusieurs manuscrits, dans lesquels il raconte ses aventures de détective privé.
       Je pense qu'elles pourraient intéresser les lecteurs de la Bibliothèque Verte.
       C'est pourquoi je vous les fais suivre.
       Veuillez croire, cher Ami, à tous mes sentiments les meilleurs.

Lieutenant X

Le style de cette inintéressante série est trop différent de celui de Vladimir Volkoff pour qu’on puisse sérieusement la lui attribuer. Du reste, l’édition précise qu’elle est traduite par Gil Hérel, qui traduit des ouvrages de l’anglais pour plusieurs collections.

Une offensive signée Langelot, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, 1968.


            Nous nous rendons bien compte que nos démonstrations, qui nous semblent convaincantes, ne peuvent que laisser froid un public non averti. Pour y donner un peu plus de poids, nous avons essayé de lire Une offensive signée Langelot, l’ouvrage authentique le moins réussi de la série, comme si nous voulions prouver son caractère apocryphe.
            Nous avons cru déceler une erreur manifeste lorsque, après l’intervention télévisée de M. T., le ministre de l’intérieur, réuni avec les principales autorités civiles et militaires pour évaluer la menace représentée par M. T., demande à la cantonade si Monsieur T. a été photographié[215]. Cela nous parut incongru, car il nous semblait que l’INA enregistrant toutes les émissions télévisées et radiophoniques, il aurait dû être aisé de se procurer une photo de Monsieur T., et même l’enregistrement complet de son intervention ; mais après vérification, il s’avère que l’INA n’a été créé que le 3 août 1974, soit 6 ans après la parution de cet ouvrage.
Nous avons relevé deux devinettes « incorrectes » : l’une de M. Roche-Verger à Langelot, qui lui demande successivement le nom de la ville la plus féroce (Lyon), la plus grosse (Grasse), etc., jusqu’à « la plus nombreuse », ce à quoi Langelot répond Troyes, et non pas Sète, sans que Roche-Verger ne le corrige[216] ; plus surprenant, lorsque Riri-qu’aime-à-rire demande à Roche-Verger si « sept et huit font-t-onze, ou sept et huit font… honze. », la réponse proposée est treize et non pas quinze[217].
Nous aurions encore pu être surpris par l’apostrophe de Charles à Langelot lorsque celui-ci manque abattre un suspect de la première importance (« Langelot, tu es un bouzilleur ![218] »), mais elle est authentifiée dans Langelot et les Cosmonautes (« Vous avez engagé à votre service une bande de bouzilleurs.[219] », dit Sidney à Sharman).
Enfin, le caractère scientifique d’une note explicative sur le « rayon de la mort » pourrait nous intriguer : « Il s’agit ici du générateur-amplificateur atomique d’ondes électromagnétiques, à diode semi-conductrice, permettant déjà d’obtenir, pendant des périodes relativement prolongées (de l’ordre de la seconde), des rayonnements monochromatiques atteignant plusieurs millions de watts. Dans un très proche avenir, les possibilités de cet instrument en auront fait une arme collective redoutable aussi bien que le plus précis des scalpels.[220] » Mais nous comprenons qu’il s’agit là d’un excursus nécessaire pour démontrer le caractère extrêmement dangereux d’une telle arme entre les mains d’un terroriste.
Malgré son « sérieux », ce Langelot est composé avec le même style que les autres, et même si l’intrigue se fait parfois languissante, pour des raisons que nous ne saurions analyser ici, il ne fait aucun doute que c’est bien Vladimir Volkoff qui l’a composé.

Interviews ‘Langelot’

Première interview de Vladimir Volkoff en ligne [221]

1. Des ouvrages de Langelot ont-ils été censurés ? Si oui, par qui et pourquoi ? Certains écrits inédits ou certains projets sont-ils restés dans vos cartons ? Si oui, vont-ils être édités ? Corinne ne devait-elle pas poursuivre ses missions pour arrêter l'as de cœur, l'as de pique et le joker ?
           
Aucun « Langelot » n’a jamais été « censuré », à cela près qu’à l’époque où je les écrivais, certains thèmes ne devaient pas être abordés dans la littérature pour la jeunesse. Ainsi la règle du jeu supposait que Langelot pouvait blesser mais non pas tuer, que les activités sexuelles seraient passées sous silence, et qu’il ne serait à aucun moment question de sujets religieux, au nom de la sacrosainte laïcité.
Pour ma part, j’avais l’intention de continuer à raconter les aventures de Langelot et de Corinne aussi longtemps que Dieu me prêterait vie. C’est l’éditeur (la Bibliothèque verte) qui en a décidé autrement, mes héros n’étant plus considérés comme assez « politiquement corrects ». Je pense que les Editions du Triomphe ne formuleraient pas la même objection, mais, pour des raisons que j’imagine financières, elles préfèrent publier les 40 Langelot existants avant d’envisager la publication de nouveaux récits.

2. Regrettez-vous ce que vous avez écrit dans un des livres de la série Langelot ?
           
Non, je n'ai aucun regret.

3. Quel(s) souvenir(s) la série Langelot, que vous avez écrite il y a quelques années, vous laisse-t-elle maintenant ?
           
Je suis très heureux d'avoir écrit la série Langelot, je la continuerais volontiers si un éditeur m'en donnait l'occasion, et, lorsqu'il m'arrive de relire un Langelot, c'est toujours avec plaisir. Un plaisir inégal, bien sûr, certains Langelot me paraissant plus réussis que d'autres.

4. Un ultime Langelot ne pourrait-il pas être écrit ou édité ?
           
Ultime ? Pourquoi ultime ? Je serais ravi d'en écrire d'autres, si la publication en était assurée.

5. Comment vivez-vous votre succès ?
           
Je ne comprends pas la question. Je suis reconnaissant à mes lecteurs du temps qu’ils me consacrent et je suis heureux de pouvoir leur faire plaisir.

6. Que pensez-vous du rythme et de la forme des rééditions (de Langelot) ?
           
Idéalement, j’aurais bien sûr préféré que les 40 Langelot ressortent tous d’un coup, mais je connais les servitudes de l’édition, et je suis ravi que les Editions du Triomphe travaillent au rythme qui leur convient.

7. Avec le recul, pensez-vous que vous auriez, aujourd’hui, à ajouter ou modifier quelque chose dans vos livres (de la série Langelot) ?
           
On peut toujours tout perfectionner, mais il faut savoir s’arrêter. Si j’ai laissé publier mes Langelot tels quels, c’est que, à tort ou à raison, je considérais qu’ils avaient atteint un niveau de qualité que, sur le moment, je n’étais pas capable de dépasser.

8. Quel pouvoir avez-vous sur les éditeurs ?
           
Je signe mes contrats de réédition deux par deux. Si, pour une raison quelconque, j’étais mécontent des rééditions, je pourrais ne plus signer de contrats pour les livres suivants.

Langelot est votre "petit". Vous faites allusion à Montferrand et à Langelot dans d'autres de vos ouvrages (Le Berkeley à cinq heures, L'enlèvement) : pourquoi ?
           
Langelot est peut-être mon « petit », mais je suis fier de l’avoir conçu et j’aime bien l’intégrer dans l’ensemble de mes ouvrages. J’aime aussi tendre des passerelles entre mes divers ouvrages : cela m’aide à mieux croire au microcosme que j’ai créé.

10. Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ces livres (Langelot) ?

            J'ai écrit Langelot pour de plusieurs raisons : pour m'amuser, pour amuser mes lecteurs tout en défendant ce à quoi je crois (la patrie, le courage physique, la fidélité, la joie du danger, le charme féminin), et aussi, bien sûr, pour gagner de l'argent. A certaines époques, Langelot m'a beaucoup aidé à vivre financièrement.

11. Combien de rééditions ont-elles étés vendues depuis le départ de leurs tirages ? Etes-vous satisfait de ces résultats ?

            Je ne sais pas au juste combien de rééditions se sont vendues. En comptant les traductions, il y a sûrement eu plusieurs millions de Langelot sur le marché. Il serait difficile de ne pas en être satisfait. Ma seule tristesse, c'est que, suite à un changement de direction et d'orientation politique, la Bibliothèque verte a renoncé à continuer la publication.

12. Pourquoi, à l’époque des premières éditions, avez-vous souhaité garder votre identité secrète ? Pourquoi l’avoir dévoilée ensuite ?

Il est difficile en France d’être pris au sérieux comme écrivain pour adultes si on a du succès comme écrivain pour la jeunesse. J’ai donc décidé de suivre les deux carrières parallèlement, dont une sous pseudonyme. Lorsque je me suis considéré assez connu dans l’une des incarnations, j’ai jeté le masque.

13. Le projet de série TV de treize épisodes sur Langelot a-t-il été finalisé ? Pouvez-vous nous apporter des compléments d'informations, car cette série n'a apparemment pas été diffusée en France ?

Des projets TV ont existé. A ma connaissance, aucun n'a jamais été mené à bien. Je le regrette.

14. La série Langelot a été partiellement traduite en allemand, en portugais, en italien et en espagnol, pouvez-vous nous indiquer si elle a été éditée dans d’autres langues ?
           
La série (incomplète) a été traduite en indonésien, en turc, en afrikaans, en japonais, en suédois...

15. Les fans de Langelot ressentent un changement, notamment depuis Langelot mauvais esprit. Pourquoi avoir modifié le style?
           
Changement inconscient. Cela m'intéresserait de savoir comment vous le caractérisez. Question boomerang !

16. Vous faites actuellement partie du Comité d’Ethique ayant la direction de la création du parc d'attraction « Spyland ». Comment et pourquoi avez-vous été choisi ? Pourquoi avez-vous accepté d'en faire partie ?
           
Il faudrait poser la première question aux créateurs du projet. J'ai accepté parce que le monde du renseignement m'intéresse, que je m'y considère modérément compétent, et que le projet me semble intéressant.

Seconde interview

1. Paul a constaté des modifications "d'actualisation" mineures dans les éditions aux couvertures souples Hachette, par rapport aux textes originaux. Ces modifications ont ensuite été reportées dans les rééditions des éditions du triomphe. Par exemple : l'ajout dans tout un livre de "on prit l'autoroute, on quitta l'autoroute" ou bien un rendu de monnaie avec des pièces de 2 ou 10 francs alors que dans l'édition originale, on n’avait pas de pièces de 2 francs et seulement des billets de 10 francs... (cf. Langelot contre Monsieur T.). Ces modifications étaient-elles de votre initiative ou de celle des éditeurs ?
           
Il y a eu, bien sûr, un besoin d’ « actualisation » au cours des années, mais il se comblait spontanément, au fur et à mesure de l’apparition de sujets plus « actuels » eux-mêmes. Il y avait des détournement d’avion, il y avait des marées noires, donc, tout naturellement, c’était du pain béni pour Langelot, d’autant plus qu’il n’était pas question de mettre en scène des conflits est-ouest explicites.

2. Vous laissez sous-entendre que si les éditeurs vous donnaient leur accord, vous seriez prêt à écrire des nouveaux tomes, afin d’enrichir la série Langelot. Si tel était le cas, penseriez-vous faire vivre Langelot à l’époque actuelle avec l'équipement contemporain, ou ce dernier continuerait-il ses aventures dans les années 80 ? Dans le cas où Langelot vivrait à l’époque contemporaine, aura t-il encore 18 ans ou sera-t-il plus âgé ?
           
Vous posez une question extrêmement intéressante au sujet d’une suite possible de Langelot. Ce qui me paraît exclu, c’est qu’il ait encore 18 ans et soit sous-lieutenant en 2004. Ou bien il faut écrire la suite de la série à une époque décalée dans le temps (les années 60-70, où les lycéens sont libres le jeudi et où il n’y avait pas de portables, ce qui équivaudrait presque à faire des « romans historiques » sans en avoir l’air), ou bien, ce qui serait amusant, il faudrait nous replacer à notre époque à nous, et supposer que Langelot a 60 ans et qu’il est devenu le patron du SNIF, ce qui serait assez rigolo.

3. Comme il a été dit précédemment, certaines personnes ressentent un changement de style notamment à partir de Langelot mauvais esprit. En effet, le fond semble le même mais l’humour parait un peu différent et l’intrigue plus sobre, sérieuse… comme si vous vous adressiez à des lecteurs plus mûrs, plus âgés. Les relations entre Langelot et ses supérieurs ou amis apparaissent différemment. La nuance est difficile à définir mais est, pour beaucoup de lecteurs, bien présente.
           
Je ne ressens pas les changements de style auxquels vous faites allusion, mais, bien sûr, l’auteur est le plus mal placé pour en prendre conscience. En tout cas, ils n’ont jamais été délibérés.

5. Quels sont ou étaient vos avis et influences sur les illustrations des différentes éditions ?
           
Les seules illustrations qui me plaisent vraiment sont celles de M. Vincent, dans la verte souple : elles font preuve d’une véritable imagination.

6) Possédez vous une Midget ou cela est-il votre souhait ?
           
Je n’ai jamais possédé de Midget ni vraiment désiré en posséder une. J’ai appris à conduire sur des jeeps de l’armée pendant la guerre d’Algérie ; ensuite j’ai possédé une 2 CV, une fiat 500, une Frégate, deux coccinelles Volkswagen, une Ford Maverick, une Volvo, une Plymouth Horizon, et depuis quelque 20 ans, je ne conduis plus que des Honda Accord. De toute manière, je préfère les chevaux aux voitures.

La 2 CV lestée des débuts de Langelot, avant la Midget

Troisième interview

1. Emmanuel Lyasse : Je viens de lire trois fois de suite, enfin, Langelot et le commando perdu. J’ai été frappé par cette phrase « Nous ne voulons pas un crachat jaune dans une cuvette bleue ! Nous voulons le drapeau français ! » Je serais curieux de savoir si c’est volontairement ou involontairement, avec intention subtile ou par le plus grand des hasards, ou bien par inspiration de saint Michel, sainte Marguerite, ou tout autre, que l’auteur nous donne ici le meilleur slogan que j’ai rencontré, à ce jour, pour le non à la constitution Giscard.(…) Faut-il conclure que c’est la main d’un ange qui a ajouté cette phrase sur le manuscrit de l’auteur, comme pour la traduction d’Isaïe par les Septantes dans les Chroniques angéliques ? J’aimerais bien avoir votre point de vue sur cette question.
           
Je ne faisais certes pas allusion au drapeau européen – l’avais-je jamais vu ? J’en doute, j’habitais les Etats-Unis à l’époque-en inventant celui d’Oboubou. J’apprécie l’allusion à Isaïe. Qui sait ?

2. Webmaster : je reviens à une question d’un interview précédent : Paul a constaté des modifications "d'actualisation" mineures dans les éditions aux couvertures souples Hachette, par rapport aux textes originaux. Ces modifications ont ensuite été reportées dans les rééditions des Editions du Triomphe. Par exemple : l'ajout dans tout un livre de "on prit l'autoroute, on quitta l'autoroute" ou bien un rendu de monnaie avec des pièces de 2 ou 10 francs alors que dans l'édition originale, on n’avait pas de pièces de 2 francs et seulement des billets de 10 francs... (cf. Langelot contre Monsieur T.). Ces modifications étaient-elles de votre initiative ou de celle des éditeurs ? Merci de votre précision.

            J’ai pris l’habitude de distinguer entre ce que je considère comme des décisions d’auteur (je ne permets pas qu’on me change une virgule, à moins que ce ne soit à juste titre) – et les décisions d’éditeur, comme les dates de publications, etc. Les éditeurs se trompent souvent, mais l’auteur n’y peut rien : il vaut mieux accepter en souriant.

3. Paulo : Les éditions du Triomphe souhaitent d’abord rééditer  les Langelot existants à raison de 4 par an, par contraintes financières. En êtes-vous satisfait ?
           
Tout doit être financier : avant de dépenser de l’argent, il faut en avoir ou en emprunter, et, une fois qu’on l’a dépensé, il faut qu’il rentre pour réinvestir dans la publication suivante. Moi aussi, j’aurais préféré les 40 d’un coup et en vente dans les librairies. J’ai accepté ce qui m’était proposé

4. Grachlulu : Moi, je ne suis pas vraiment ravie parce que, après ce que j’ai lu dans un post précédent, ça veut dire qu’il faudra attendre un certain temps si on veut pouvoir lire la suite des aventures de Langelot. Pourriez-vous prendre de l’avance et commencer à en écrire ?
           
L’auteur ne va pas écrire s’il n’a pas la certitude d’être publié. L’éditeur ne va pas signer de contrat avec l’auteur tant qu’il n’a pas publié les 40, parce qu’il lui revient moins cher de publier un titre déjà existant que de commander un nouvel ouvrage.

5. Icottais : Merci M. Volkoff pour ces réponses, merci qu’elles soient [sic] encourageantes quant à la poursuite de la série. L’auteur est maître, mais personnellement, je préfèrerais que Langelot reste fidèle à lui-même, économe de la vie (et des cartouches), et délicieusement discret sur ses aventures féminines. Etes-vous d’accord ?
           
Non, l’auteur n’est pas le maître du personnage ; c’est le personnage qui est le maître de l’auteur. Une fois conçu, il agit à sa guise. Vous ne risquez donc pas de le voir se trahir.

6. Paulo et Lyasse : Quand Snif est-il promu général ? En effet, cette question pose problème à certains fans qui constatent une incohérence possible entre les livres de la série Langelot et les livres de la série Corinne si Snif ne l’est pas devenu au moment de la sortie de Corinne et Langelot de l’école du SNIF. En effet, une annotation signale dans Langelot et les exterminateurs qu’il est colonel.
           
Franchement, je ne me rappelle plus. Il faudrait que je relise. Il me semble bien que Snif est général, mais je peux me tromper.

7. Emmanuel Lyasse : Pour ma part, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui ne collent pas dans Corinne par rapport à la série Langelot, et que vous l’avez écrit sans tenir compte de tout ce qui précédait.
           
Peut-être en effet y a-t-il des choses qui ne « collent » pas dans Corinne. Je serais reconnaissant de savoir lesquelles.


Œuvres de Vladimir Volkoff

Romans et nouvelles 
L'Agent triple, Julliard, Paris, 1962.
Les Mousquetaires de la République, La Table Ronde, Paris, 1964.
Les Trois Scorpions (sous le pseudonyme de Rholf Barbare), Albin Michel, Paris, 1965.
Le Trêtre (sous le pseudonyme de Lavr Divomlikoff), Editions Robert Morel, Les Hautes Plaines, Mane, 1972.
L’Enfant posthume, Editions Robert Morel, Les Hautes Plaines, Mane, 1972.
Le Retournement, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1979 (Prix Chateaubriand).
Les Humeurs de la mer, tétralogie romanesque : Olduvaï, La Leçon d'anatomie, Intersection, Les Maîtres du temps, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1980.
Une histoire surannée quelque peu, L’Age d’Homme, Lausanne, 1982.
Le Montage, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1982 (Grand prix du roman de l'Académie française).
The Underdog Appeal, Renaissance Press, Macon (Géorgie), 1984.
Le Professeur d'histoire, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1985.
Nouvelles américaines, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1986.
L'Interrogatoire, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1987.
Les Hommes du Tsar, trilogie romanesque : Les Hommes du tsar, Les Faux tsars, Le Grand tsar blanc, Editions de Fallois et L’Age d’Homme, Paris et Lausanne, 1989.
Le Bouclage, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1990.
La Chambre meublée, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1991.
Le Berkeley à cinq heures, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1994 (Prix de la ville d'Asnières).
La Crevasse, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1996.
Chroniques angéliques, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1997.
Il y a longtemps mon amour, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1998.
L'Enlèvement, Éditions du Rocher, Paris, 2000.
Opération Barbarie, Éditions des Syrtes, Paris, 2001.
Le Contrat, Éditions du Rocher, Paris, 2002.
La Grenade, Éditions des Syrtes, Paris, 2002.
Le Complot, Éditions du Rocher, Paris, 2003.
L'Hôte du pape, Éditions du Rocher, Paris, 2004.
Les orphelins du Tsar, Éditions du Rocher, Paris, 2005.
Le tortionnaire, Éditions du Rocher, Paris, 2006 (posthume).

Biographies 
Tchaikovsky: a self-portrait, Crescendo publishing Co. (Boston) et R. Hale (Londres), 1975.
Vladimir, le Soleil rouge (traduit de l'anglais par Gérard Joulié), Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1981.

Essais

La Civilisation française (sous le pseudonyme de Victor Duloup), manuel, Harcourt, Brace and World, New York, 1970.
Vers une métrique française, French Literature Publication Company, Columbia (Caroline du Sud), 1978.
Le Complexe de Procuste, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1981.
Lawrence le Magnifique : essai sur Lawrence Durrell et le roman relativiste, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1984.
Lecture de l'Évangile selon saint Matthieu, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris, 1984.
La Désinformation, arme de guerre : textes de base présentés par Vladimir Volkoff, L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1986.
Du roi, L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1987.
Vladimiriana, L'Âge d'Homme, coll. « Le Bruit du temps », Paris et Lausanne, 1989.
Légionnaires, Hologramme, Neuilly-sur-Seine, 1986.
La Trinité du mal ou Réquisitoire pour servir au procès posthume de Lénine, Trotsky, Staline, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1990.
La Bête et le Venin ou la Fin du communisme, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1992.
Lectures des Évangiles selon saint Luc et saint Marc, L'Âge d'Homme, Lausanne et Paris, 1996.
Petite histoire de la désinformation : du cheval de Troie à Internet, Éditions du Rocher, Paris, 1999.
Désinformation, flagrant délit, Éditions du Rocher, Paris, 1999.
Manuel du politiquement correct, Éditions du Rocher, Paris, 2001.
La Garde des ombres, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 2001.
Désinformation par l'image, Éditions du Rocher, Paris, 2001.
Pourquoi je suis moyennement démocrate, Éditions du Rocher, Paris, 2002.
Pourquoi je serais plutôt aristocrate, Éditions du Rocher, Paris, 2004.
Lecture de l'Évangile selon saint Jean, L'Âge d'Homme, Lausanne et Paris, 2004.
La Désinformation vue de l’Est, Editions du Rocher, Paris, 2006 (posthume).

Théâtre 
L'amour tue, L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1983.
Yalta : tragédie, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1983.
Le Mistère de saint Vladimir, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1988 (Prix Alfred de Vigny).
Œdipe, L'Âge d'Homme, coll. « Le bruit du temps », Lausanne, 1993.
Théâtre I : L'Interrogatoire. Le Réquisitoire, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1995.
Charme slave, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2002.
L’Hôte du pape, Editions du Rocher, Paris, 2006 (posthume).

Science-fiction 
Métro pour l'enfer, Hachette jeunesse, Le Rayon Fantastique, Paris, 1963 (Prix Jules Verne).
Le Tire-bouchon du bon Dieu, Presses-Pocket, Paris, 1982.
La Guerre des pieuvres, Presses Pocket, Paris, 1983.

Avec Jacqueline Dauxois-Bruller
L'exil est ma patrie, Le Centurion, Paris, 1982.
Alexandra, Albin Michel, Paris, 1994.

Bandes dessinées 
Vladimir le soleil radieux, Le Lombard, Bruxelles, 1992 (Prix de la bande dessinée chrétienne).
Alexandre Nevsky, Le Lombard, Bruxelles, 1995.

Pour la jeunesse 
Série Langelot, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1965-1979 (31 volumes authentifiés sur 40).
Peau-de-Bique, Hachette jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1994.
Conte d'Ivan le Nigaud, de la belle Vassilissa et du carrefour magique, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Bibliographie

Ouvrages de Vladimir Volkoff

Série « Langelot »

1. Langelot Agent Secret, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1965.
2. Langelot et les Espions, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1966.
3.
Langelot et le Satellite, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1966.
4. Langelot et les Saboteurs, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1966.
5. Langelot et le Gratte Ciel, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1967.
6. Langelot contre Monsieur T, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1967.
7. Langelot Pickpocket, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1967.
8. Une Offensive Signée Langelot, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1968.
9. Langelot et l’Inconnue, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1968.
10. Langelot contre Six, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1968.
11. Langelot et les Crocodiles, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1969.
12. Langelot chez les Pa-pous, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1969.
13. Langelot Suspect, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1970. [APOCRYPHE]
14. Langelot et les Cosmonautes, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1970.
15.
Langelot et le Sous Marin Jaune, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1971.
16. Langelot Mène la Vie de Château, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1971.
17. Langelot et la Danseuse, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1972.
18. Langelot et l’Avion Détourné, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1972.
19. Langelot fait le Malin, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1972.
20. Langelot et les Exterminateurs, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1973.
21. Langelot et le Fils du Roi, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1974.
22.
Langelot fait le Singe, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1974.
23. Langelot Kidnappé, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1975.
24. Langelot et la Voyante, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1975.
25. Langelot sur la Côte d’Azur, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1976.
26. Langelot à la Maison Blanche, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1976.
27. Langelot sur l’île Déserte, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1977.
28. Langelot et le Plan Rubis, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1977.
29. Langelot passe à l’Ennemi, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1978.
30. Langelot chez le Présidentissime, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1978.
31. Langelot en Permission, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1979.
32. Langelot Garde du Corps, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1979.
33. Langelot Gagne la Dernière Manche, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1980. [APOCRYPHE]
34. Langelot Mauvais Esprit, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1980. [APOCRYPHE]
35. Langelot contre la Marée Noire, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1981. [APOCRYPHE]
36. Langelot et la Clef de la Guerre, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1982. [APOCRYPHE]
37. Langelot et le Général Kidnappé, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1983. [APOCRYPHE]
38. Langelot aux Arrêts de rigueur, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1984. [APOCRYPHE]
39. Langelot et le Commando Perdu, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1985. [APOCRYPHE – Non consulté]
40. Langelot Donne l’Assaut, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1985. [APOCRYPHE]

Série « Corinne »

1. Corinne : Première mission, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1981. [APOCRYPHE]
2. Corinne et l’as de trèfle, Hachette Jeunesse, Bibliothèque Verte, Paris, 1983. [APOCRYPHE – Non consulté]

Romans

L’Agent triple, Julliard, Paris, 1962.
Les Mousquetaires de la République, La Table Ronde, Paris, 1964.
Le Retournement, L’Age d’Homme, Lausanne, 1979.
Le Montage, L’Age d’Homme, Lausanne, 1982.
Le Professeur d'histoire, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1985.
L'Interrogatoire, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1987.
Le Bouclage, L’Age d’Homme, Lausanne, 1990.
Le Berkeley à Cinq heures, L’Age d’Homme, Lausanne, 1994.
Il y a longtemps mon amour, Éditions de Fallois et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1998.
L'Enlèvement, Éditions du Rocher, Paris, 2000.
Opération Barbarie, Éditions des Syrtes, Paris, 2001.
Le tortionnaire, Éditions du Rocher, Paris, 2006 (posthume).
Le Complot, Éditions du Rocher, Paris, 2003.
L'Hôte du pape, Éditions du Rocher, Paris, 2004.

Essais

Le Complexe de Procuste, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris et Lausanne, 1981.
L'exil est ma patrie, Le Centurion, Paris, 1982.
Lecture de l'Évangile selon saint Matthieu, Julliard et L'Âge d'Homme, Paris, 1984.
Du roi, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1987.
Petite histoire de la désinformation, Éditions du Rocher, Paris, 1999.
Désinformation, flagrant délit, Éditions du Rocher, Paris, 1999.
La Trinité du mal ou Réquisitoire pour servir au procès posthume de Lénine, Trotsky, Staline, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1990.
La Bête et le Venin ou la Fin du communisme, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1992.
Manuel du politiquement correct, Éditions du Rocher, Paris, 2001.
Pourquoi je suis moyennement démocrate ?, Éditions du Rocher, Paris, 2002.
Pourquoi je serais plutôt aristocrate ?, Éditions du Rocher, Paris, 2004.
Le royalisme en questions, Yves-Marie Adeline, L’Age d’Homme, Editions de Paris, 2e édition, Paris, 2002 (Préface de Vladimir Volkoff).

            Autres sources

Sur Vladimir Volkoff

Florence de Baudus, Le Monde de Vladimir Volkoff, Editions du Rocher, Paris, 2003.
Lydwine Helly, Vladimir Volkoff, Les Dossiers H, 2005.

Héroïsme et aristocratie

Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, IX, « Qu’est-ce que l’aristocratie », in Œuvres, Editions Robert Laffont, Collections « Bouquins », Traduction Henri Albert, Paris, 1993.
Henri-Louis Fernoux et Christian Stein, Aristocratie antique : Modèles et exemplarité sociale, Editions Universitaires de Dijon, 2007 (Ouvrage collectif).

Littérature pour la jeunesse

Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l’Education, GF Flammarion, Paris, 1995.
Bruno Duborgel, Imaginaire et pédagogie : de l’iconoclasme scolaire à la culture des songes, Le sourire qui mord, Paris, 1983.
Laurence Decréau, Ces héros qui font lire, Hachette éducation, Paris, 1994.




[1] Langelot agent secret, p. 59.

[2] Bernard Lugan, Libre Journal, Radio Courtoisie, 22 Septembre 2005.

[3] L’avis de V.V., à ce propos, recoupe notre préjugé. Il affirme en effet, à propos de son mépris pour la littérature contemporaine : « Tous ces gens qui se lamentent sur le fait qu’ils n’ont rien à dire, eh bien qu’ils se taisent, que diable ! » L’exil est ma patrie, op. cit., p. 76.

[4] Vladimir Volkoff au sujet de Divo, c’est-à-dire de lui-même, Le Complot, Editions du Rocher, Paris, 2003, p. 16.

[5] V.V., sans conteste, maîtrise parfaitement la langue française, mais l’intérêt très modéré que nous avons trouvé à la lecture de ses ouvrages n’avait rien de « littéraire » : c’est un intérêt mêlé pour l’ingéniosité, la force des situations décrites – force due à leur actualité –, etc., tant d’éléments qui ne sont pas incompatibles avec la littérature, mais qui n’y suffisent point.

[6] Son succès fut tel qu’elle y connut plusieurs éditions. Elle a récemment été rééditée par les Editions du Triomphe, dans une collection peu recommandable.

[7] Le colonel Reboul, compagnon d’armes en Algérie, et modèle de Beaujeux, personnage central de la tétralogie Les Humeurs de la mer.

[8] Autobiographie, in Lydwine Helly, op. cit., p. 27.

[9] Notamment après son exclusion de l’établissement où il enseignait en Géorgie : « Au bout de onze ans de loyaux services et malgré l’opposition acharnée des étudiantes, je fus mis à la porte par le nouveau président d’université, ayant déclaré que je supportais la tyrannie ou la démagogie mais pas les deux incarnées en une même personne. Je connus là une année ou deux un peu difficiles, mais quelques cours de ci de là et surtout Langelot, dont le succès ne se démentait pas, me tirèrent d’affaire. » Ibid., p. 28.

[10] Interview ‘Langelot’ en ligne, op. cit.

[11] Radioscopie, interview menée par Jacques Chancel, France Culture, 27 Septembre 1979. V.V. explique en ces termes l’intimité qui existe entre l’écrivain et l’agent de renseignements :
« Il est vrai que plusieurs officiers spécialisés dans ce qu’on appelle globalement le Renseignement se sont fait un nom dans ce qu’on appelle non moins globalement la Littérature. Il est vrai aussi que M. Philby, aux mémoires duquel M. Greene a eu l’indulgence d’épingler une préface, porte un jugement défavorable sur les talents d’espion de l’écrivain. Mais rien ne prouve que l’orfèvre ait bien jugé, ni que MM. Rémy, Nord, Fleming, Le Carré n’aient pas réussi dans le froid avant de triompher au soleil. (…) Un fait demeure : j’ai, pour ma part, justifié ses prédictions ; ayant jeté aux orties le manteau couleur muraille, je ne résiste pas, après dix ans, à la démangeaison de m’en expliquer par moyens typographiques.
Aussi bien y a-t-il, je crois, entre les deux métiers, un rapport plus profond que Tolstoï, avec son esprit exclusivement pragmatique, n’était capable de l’entrevoir. Je ne fais pas allusion au réflexe de compensation : oui, le silence pèse lourd à notre bouche scellée aux armes de l’Etat (…) Mais cela ne me paraît qu’une manifestation adventice de la symétrie essentielle qui existe entre l’homme des mots et l’homme du silence, entre cet histrion et ce spadassin à qui le masque est commun. Pour ma part, j’irais presque jusqu’à renverser la formule tolstoïenne pour affirmer qu’un maître-espion réussi est un romancier rentré.
Il était né pour composer des romans : il combine des montages ; pour inventer des noms : il concocte des pseudonymes ; pour faire vivre un langage : il code. Au lieu de créer des êtres, il modifie des individus en glissant dans leur vie des pincées de levure ad hoc. Comme l’écrivain, il jette sur le monde un filet d’autant plus efficace qu’impalpable, et tire. Ce sont des illusionnistes tous les deux, encore que l’un se vende pour les feux de la rampe et que l’autre se damne pour l’ombre de la coulisse. » V.V., Le Retournement, L’Age d’Homme, Lausanne, 1979, pp. 7-8.

[12] Ibid.

[13] « Monsieur le Président, dit [le secrétaire d’Etat français], vous avouerez que l’histoire que vous nous avez racontée est, de bout en bout, incroyable. Ce qui ne signifie nullement qu’elle ne soit pas vraie, mais, chose beaucoup plus importante, qu’elle ne sera pas crue. Si nous annonçons à la presse que l’attaché militaire d’une ambassade étrangère se permet de faire des enlèvements en plein Paris pour arracher des promesses à des Présidents de Républiques, nous serons accusés d’avoir inventé cet imbroglio pour diminuer la portée des déclarations de votre fille. » Langelot et l’Inconnue, p. 79.

[14] Une offensive signée Langelot, p. 8.

[15] Langelot sur l’île déserte, p. 187.

[16] Une offensive signée Langelot, p. 157. Notons l’usage de la tournure « réfléchir que », qui, quoique commune chez un Alexandre Dumas, est quelque peu surannée pour la seconde moitié du XXe siècle.

[17] Langelot et l’Inconnue, p. 11.

[18] Lorsqu’il est en permission, Langelot oublie de jouer son rôle, et Mirabelle subodore sa qualité d’homme peu commun : « Peut-être, se trouvant en vacances, avait-il relâché  sa vigilance ? Peut-être oubliait-il de jouer son rôle de naïf ? ‘ Je pense, reprit Mirabelle, que tu as eu une vie plus difficile que lui. Une fille sent cela…’ » Langelot en Permission, p. 35.

[19] Langelot et les Exterminateurs, p. 20.

[20] Ibid., p. 25.

[21] Langelot et les Espions, p. 151. Timothée se révèlera être le redoutable chef d’un réseau d’espionnage ennemi.

[22] Langelot fait le malin, p. 81.

[23] Langelot contre Six, pp. 34 et 60. Pichenet est bien évidemment le pseudonyme de Langelot.

[24] Langelot agent secret, p. 96. C’est un propos du colonel Moriol au sujet de l’espion ennemi qui s’est infiltré dans le bateau-école… et qui n’est autre que le colonel Moriol lui-même !

[25] Langelot agent secret, pp. 43-44.

[26] Langelot en Permission, p. 15.

[27] Langelot sur la Côte d’azur, p. 16.

[28] Langelot en permission, pp. 8-9.

[29] Une offensive signée Langelot, pp. 47-48.

[30] Langelot et l’Inconnue, p. 8.

[31] Langelot et le plan rubis, p. 159. Lorsque, pour tirer Langelot d’un mauvais pas, Montferrand se fera capturer lui-même, il réemploiera le même argument. A l’objection de Langelot (« Montferrand lui-même est à la merci du SPHINX. Son entraînement à lui a coûté encore plus cher que le mien. »), Borgès répondra : « C’est ce qui je lui ai fait remarquer. Il a répliqué qu’il l’avait amorti depuis longtemps. » Langelot en permission, p. 146. Bien évidemment, ces calculs d’apothicaire dissimulent mal l’affection paternelle de Montferrand pour Langelot, qui doit rester tue dans le cadre professionnel.

[32] Langelot kidnappé, p. 80.

[33] Langelot fait le singe, p. 138.

[34] Langelot et les Cosmonautes, p. 156.

[35] Langelot et les Exterminateurs, p. 9.

[36] Langelot kidnappé, p. 115. Langelot n’est pas hermétique à la vanité, comme l’atteste ce dialogue entre lui et Cora :
« Tu es champion de karaté alors ! Tu n’es pas champion de tir ni coureur automobile ?
- On est obligé d’être champion de pas mal de choses pour faire le métier que je fais, dit Langelot négligemment. » Langelot à la maison blanche, p. 171.

[37] Langelot et le plan rubis, p. 120. Les éléments relevés par Langelot sont les indices qui auraient dû lui faire comprendre la complicité de Noémi : son domicile était rempli d’une odeur d’éther – visant à suggérer ostensiblement l’enlèvement de force – alors qu’il existe des anesthésiques inodores ; la disparition d’un portrait cher à Noémi, ce qui laissait entendre que les « ravisseurs » lui auraient étrangement permis de le prendre ; la découverte d’une paire de menottes, qui suggère encore l’enlèvement de force, mais qui est incompatible avec l’éther – on ne menotte pas un sujet inconscient ; et enfin le fait que Noémi avait une robe de nuit à sa taille, ce qui aurait dû faire comprendre à Langelot qu’elle a eu le temps de prendre ses affaires, et qu’elle n’est donc pas véritablement kidnappée. Il est vrai que Langelot nous avait habitués à plus de perspicacité.

[38] Langelot sur la Côte d’Azur, p. 39.

[39] Langelot chez les Pa-pous, p. 95.

[40] Langelot chez les Pa-pous, p. 118.

[41] Langelot fait le singe, pp. 77-80

[42] Langelot mène la vie de château, pp. 92-93.

[43] Langelot et les crocodiles, p. 31.

[44] Interview ‘Langelot’ en ligne, op. cit. Si V.V. n’a jamais été censuré, ce n’est peut-être pas le cas de l’illustrateur, Maurice Paulin : sur la couverture de Langelot contre Monsieur T., le pistolet que tient Langelot est soigneusement gommé par l’ombre de M. T.

[45] Chrétien de Troyes n’a pas créé ce personnage, qui apparaît dans un roman de chevalerie du XIIIe siècle composé anonymement en langue romane, mais lui a donné la consistance du ‘chevalier courtois’ que nous lui connaissons aujourd’hui.

[46] Langelot agent secret, pp. 166-167.

[47] Langelot chez les Pa-pous, p. 69.

[48] Ibid., p. 62.

[49] Langelot pickpocket, p. 12.

[50] Langelot et le sous-marin jaune, p. 68.

[51] C’est nous qui soulignons.

[52] L’exil est ma patrie, op. cit., pp. 44-45. V.V. précise que le grand-père en question est « l’autre » (maternel ou paternel ?) car il vient d’évoquer la mort de son autre grand-père entre les mains des bolcheviks.

[53] Langelot et les Crocodiles, pp. 146-147.

[54] Durant leur bombardement indiscriminé de Gaza en Décembre 2008-Janvier 2009, les autorités israéliennes ont soigneusement empêché les médias d’accéder aux scènes de désolation causées par leurs attaques. Sans la présence des équipes d’Al-Jazeera, qui ont une antenne permanente à Gaza, aucune image ne nous serait parvenue.

[55] Langelot passe à l’ennemi, p. 129.

[56] L’onomatopée « snif » évoque également l’idée de larmoiement, de reniflement, mais pour des raisons évidentes, nous ne retenons pas cette connotation. Malgré sa jeunesse et son inexpérience, Langelot n’est guère porté à la pleurnicherie, comme le fait remarquer Montferrand à Mousteyrac : « Quand vous verrez le sous-lieutenant Langelot pleurnicher, vous lui donnerez quatre jours d’arrêt de rigueur ; je les doublerai ; et le chef du S.N.I.F. doublera le résultat, je m’en porte garant. » Langelot et le Gratte-ciel, p. 15. Pour l’importance du flair dans le métier de Langelot, cf. cet échange entre le héros éponyme et son « complice » hésitant lorsqu’il s’apprête à violer la souveraineté d’une nation étrangère en pénétrant par effraction dans son ambassade en France, sans en référer à ses supérieurs :
« - C’est possible, mon lieutenant, mais ce n’est pas certain.
- Chef, dans notre métier, si nous attendions des certitudes, nous ne ferions jamais rien. » Langelot et l’Inconnue, p. 222.

[57] Langelot contre Six, pp. 174-175.

[58] Langelot et la Voyante, p. 187.

[59] Langelot et le sous-marin jaune, p. 170. Plutôt que de recourir à la violence, Langelot préfère la suggérer, et table sur l’angoisse plutôt que sur la souffrance. Cette ruse est tout aussi efficace, car à peine feint-il de laisser libre cours à la rage de Manuel qu’Orlando passe aux aveux. De même, dans Langelot et l’Inconnue, il arrache la confession de Georgette par un simple conditionnement psychologique, suivi d’une soudaine confrontation avec Graziella Andronymos, dont Georgette avait usurpé l’identité.

[60] Langelot passe à l’ennemi, p. 39.

[61] Ibid., pp. 77-78.

[62] Langelot agent secret, p. 243.

[63] Ibid., p. .

[64] Langelot agent secret, p. 32.

[65] Langelot fait le malin, p. 174.

[66] Une offensive signée Langelot, p. 59.

[67] Langelot et les crocodiles, pp. 86-87.

[68] Langelot sur la Côte d’Azur, p.

[69] Interview ‘Langelot’ en ligne, op. cit. Cette question a fait l’objet de deux débats sur Radio Courtoisie, dans l’émission « A l’écoute des auteurs » présentée par Lydwine Helly, avec la présence de V.V. et Laurence Décréau (7 juillet 1994 et 9 août 1995) ; deux autres débats (25 novembre 1998 et 20 décembre 2000) ont eu lieu avec la présence de V.V. et de Loraine.

[70] La description la plus « explicite » que nous ayons relevée est une scène où Langelot dévisage de manière suggestive la belle Graziella : « Langelot prit alors le temps de regarder la jeune fille, et ses yeux ne dissimulèrent pas son admiration. Grande – au moins une tête de plus que lui –, large en proportion, fièrement campée sur des jambes longues, musclées, mais au galbe élégant, la tête rejetée en arrière sur un cou mince et puissant à la fois, la peau luisante comme du jais, les traits sans lourdeur, elle semblait être l’incarnation de la beauté africaine.
« Superbe fille », pensa Langelot. » Langelot et l’Inconnue, pp. 83-84. Evidemment, cela reste très léger – et c’est bien ce qui fait le charme de ces ouvrages.

[71] Langelot fait le malin, pp. 152-153.

[72] Langelot et le sous-marin jaune, p. 157. Précisons que le contexte dans lequel il le déclare n’a rien de controversé, puisqu’il s’agit de prévenir des actes de sabotage et de piraterie à l’encontre de navires marchands.

[73] Le Professeur de latin Anatole Boudinet, dont Langelot avait « subi » les cours durant sa scolarité. Il a eu l’outrecuidance de donner une leçon de grammaire au dictateur en le corrigeant sur les règles de la concordance des temps, et fut conséquemment jeté dans la fosse aux lions. Cet événement, qui, de même que la personnalité excentrique d’Ali Aman Dadi, peut paraître invraisemblable, est directement inspiré d’un fait réel : un écrivain britannique, Dennis Hill, fut condamné à mort pour avoir insulté Idi Amin Dada de « tyran de village », et ne dut la vie qu’à l’intercession des Présidents zaïrois et somalien, qui menacèrent d’annuler le prochain sommet de l’OUA qui devait se tenir à Kampala (Ouganda).

[74] Langelot chez le Présidentissime, p. 181.

[75] Langelot s’écrie : « ‘Mais alors, nous sommes en…’ (…) Langelot venait de prononcer le nom d’un pays que le lecteur trouvera facilement sur la carte à proximité de la Côte d’Ebène. » Langelot et les Crocodiles, pp. 53-54. C’est là un des traits de malice de V.V., car la Côte d’Ebène n’existe pas ; les indices qui nous amènent à croire qu’il s’agit de la Libye est le fait qu’il s’agirait d’un pays « blanc » et offensif. Les pays du Maghreb ayant toujours été alliés de l’Occident, il ne peut s’agir que du pays du colonel Kadhafi – pendant du colonel Chibani, dont le nom signifie « vieux » en arabe.

[76] Il ne s’agit pas du Professeur mais d’un sosie, l’innocent M. Saupiquet.

[77] Langelot et l’Avion détourné, p. 154.

[78]Ibid., pp. 63 et 154.

[79] Ibid., p. 155.

[80] Ibid., p. 153.

[81] Langelot et le Fils du Roi, p. 29. Il est difficile de ne pas rapprocher ce propos de Malek de ceux de V.V.

[82] Ibid., p. 54. Relevons également ce reproche du Roi à son fils Malek : « quand les rois font des sottises, ce sont leurs serviteurs qui les paient. » Ibid., p. 153.

[83] C’est ce que dit Langelot à Lola, qui l’invite à servir l’humanité en s’engageant dans le projet « Bon Sauvage », lointainement inspiré du Second Discours de Rousseau. Langelot fait le singe, p. 184.

[84] Langelot est loin de mener un grand train de vie : il réside un petit studio – certes situé dans le XVIe arrondissement, près de la place Marcel Sembat –, et est loin d’avoir un salaire faramineux. Ses supérieurs sont extrêmement tatillons sur ses notes de frais, comme l’atteste ce propos de Montferrand à son jeune subordonné : « Etant donné le bilan de Galliforme, je vous autorise à mettre la réparation de votre voiture [personnelle] sur votre note de frais. » Telle serait la seule récompense de Langelot, qui vient de sauver la France de la sédition ! Langelot et le plan Rubis, p. 183.

[85] Langelot et le Présidentissime, pp. 34 et 79.

[86] Langelot fait le singe, p. 104. Cf. également, suite aux menaces d’un fier-à-bras dans un Bar de Floride, sous les yeux d’une femme que Langelot semblait courtiser : « Langelot soupira profondément. Avec quel plaisir il aurait accepté la bagarre ! Sans doute l’inconnu était-il plus robuste et pesait-il au moins deux fois autant que lui. Mais qu’importe ? Les officiers du S.N.I.F. n’avaient pas l’habitude de se laisser marcher sur les pieds, et Langelot, rompu à tous les sports de combat, se faisait fort  de dresser un peu le malotru. Cependant, la mission primait. La mission primait toujours. Que dirait le capitaine Montferrand s’il apprenait que son subordonné s’était laissé entraîner dans une vulgaire bataille de café, alors que l’entreprise qui lui avait été confiée était à peine entamée ? (…)
Langelot sortit du bar, le cœur lourd. Jamais encore il ne lui était arrivé de devoir subir l’impertinence d’un inconnu sans pouvoir riposter sur le même ton.
‘Cette femme doit me prendre pour un lâche. Le barman se moque de moi…’
Ce fut un des moments les plus pénibles de sa carrière d’agent secret. » Langelot et les cosmonautes, p. 103. Heureusement, l’amour-propre de Langelot sera restauré, car il démontrera ensuite à Frank Hordon, devenu son allié dans des conditions inattendues, ses qualités de combattant.

[87] Langelot kidnappé, p. 145

[88] Langelot a dix-huit ans dans les premiers ouvrages, et ensuite, la mention de son âge est invariablement « guère plus de dix-huit ans » ou « à peine plus de dix-huit ans ».

[89] V.V., Le Berkeley à cinq heures, op. cit., p. 12. A propos de la porosité de ses œuvres, qui se font mutuellement référence, V.V affirmait : « Langelot est peut-être mon ‘petit’, mais je suis fier de l’avoir conçu et j’aime bien l’intégrer dans l’ensemble de mes ouvrages. J’aime aussi tendre des passerelles entre mes divers ouvrages : cela m’aide à mieux croire au microcosme que j’ai créé. » Interview ‘Langelot’ en ligne, op. cit.

[90] Ibid. Réponse à la question « Dans quel état d’esprit avez-vous écrit [les Langelot ] ? »

[91] Bruno Duborgel cite, pour justifier son propos, le directeur du Département Jeunesse des Editions Hachette, L. Mireman, qui déclarait dans une interview au « Monde de l’éducation » (N° 12, déc. 1975 : « Les enfants sont très souvent en face de difficultés scolaires avec des casse-tête de trains qui ne partent pas à la même heure et de baignoires qui fuient. Pour leur plaire, il faut donc que le livre soit reposant, qu’il ne demande pas trop d’efforts. » Propos qui peut aisément nous servir à réhabiliter Langelot, dont un épisode propose justement un problème de « baignoire », superbement vitalisé par la situation : Langelot étant enchainé dans une piscine qui se remplit petit à petit, ses geôliers lui donnent les données nécessaires à la résolution de ce problème, ce qui lui permet de calculer le temps qu’il lui reste avant d’être noyé : « Vous pourrez calculer le temps qu’il vous reste à vivre en refusant de parler. Cette piscine fait 5 mètres de long, 3 de large, 3 de profondeur dans le grand bain, 1 de profondeur dans le petit. Les tuyaux qui amènent l’eau ont 4 centimètres de diamètre. Il y en a trois. La pression est de 50 centilitres au centimètre carré par seconde. Et, pour le cas où vos émotions vous auraient fait oublier le nombre Pi, il est de 3.1415926, généralement arrondi à 3.1416. Amuser-vous bien, monsieur le Français. Nous, nous allons nous occuper de l’Américain (…) Si je comprends bien, raisonna-t-il, la section des tuyaux est de 12 centimètres carrés environ. Le débit y est donc d’environ 600 centilitres à la seconde, soit 36 litres à la minute. Bon. Le volume entier de la piscine m’importe peu. Ce qui m’importe beaucoup, en revanche, c’est que mon visage se trouve à environ 1 mètre 50 du fond. L’eau doit donc remplir en gros, la moitié d’un parallélépipède rectangle, dont la longueur est de 5 mètres, la largeur 3 mètres et la hauteur 1 mètre 50. Le volume si je calcule bien est de 22.5 mètres cubes. Ce qui fait 22 500 litres. Divisions par 2 et arrondissons à 11 000 litres. A raison de trois fois 36 litres à la minute, soit 6 000 litres à l’heure, j’en aurai donc pour deux heures environ. » Langelot fait le malin, pp. 129-131.

[92] Bruno Duborgel, Imaginaire et pédagogie : de l’iconoclasme scolaire à la culture des songes, Le sourire qui mord, Paris, 1983, p. 44. Selon lui, de telles lectures ne préparent qu’à « la lecture ‘adulte’ de la littérature du ‘roman policier’ médiocre. » Ayant été élevé à l’école « Langelot », nous n’avons jamais fréquenté que les Rousseau et autres Chateaubriand. Ibid.

[93] Laurence Decréau, Ces héros qui font lire, Hachette éducation, Paris, 1994, p. 7. Même si la maison d’édition de ce livre (Hachette) peut nous amener à douter a priori du désintéressement de ces déclarations, leur pertinence est indéniable.

[94] « Quarante-quatre ans après Rabelais, Montaigne trouva les bords du Tibre plantés, et il remarque que le 16 mars il y avait des roses et des artichauts à Rome. Les églises étaient nues, sans statues de saints, sans tableaux, moins ornées et moins belles que les églises de France. Montaigne était accoutumé à la vastité sombre de nos cathédrales gothiques ; il parle plusieurs fois de Saint-Pierre sans le décrire, insensible ou indifférent qu'il paraît être aux arts. En présence de tant de chefs-d'œuvre, aucun nom ne s'offre au souvenir de Montaigne ; sa mémoire ne lui parle ni de Raphaël, ni de Michel-Ange, mort il n'y avait pas encore seize ans.
      Au reste, les idées sur les arts, sur l'influence philosophique des génies qui les ont agrandis ou protégés, n'étaient point encore nées. Le temps fait pour les hommes ce que l’espace fait pour les monuments ; on ne juge bien des uns et des autres qu’à distance et au point de la perspective ; trop près on ne les voit pas, trop loin on ne les voit plus. » Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe, Dufour, Mulat et Boulanger Editeurs, Paris, 1860, p. 520.

[95] Rousseau, Emile ou de l’éducation, Folio Essais, Gallimard, Paris, 1969, pp. 87-89.

[96] Ou même avec l’enfant sauvage recueilli par Jean Itard, et qui était absolument insensible au froid le plus glacial comme à la plus brûlante chaleur, et endurait stoïquement les pires souffrances et privations ?

[97] A l’exception notable de Cuba, dont les résultats en matière d’éducation, faussés par le blocus américain, restent néanmoins exceptionnels : selon l’UNESCO, c’est la nation qui dispose du nombre de Professeur par habitants le plus élevé au monde (1 pour 42), et de l’une des populations les plus cultivées.

[98] Malgré l’admiration de Rousseau pour ce modèle, il précise lui-même qu’il serait extrêmement dommageable de priver l’enfance de ses loisirs : « Hommes, soyez humains, c’est vôtre prémier devoir ; soyez-le pour tous les états, pour tous les âges, pour tout ce qui n’est pas étranger à l’homme. Quelle sagesse y a-t-il pour vous hors de l’humanité ? Aimez l’enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. Qui de vous n’a pas regretté quelquefois cet âge où le rire est toujours sur les lévres et où l’âme est toujours en paix ? Pourquoi voulez-vous ôter à ces petits innocens la joüissance d’un tems si court qui leur échape, et d’un bien si précieux dont ils ne sauroient abuser ? Pourquoi voulez-vous remplir d’amertume et de douleurs ces prémiers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu’ils ne peuvent revenir pour vous ? Péres, savez-vous le moment où la mort attend vos enfants ? Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le peu d’instans que la nature leur donne : aussi-tôt qu’ils peuvent sentir le plaisir d’être, faites qu’ils en joüissent ; faites qu’à quelque heure que Dieu les appelle ils ne meurent point sans avoir goûté la vie.
Que de voix vont s’élever contre moi ! J’entends de loin les clameurs de cette fausse sagesse qui nous jette incessamment hors de nous, qui compte toujours le présent pour rien, et poursuivant sans relâche un avenir qui fuit à mesure qu’on avance, à force de nous transporter où nous ne sommes pas nous transporte où nous ne serons jamais. » Rousseau, Emile, op. cit., p. 138. 

[99] Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, in Œuvres, Editions Robert Laffont, Collections « Bouquins », Traduction Henri Albert, Paris, 1993, p. 730. Précisons que Nietzsche exècre les idéaux démocratiques de Rousseau.

[100] « Qui est l’agent ennemi ? Ce n’est pas un des instructeurs, puisqu’ils sont tous ici depuis longtemps. En théorie, cela pourrait être Moriol, mais, manque de chance, Moriol est très connu dans l’armée et s’il a été désigné pour commander l’école, c’est qu’on était sûr de lui. Pas de romans d’espionnage, mon petit Langelot. Le personnel des cuisines n’a pas changé depuis les débuts de l’école, Montferrand nous l’a bien précisé… Il n’y a donc que les stagiaires. » Langelot agent secret, p. 99. La référence aux romans d’espionnage, constituant une mise en abyme, est un poncif ; Langelot, dont l’imagination lui avait fait entrapercevoir l’identité du traître, rejette cette idée par trop invraisemblable, mais qui n’en est pas moins vraie. Il apprendra rapidement que « le propre des agents secrets de talent est d’oublier quelquefois le raisonnable au profit de l’absurde. » Langelot mène la vie de château, p. 98.

[101] Nous n’avons pas eu le courage de parcourir l’ensemble de l’œuvre monumentale de de Lattre pour retrouver cette référence. De telles références, chez Vladimir Volkoff, semblent toujours s’imposer naturellement, et ne traduisent aucune affectation d’érudition. Du reste, cette explication permet au lecteur de comprendre l’ironie que peut avoir le nom de cette caserne.

[102] Nous orthographions ce terme d’après Victor Hugo, qui lui donne l’acception la plus large.

[103] Charles Baudelaire, Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains. I : Victor Hugo.

[104] Dans Le Retournement, roman écrit à la première personne, Tolstoï, le chef direct de Volsky (V.V.) le tance en ces termes : « Moustache foireux tourne en gens-de-lettres. » Vladimir Volkoff, Le Retournement, op. cit., p. 7. « Moustache » est le terme de jargon militaire qui désigne les agents des services secrets.

[105] « Ah !, mon petit lieutenant, on a probablement oublié de vous apprendre que le premier commandement de l’agent secret, c’est « Etonne-toi ! » Il faut toujours s’étonner de ce qui n’est pas naturel, de ce qui cloche, si peu que ce soit… », assène l’agent ennemi Timothée à Langelot. Lieutenant X, Langelot et les espions, op. cit., p. 206.

[106] Langelot agent secret, op. cit., p. 21.

[107] Ibid.

[108] Lorsque Langelot, dont la mission consiste à suivre discrètement Mlle Mann, décide de prendre contact avec elle malgré l’interdit formel de ses chefs, il se dit « Bah ! […] Les bons agents obéissent toujours aux règlements. Mais les brillants les transgressent quelques fois... Soyons brillant. » Langelot contre Monsieur T., p. 87.

[109] En aéronautique, un propergol est un mélange d’ergols constitué d’une substance ou d’un ensemble de substances contenant un comburant et un combustible, assurant la propulsion des moteurs de fusées.

[110] Lieutenant X, Langelot et les espions, Hachette, Bibliothèque Verte, 1966, p. 18.

[111] Il prétend notamment avoir glissé une grenouille dans la poche de Werner Von Braun, le fameux scientifique de l’Allemagne nazie qui a inventé les fusées V2, et qui fut « récupéré » par les Etats-Unis.

[112] Remarquons que lorsque Langelot « enlève » Choupette au début de l’ouvrage, c’est elle qui lui fait remarquer que leur voiture est suivie. Décidément, c’est bien là la première mission de Langelot – à moins qu’il ait feint de ne pas l’avoir remarqué plus tôt.

[113] Il affirme avoir joué ce tour pendable à Wernher von Braun, le concepteur des V2 nazis « récupéré » par les Américains. Ibid., p. .

[114] Ou balle blindée : « Il s'agit d'une configuration simple dans laquelle le noyau, souvent en plomb, est entièrement chemisé d'un métal dur. Ces balles simples présentent un coût réduit et réduisent l'emplombage. Leur efficacité limitée a également été perçue comme un avantage par les militaires, considérant qu'il était préférable de blesser un soldat ennemi qui monopolise beaucoup plus de ressources logistiques à transporter et à soigner que s'il est simplement mort. Leur utilisation dans un contexte civil, par exemple par des policiers, pose un problème car elles traversent souvent les corps et ricochent facilement, donc peuvent atteindre des innocents. » Consulté sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Munition#Caract.C3.A9ristiques_des_balles.

[115] A Charles qui lui faisait remarquer qu’ils faisaient là un « drôle de métier ».  Langelot et les espions, p. 128.

[116] Lieutenant X, Langelot et le satellite, op. cit., p. 29.

[117] Ibid.

[118] [118] Lieutenant X, Langelot et le satellite, op. cit., p. 53.

[119] Allusion à Glouchko, le grand concepteur soviétique de moteurs-fusées.

[120] Ce terme est employé à rebours, car il s’agit là de l’opération inverse. Nous parlons ici d’un usurpateur, d’un folliculaire qui exploite en son nom la création d’autrui, afin d’éclairer sa production stérile d’une aura favorable – avec le consentement de l’auteur, bien entendu, ce qui tempère la portée de ces épithètes flétrissantes.

[121] Dans les rééditions en couverture cartonnée, du moins celles qui sont en notre possession ; dans les souples, toutes les illustrations disparaissent.

[122] Interview ‘Langelot’ en ligne, op. cit.. Une question similaire se trouve dans la troisième interview : « Comme il a été dit précédemment, certaines personnes ressentent un changement de style notamment à partir de Langelot mauvais esprit. En effet, le fond semble le même mais l’humour parait un peu différent et l’intrigue plus sobre, sérieuse… comme si vous vous adressiez à des lecteurs plus mûrs, plus âgés. Les relations entre Langelot et ses supérieurs ou amis apparaissent différemment. La nuance est difficile à définir mais est, pour beaucoup de lecteurs, bien présente. (…) » Voici la réponse de V.V., très peu satisfaisante : « Je ne ressens pas les changements de style auxquels vous faites allusion, mais, bien sûr, l’auteur est le plus mal placé pour en prendre conscience. En tout cas, ils n’ont jamais été délibérés. » Ibid.

[123] Néanmoins, l’étiolement progressif de nos analyses témoigne assez de notre lassitude croissante face à cette tâche ingrate.

[124] Langelot suspect, pp. 13 et 15.

[125] Arthur est fait prisonnier par Langelot lorsque, croyant avoir affaire à un coursier, il lui ouvre la porte de son domicile – une porte sans judas ? Ibid., p. 84.

[126] Ibid., p. 105.

[127] Ibid., p. 31.

[128] Ibid., p. 130.

[129] Ibid., p. 211.

[130] Ibid., p. 135.

[131] Ibid., p. 98.

[132] Ibid., p.48.

[133] Ibid., p. 7.

[134] Elle apparaît dans Langelot pickpocket, mais au discours direct : Langelot, pour démontrer ses talents de tireur à ses adversaires, s’écrie « Pan ! Dans l’oreille gauche », joignant le geste à la parole.

[135] Langelot suspect, p. 49.

[136] Ibid., p. 60. C’est nous qui soulignons.

[137] Ibid., p. 113.

[138] Nous pouvons faire le même commentaire pour le passage suivant : « ravi d’avoir terminé la conversation sur ce ‘comme d’habitude’ qui vous avait un petit aspect véridique. » Ibid., p. 44. Ou pour la devinette où Langelot demande à M. Roche-Verger la différence entre un café et un train : celui-ci ayant répondu « On prend le train quand il passe et le café quand il est passé », Langelot rétorque « Pas du tout, répliqua Langelot, en souriant tout seul de son astuce. La différence c’est que dans un train, on peut prendre du café, mais que, dans un café, on ne peut pas prendre de train. » Ibid., p. 250. Les plaisanteries du Professeur Roche-Verger ne sont pas toujours hilarantes, mais jamais aussi grotesques et insensées.

[139] Ibid., p. 115.

[140] Ibid., p. 50.

[141] Dans Langelot et le plan rubis et Langelot sur l’île déserte.

[142] Ces références en note de bas de page se font, logiquement, de plus en plus fréquentes au fil des ouvrages, mais ne se retrouvent jamais ni en un tel nombre (17 références dans Langelot gagne la dernière manche), ni en une telle densité (11 dans les trois premières pages), ni de manière si peu motivée (référence à la personne même du commissaire Didier, pas même à ses déboires). Nous les avons recensées : aucune référence dans Langelot agent secret (0) ; aucune référence dans Langelot et les espions (0) ; trois références à Langelot et les espions dans Langelot et le satellite (3) ; une référence à Langelot et les espions dans Langelot et les saboteurs (1) ; aucune référence dans Langelot et le Gratte-ciel (0) ; une référence à Langelot et les espions et une autre à Langelot et les saboteurs dans Langelot contre Monsieur T. (2) ; deux références à Langelot contre Monsieur T., une à Langelot et les saboteurs et deux à Langelot agent secret dans Langelot pickpocket (5) ; deux références à Langelot et les espions, une à Langelot contre Monsieur T. et une à Langelot pickpocket dans Une offensive signée Langelot (4) ; une référence à Langelot et le Gratte-ciel et une autre à Une offensive signée Langelot dans Langelot et l’Inconnue (2) ; une référence à Langelot et le satellite , une autre à Une Opération [Offensive] signée Langelot, une référence à Langelot contre Monsieur T. et une à Langelot et l’Inconnue,  dans Langelot contre Six (4) ; trois références à Langelot et l’Inconnue dans Langelot et les Crocodiles (3) ; une référence à Langelot et le Gratte-ciel et une autre à Langelot et l’Inconnue dans Langelot chez les Pa-pous (2) ; deux références à Langelot agent secret, deux à Langelot et les espions, deux autres à Une Offensive signée Langelot et une à Langelot et le satellite dans Langelot suspect (7) ; une référence à Langelot et les saboteurs, une à Langelot pickpocket, une à Langelot et le Gratte-ciel, une à Langelot et les Crocodiles et une à Langelot et [chez] les Pa-pous dans Langelot et les Cosmonautes (5) ; aucune référence dans Langelot et le sous-marin jaune (0) ; deux références à Langelot contre Six, deux à Langelot suspect, trois à Langelot chez les Pa-pous et deux à Langelot et les Cosmonautes dans Langelot mène la vie de château (9) ; une référence à Langelot et le Gratte-ciel, une à Langelot mène la vie de château et une à Langelot et le sous-marin jaune dans Langelot et la danseuse (3) ; deux références à Langelot et les espions, une à Une offensive signée Langelot, une à Langelot suspect, deux à Langelot et l’Inconnue, deux autres à Langelot et les Crocodiles et une à Langelot chez les Pa-pous dans Langelot et l’Avion détourné (9) ; une référence à Langelot mène la vie de château, une à Langelot suspect, deux à Langelot chez les Pa-pous, une à Langelot et les espions, une à Langelot agent secret, une à Langelot et les Cosmonautes, et une à Langelot et le sous-marin jaune dans Langelot fait le malin (8) ; une référence à Langelot chez les Pa-pous, deux à Langelot et les Cosmonautes, une à Langelot fait le malin, et une à Langelot et le sous-marin jaune dans Langelot et les Exterminateurs (5) ; une référence à Langelot mène la vie de château, une à Langelot et les espions, une à Langelot et le satellite, une à Langelot et l’Avion détourné, une à Une offensive signée Langelot, une à Langelot et l’Inconnue et une à Langelot et les exterminateurs dans Langelot et le fils du roi (7) ; deux références à Langelot et les exterminateurs, deux à Langelot et le sous-marin jaune, deux à Langelot et les espions, deux à Une Offensive signée Langelot, deux à Langelot et les Cosmonautes, une à Langelot chez les Pa-pous, une à Langelot pickpocket, une à Langelot mène la vie de château, une à Langelot fait le malin, et une à Langelot agent secret dans Langelot fait le singe (15) ; une référence à Langelot et l’Inconnue, une à Langelot et les Crocodiles, une à Langelot et l’Avion détourné, une à Langelot agent secret, une à Langelot suspect, une à Langelot mène la vie de château, une à Langelot fait le malin, une à Langelot et le fils du roi, et deux à Langelot fait le singe dans Langelot kidnappé (10) ; une référence à Langelot mène la vie de château, une à Langelot fait le malin, une à Langelot et le fils du roi, une à Langelot fait le singe, une à Langelot kidnappé et une à Langelot et la danseuse dans Langelot et la voyante (6) ; une référence à Langelot et la voyante et une autre à Langelot chez les Pa-pous dans Langelot sur la côte d’Azur (2) ; une référence à Langelot et l’Avion détourné, une à Langelot et les Cosmonautes, une à Langelot et le Gratte-ciel, deux à Langelot et les Exterminateurs, une à Langelot et la Danseuse et une à Langelot chez les Pa-pous  dans Langelot à la Maison-Blanche (7) ; deux références à Langelot sur la côte d’Azur, une à Langelot et les Cosmonautes, une à Langelot et les espions, une à Langelot suspect, une à Une offensive signée Langelot et une à Langelot et l’Avion détourné dans Langelot sur l’Ile déserte (7) ; une référence à Langelot mène la vie de château, une à  Langelot fait le singe, une à  Langelot agent secret, une à  Langelot et la voyante, une à  Langelot et la Danseuse, une à  Langelot et les espions, une à  Langelot et le satellite, une à Une Offensive signée Langelot, une à Langelot et l’Inconnue, une à  Langelot et le fils du roi et une à Langelot et l’Avion détourné dans Langelot et le Plan rubis (11) ; une référence à Langelot sur l’Ile déserte, une à  Langelot et le Plan rubis et une à  Langelot et les Exterminateurs dans Langelot passe à l’ennemi (3) ; une référence à Langelot et l’Inconnue, une à  Langelot et les Crocodiles, une à  Langelot fait le malin, une à  Langelot et le fils du roi, une à Langelot fait le singe, une à  Langelot mène la vie de château, une à  Langelot et la voyante, une à  Langelot et le Plan rubis et une à  Langelot agent secret dans Langelot et le Présidentissime (9) ; une référence à Langelot et les Cosmonautes, une à  Langelot et le sous-marin jaune, une à  Langelot mène la vie de château, une à Langelot fait le malin, deux à Langelot et les Exterminateurs, une à Langelot fait le singe, une à  Langelot et le Plan rubis, une à  Langelot et le Présidentissime  et une à Langelot et la Voyante dans Langelot en Permission (11) ; deux à Langelot chez les Pa-pous, une à Langelot sur la côte d’Azur, une à Langelot et le Présidentissime, une à Langelot et le Gratte-ciel et une à Langelot en Permission dans Langelot garde du corps (6). Pour les Langelot apocryphes, nous avons : deux références à Une offensive signée Langelot, une à Langelot et les espions, une à Langelot et le satellite, une à Langelot et l’Inconnue, une à Langelot et l’Avion détourné, une à Langelot et le fils du roi, deux à  Langelot et le Plan rubis, deux à Langelot sur l’île déserte, une à Langelot passe à l’ennemi, une à Langelot kidnappé, une à Langelot chez les Pa-pous, une à Langelot garde du corps, deux à Langelot agent secret dans Langelot Gagne la Dernière Manche (17), une à Langelot chez le Présidentissime, une à Langelot et les Exterminateurs, une à Langelot passe à l’ennemi dans Langelot Mauvais Esprit (3), une référence à Langelot et le sous-marin jaune, une à Langelot chez le Présidentissime, une à Langelot garde du corps et une à Langelot sur la Côte d’Azur dans Langelot contre la Marée Noire (4 ; Lespinasse, côte d’azur seulement, et pas ), une référence à Langelot pickpocket, une à Langelot chez le Présidentissime, une à Langelot mauvais esprit dans Langelot et la Clef de la Guerre (3), deux à Langelot et la clef de la guerre, une à Langelot suspect et une à Langelot gagne la dernière manche dans Langelot et le Général Kidnappé (les deux premières références nous dirigent seulement vers un ouvrage apocryphe ; la troisième, qui nous remémore les démêlés de Langelot avec le pays désigné par le code 4584, ne fait étrangement référence qu’à deux apocryphes, alors que de nombreux autres ouvrages authentiques y font référence : faut-il voir là un indice supplémentaire du caractère apocryphe de ces ouvrages ? On peut en effet imaginer que Vladimir Volkoff, soucieux de démarquer ses œuvres de ces falsifications, ait demandé à l’auteur ou à l’éditeur de ne point faire référence aux Langelot issus de sa plume. Cela expliquerait partiellement le déclin évident du nombre de références constaté dès Langelot mauvais esprit.), une référence à Langelot et le Gratte-ciel, une à Langelot agent secret, une à Langelot et le plan rubis et une à Langelot sur l’île déserte dans Langelot aux Arrêts de rigueur (4),  deux références à Langelot aux arrêts de rigueur et deux à Langelot et le commando perdu dans Langelot Donne l’Assaut (4).

[143] La Police Judiciaire n’a rien d’un service de renseignement.

[144] « Gros plan sur les menottes : l’un des maillons de la chaîne était entrouvert. » Langelot gagne la dernière manche, p. 8.

[145] Ceux-ci ne semblent avoir été convoqués que pour assister à son déroulement, censé dorer le blason du commissaire Didier : il serait absurde que celui-ci prenne un tel risque, surtout lorsqu’on connait le cloisonnement draconien qui règne au sein de chaque service. Il s’exposerait non seulement à une fuite, mais au ridicule en cas d’échec ; quand bien même il désirerait absolument se vanter d’une telle opération, il en aurait attendu le succès.

[146] Dans Langelot fait le malin, l’évasion de Sluni est facilitée, mais l’opération est parfaitement menée, aux antipodes de l’amateurisme ici décrit.

[147] Ibid., p. 48. Le jeu référentiel ingénieux tissé entre « chevillette » et « bobinette », référence transparente au fameux conte de Perrault, est malheureusement noyé dans une logorrhée des plus fastidieuses.

[148] « Moi, au contraire, j’irais me perdre dans la masse anonyme de la capitale », opina le commissaire de la P.J.

[149] « A propos, mon capitaine, je voulais vous demander si c’était exprès que vous nous aviez fait montrer le bureau du juge d’instruction ? » Ibid., p. 22.

[150] Ibid., p. 24.

[151] Les compagnes occasionnelles de Langelot le lui reprochent parfois. Et dans Langelot et la Voyante, Mme Cygne, qui s’est renseignée sur lui, y fait également référence. Mais le sujet, pour être un poncif, n’a cependant jamais été évoqué avec Cordovan.

[152] Nom parodique de Johnny Hallyday, « l’idole de la jeunesse », dans Langelot agent secret. Le manque d’inventivité patent dont souffre notre usurpateur est tel que le camion qui avait accroché le fourgon pénitentiaire est de la même marque que celui qui avait permis le faux enlèvement de Noémi Gracieux dans Langelot et le plan Rubis – un Berliet.

[153] Ibid., p. 25

[154] Dans Langelot en permission et subrepticement dans Langelot kidnappé.

[155] Langelot gagne la dernière manche, p. 35.

[156] Ibid., pp. 39-40.

[157] Ibid., pp. 66 et 69. Julio est présenté dans Langelot chez les Pa-pous, et se retrouve dans Langelot garde du corps.

[158] Il est vrai que notre vil plagiaire, qui reprend jusqu’à l’épithète « fameuse », varie quelque peu (misérablement) l’appellation de cette prise : « Finalement, la fameuse prise vulgairement appelée ʻViens avec moiʼ  – qu’il serait plus correct d’appeler « Ayez-l’obligeance-de-m’accompagner » vous a été appliquée. » Langelot gagne la dernière manche, p. 119. Dans Langelot et la danseuse, p. 126 : « D’un seul mouvement, ils saisirent les deux bras de Langelot qu’ils emprisonnèrent dans la fameuse prise ʻViens avec moiʼ ».

[159] Langelot gagne la dernière manche, p. 153.

[160]Ibid., p. 181. C’est le surnom du FAMAS.

[161] Ibid., p. 8.

[162] Précisons aussi le signalement invraisemblable qui en est donné par la radio : « 18 ans, 1,65m, cheveux blonds, yeux gris-bleu, traits menus mais durs, air innocent mais espiègle… ». Ibid., p. 91. L’impotence intellectuelle et littéraire de l’auteur lui fait mêler grossièrement les registres.

[163]Ibid., p. 12. Précisons que l’expression « jugulaire-jugulaire », peu euphonique, particulièrement dans un Langelot, se retrouve dans un autre roman de Vladimir Volkoff : Le Retournement, op. cit., p. 62.

[164] Ibid., p. 28. Langelot lui répond avec un trémolo dans la voix : « Mon capitaine, répondit Langelot, je me méfierais de moi d’abord et de vous ensuite, si vous permettez. » Langelot gagne la dernière manche, p. 12.

[165] « Il s’est sauvé. » Ibid., p. 76.

[166] Ibid., p. 59.

[167] Ibid., p. 57.

[168] Ce n’est plus le colonel Chibani qui prétend trahir son service pour révéler des secrets touchant à la Sécurité nationale, mais Cordovan.

[169] Citons par exemple « Une poterne donnait sur la rue Victor-Noir, laquelle permettait de rejoindre la rue Jacques-Dulud. », précision absolument gratuite (Langelot gagne la dernière manche, p. 67). Ou encore « Sans être passionné d’architecture, Langelot savait reconnaître un bel édifice quand il en voyait un, et l’élégance de ce bâtiment en arc de cercle, surmonté par ce dôme si noble et si simple à la fois, profilé sur un ciel gorge-de-tourterelle, ne lui échappa point. » Ibid., p. 73.

[170] Dans cet ouvrage, rappelons-le, le SNIF avait provisoirement enlevé le Professeur Roche-Verger, spécialiste des fusées balistiques, car des services ennemis désiraient le capturer afin de lui faire révéler des secrets scientifiques français. Cette opération étant restée secrète, les services de police, notamment la DST, n’en avaient pas été informés, et le recherchaient activement.

[171] Langelot gagne la dernière manche, p. 14. Dans le même registre, notons également le « Je vous réclame aujourd’hui, au nom de vos principes, la liberté que je vous refuserai demain, au nom des miens. » Ibid., p. 60.

[172] Langelot mauvais esprit, p. 16.

[173] Ibid., p. 175.

[174] Ibid., p. 53.

[175] Ibid., p. 78. Il est vrai que M. Roche-Verger précise : « Elle n’est pas très bonne, je le reconnais. », exactement comme il l’avait fait dans Langelot et les espions après avoir inventé celle-ci à propos de l’avocat, qui venait d’apparaître en France à l’époque : « Quel est le fruit que l’on recherche en cas de pépin ? L’avocat. » Cette devinette, pour n’être pas drôle, est pour le moins sensée, quand celle du ding-dongueur est à vomir.

[176] Langelot contre la marée noire, p. 7.

[177] Langelot « avait déjà eu maille à partir avec les rivalités qui existaient entre les compagnies pétrolières ». Ibid., p. 47.

[178] Ibid., p. 88.

[179] Ibid., p. 106.

[180] Langelot et le fils du Roi, p.73.

[181] Sauf pour les plagiats les plus explicites : dans la scène du repas où Wallie demande à Langelot de lui cirer ses bottes, Langelot répond insolemment qu’il le fera volontiers si Wallie lui apporte des œufs de mouette. Ibid., p. 37. Dans Langelot chez les Pa-pous, à Rachid qui l’envoya chercher sa blague à tabac, Langelot répondait « Ta blague ? Sans blague ! », avant de lui proposer de faire cette démarche s’il consent en échange à lui apporter son petit déjeuner au lit. Langelot chez les Pa-pous, p. 118.

[182] Langelot contre la marée noire., p. 69.

[183] Ibid., p. 67.

[184] Ibid., p. 30.

[185] Langelot et la clé de la guerre, p. 20.

[186] Langelot et la clé de guerre, p. 27, à propos des difficultés que Langelot avait avec le latin. Suit une autre référence aux insolences de Langelot envers M. Boudinet : cette fois-ci, il n’est pas question du fameux « Caesarem legato alacrem eorum ille portavit assumpti Julo » (cf. Langelot chez le Présidentissime), mais d’un non moins irrévérencieux « Dommage que ce ne soient pas les Carthaginois qui aient gagné la (sic) guerre punique. Ils parlaient peut-être une langue plus facile à apprendre que le latin. » Ibid. L’auteur ignore manifestement qu’il y a eu trois guerres puniques.

[187] Ibid., p. 89.

[188] Ibid., p. 127. Précisons que l’emploi d’un mouchoir sale pour bâillonner une femme, comme le fera Langelot, n’est pas non plus le genre de la maison.

[189] Ibid., p. 118.

[190] Langelot et la clé de la guerre, p. 38.

[191] Ibid., p. 65.

[192] Langelot aux arrêts de rigueur, p. 32.

[193] Cf. « celui-là, c’est le paysan qu’il me faut pour me tirer de là. » Ibid., p. 39.

[194] Ibid., p. 50.

[195] Ibid., p. 86.

[196] Ibid., p. 138.

[197] Langelot et le fils du Roi, p. 54.

[198] Langelot donne l’assaut, p. 13.

[199] Ibid., p. 16.

[200] Ibid., p. 48.

[201] Ibid., p. 50.

[202] Ibid., p. 155.

[203] Langelot sur l’île déserte, p. 78.

[204] Langelot donne l’assaut, p. 78.

[205] Cf. Langelot garde du corps.

[206] Langelot donne l’assaut, p. 138.

[207] Dans Langelot et les exterminateurs, il oppose à l’enthousiasme romantique de Langelot quant aux beautés de Christiane Salbris un sobre « Elle se laisse regarder. »

[208] Corinne : Première mission, p. 52.

[209] Ibid., p. 39.

[210] Ibid., p. 84.

[211] Ibid., p. 87.

[212] Ibid., p. 100.

[213] Ibid., p. 59.

[214] Ibid., p. 157.

[215] Une offensive signée Langelot, pp. 48-49.

[216] Ibid., p. 96.

[217] Ibid., p. 106.

[218] Ibid., p. 188.

[219] Langelot et les Cosmonautes, p. 194.

[220] Une Offensive signée Langelot, p. 145.


[221] Interview en ligne, consultée sur http://langelot.chezmeme.net/volkoff/interview1.htm. Questions d’internautes à Vladimir Volkoff.

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